Que justice soit faite (F. Gary Gray, 2009)

de le 16/02/2010
 
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Un pitch en béton, un casting plutôt hype, une affiche qui annonce la couleur. Que Justice soit faite s’annonçait vraiment pas mal et on pouvait se poser des questions sur les raisons qui font qu’il était toujours inédit en France. À la vue du truc on comprend tout de suite mieux. Non pas que ça soit la pire daube jamais produite, ou même que la France soit hyper sélective sur ce qui sort sur les écrans (après tout, tous les Roland Emmerich ont droit à des sorties ciné), mais malgré ses ambitions on tient là un film terriblement mineur bien digne d’un direct-to-video et rien d’autre. Difficile d’attribuer la faute à quelqu’un en particulier tant le film cumule les bourdes à tous les niveaux, comme une somme d’absences de talents réunies autour d’un même projet qui ne pouvait que se casser la gueule, le tout orchestré par F. Gary Gray, un réalisateur qui ferait mieux de retourner mettre en scène des clips de rap dans lesquels ses faute de goût ne font pas tâche au moins! Car au cinéma le bonhomme a tout de même à son actif la suite foireuse du génial Get Shorty, Be Cool, le remake mou du genou de Braquage à l’italienne et autres bouts de pelloche à l’intérêt plus que limité. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, pour le scénario de Que Justice soit faite il a droit aux « services » de Kurt Wimmer. Et lui, s’il avait plutôt bien fait son job sur Street Kings ou Thomas Crown (ainsi que sur le mal aimé mais pourtant attachant Equilibrium), il est tout de même coupable d’un des plus mauvais films des années 2000, l’inénarrable Ultraviolet! Voilà pour une partie de cette somme de non-talents.

La seconde partie ce sont les acteurs. Alors Jamie Foxx on l’aime bien sauf qu’il a besoin d’être bien dirigé, sinon il fait du Jamie Foxx et c’est insupportable. C’est le cas ici, il serre les dents, fronce les sourcils et se la joue à mort dans son costard de procureur à 1000$. En plus on imagine qu’une belle partie du budget de 40M$ est partie dans sa poche (« j’ai joué Ray Charles, je suis un grand acteur ») mais ça ne semble pas vraiment le motiver pour faire des efforts dans la sobriété, même s’il a du enrager de ne pas pouvoir se mettre torse nu cette fois pour montrer ses abdos. D’autant plus que c’est son comparse Gerard Butler qui y a droit!! On imagine que Foxx a du assez mal le vivre. Butler c’est plutôt la bonne surprise, il s’en sort vraiment pas mal, ou du moins il fait ce qu’il peut avec un personnage écrit à la truelle. Il la joue relativement sobre, dans un rôle qui ressemble à un mélange d’Hannibal Lecter et de Paul Kersey.

Car si Que Justice soit faite part comme un vrai film de vengeance, avec une intro rentre-dedans qui laissait bon espoir, il se perd ensuite dans une vague histoire de manipulation pour aboutir sur une critique assez douteuse du système de justice américain. L’idée n’est pas forcément mauvaise, c’est juste qu’elle est très mal exploitée, en grande partie à cause d’un scénario tout simplement débile. Kurt Wimmer accumule les erreurs jusqu’à faire d’un film qui se voulait sérieux une grande mascarade à laquelle on ne croit pas une seule seconde. C’est bien simple, on assiste à une escalade complètement folle dans le plus grand des n’importe quoi, à tel point qu’on finit par en rire tant c’est absurde.

Ce n’est qu’un prétexte à quelques scènes de violence bien gratuite (même si le classement R n’est absolument pas justifié, ça reste très soft avec pas mal de hors champ) et de grosses explosions inutiles que n’aurait pas renié Michael Bay. Et avec ce scénario complètement foireux, on ne sait plus trop où ils veulent en venir, ne sachant pas vraiment sur quel pied danser au niveau de la morale. Faire un film subversif qui vante les mérites de la loi du talion c’est très bien, mais il faut aller au bout et rester intègre. Là ça part un peu dans tous les sens sans qu’on sache pourquoi, mais à vrai dire on s’en fout un peu car on est impatient de voir la nouvelle ruse de ce fils caché de Rambo et McGyver pour se poiler un coup. De ce fait on n’est même pas étonné du retournement final à la morale sacrément douteuse, après tout pourquoi pas.

Dans les bonnes blagues nous retiendrons cette scène surréaliste et là encore gratuite de Butler qui se fout à poil avant de se faire arrêter ou des lignes de dialogues dignes des plus beaux doublages français de Z ritals, du genre « Cette… Tetrodotoxine. Elle doit être dans ton système sanguin maintenant. Ça vient du foie d’un poisson-globe des caraïbes ».

[box_light]Non vraiment Que Justice soit faite ne méritait pas de sortie en salle. Il y a tellement de direct-to-video sacrifiés qui ont cent fois plus d’intérêt que ce machin mal foutu, réalisé sans talent, écrit avec les pieds , sans doute cadré par un borgne et interprété par un Gerard Butler et un Jamie Foxx peu inspirés qui sont surtout venus encaissé leur gros chèque. Pourtant tout partait de bonnes intentions et ici nous ne rechignerons jamais devant un film qui brave les codes de la morale en prônant l’auto-justice, mais là c’est un calvaire qui ne tient jamais la comparaison ni avec les modèles du genre ni avec les dernières tentatives. Que Justice soit faite n’est rien de plus qu’un vilain nanar de luxe bien ridicule.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Dix ans après le meurtre de sa femme et sa fille, un homme se dresse contre le procureur en charge du procès des meurtriers, pour obtenir lui-même la justice. Sa vengeance menace tout aussi bien l'homme qui leur a accordé la clémence, que le système et la ville elle-même.