Quartet (Dustin Hoffman, 2012)

de le 28/03/2013
 
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A 75 ans, l’acteur américain Dustin Hoffman se décide enfin à passer pour de bon derrière la caméra. Il en profite pour se payer un petit voyage en Angleterre, adapter une pièce de théâtre et filmer des vieux dans une maison de retraite. Problèmes de prostate, maladie d’Alzheimer et seniors lubriques sont au programme de cette gentille comédie dramatique totalement inoffensive, et prouvant que le meilleur des acteurs n’est pas nécessairement à l’aise une fois de l’autre côté de la caméra.

Dustin Hoffman a travaillé pour les plus grands réalisateurs, et ce depuis la fin des années 60. Il s’est essayé une fois à la réalisation avec Le Récidiviste en 1978, avant d’abandonner au bout de quelques jours de tournage pour laisser la place à Ulu Grosbard et se concentrer sur sa performance d’acteur. Près de 35 ans plus tard, il tient cette fois un projet à bout de bras avec Quartet, adaptation d’une pièce de théâtre signée Ronald Harwood qui mettait en scène des comédiens seniors, film qu’il va jusqu’à produire. Direction l’Angleterre et ses vieilles bâtisses qui abritent des vieilles carcasses pour un film tout gentil autour d’artistes vieillissants, d’égos surdimensionnés, de vieilles rancunes et de romances qui sentent bon la naphtaline. Quartet convoque en permanence Bach, Verdi, Haydn ou Rossini, mais à l’éternelle modernité de ces grands compositeurs dont les mélodies hantent chaque scène du film, il n’a rien d’autre à opposer qu’un style vieillot et mollasson d’une comédie grabataire.

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Toucher et faire rire un large public avec pour sujet la vieillesse réclame une certaine maîtrise, voire un goût pour la provocation, deux choses qui manquent terriblement à Dustin Hoffman. Là où une merveille telle que Bubba Ho-Tep parvenait autant à provoquer une forme d’hilarité par son impolitesse qu’un véritable déferlement d’émotions, Quartet se contente du minimum syndical en enchaînant des situations vues 1000 fois sans aucune audace dans le regard. Le scénario ne réserve bien entendu aucune surprise, avec sa succession d’éléments mécaniques, mais il peine à créer quelque chose de concret. Évidemment, quand résonne Rigoletto ou La Traviata, l’émotion procurée par la musique n’a pas pris une seule ride, sauf qu’à aucun moment les images ne rendent justice à cette perfection sonore. Difficile également de rire de bon cœur tant les multiples gags font dans la facilité de l’humour pour le troisième âge. En vrac, les blagues salaces et la prostate de Billy Connolly, la hanche et le côté vieille diva insupportable de Maggie Smith, les sautes d’humeur de Michael Gambon ou les pertes de mémoire de Pauline Collins, tout est énoncé très vite et Dustin Hoffman se contente de reproduire les mêmes choses encore et encore, jusqu’à épuisement. Il y a bien ça et là quelques beaux petits moments, à l’image de ce professeur d’opéra qui échange avec un jeune adepte du rap, ou toujours cet homme qui voit réapparaître celle qui a brisé sa vie jadis, mais ces instants restent toujours fugaces, avalés par la grosse machinerie d’une comédie bien sous tous rapports adressée à un public lui aussi en fin de carrière.

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Quartet vogue ainsi tranquillement pendant 1h40, ne développant rien de nouveau pour dresser le portrait de grands artistes en fin de vie, ne trouvant aucune émotion complexe mais simplement des motifs faciles et déjà vus, s’appuyant sur la solidité d’un casting qui s’en donne visiblement à cœur joie. Dustin Hoffman, qui représenta pendant si longtemps l’insolence, se montre bien sage autant par le contenu que pour le mettre en forme. Quartet est construit de façon extrêmement linéaire et attendue, mis en scène sans éclat, bénéficiant à peine d’une production luxueuse made in England, entre deux faux raccords. Et les rares éléments passionnants d’un tel sujet, en particulier ce destin bien triste de grandes stars de l’opéra qui finissent bien seules, ne sont globalement qu’effleurés. Le film n’est jamais désagréable et s’avère au mieux mignon, mais il reste toutefois bien décevant pour ce « jeune » réalisateur qui n’avait pas vraiment besoin de changer d’activité aujourd’hui. Reste Verdi et ses comparses qui hantent chaque image, créant un décalage sidérant entre leurs composition intemporelles et ce film qui se fane dès les premières notes de son générique.

FICHE FILM
 
Synopsis

À Beecham House, paisible pension au cœur de la campagne anglaise qui accueille des musiciens et chanteurs d’opéra à la retraite, le bruit court qu’une nouvelle pensionnaire arriverait sous peu. Et ce serait une diva ! Pour Reginald, Wilfred et Cissy, le choc est grand lorsqu’ils voient débarquer l’impétueuse Jean Horton, avec laquelle ils triomphaient sur les scènes internationales des années auparavant. L’ambition de Jean et son ego démesuré avaient alors ruiné leur amitié et mis un terme au mariage qui la liait à Reginald. Malgré les vieilles blessures, Reginald, Wilfred et Cissy mettront tout en œuvre pour convaincre Jean de reformer leur célèbre quatuor à l’occasion du gala annuel de Beecham House.