Public Enemies (Michael Mann, 2009)

de le 17/07/2009
 
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Voilà LE véritable évènement de l’été! Mann a déjà fait tourner beaucoup de très grands acteurs, cette fois il dirige le nouveau golden boy d’Hollywood, Christian Bale, et celui qui n’a plus rien à prouver tant il a déjà accumuler les performances dans sa carrière, l’immense Johnny Depp, l’acteur le plus doué de sa génération. Il revient également au film en costumes, genre qu’il n’avait visité qu’une fois dans sa carrière, dans le monumental le dernier des Mohicans… Mais cette fois direction les années 30 à la rencontre de John Dillinger, gangster légendaire, connu comme une sorte de Robin des Bois moderne. Le personnage avait déjà été l’objet d’un long métrage de John Milius avec Warren Oates dans le rôle titre, et en comparaison le film de Michael Mann ne déçoit jamais. A la fois film de gangster sublime, flirtant entre référence old school et modernisme extrême, et pure jouissance visuelle, s’il n’atteint pas le culte instantané de Heat (avec lequel il partage beaucoup de points communs), il se pose là sans rougir de la comparaison avec les Incorruptibles ou les Sentiers de la Perdition (même si la comparaison avec ces deux-là ne tient que pour l’époque à laquelle se déroule les faits, sur la forme c’est le jour et la nuit).

Alors que Miami Vice avait déjà divisé les spectateurs, entre ceux qui n’y voyaient que du vide et ceux qui ont compris qu’il s’agissait d’un exercice de style définitif, il semble que Public Enemies suive la même voie… La faute sans doute à un style qui dérange. En effet Mann utilise la HD depuis Ali et à chaque fois ça choque une partie du public qui n’arrive pas à se faire à cette image différente. Alors quand en plus on trouve cette esthétique bien particulière dans un film d’époque, ça suffit pour laisser du monde sur la touche… Il est vrai que l’aspect est spécial et pour la première fois ça m’a même gêné sur une scène (la fin de la fusillade dans les bois) qui semblait presque accélérée, le rendu était même proche d’un téléfilm… mais ce sont seulement trente petites secondes qui font de l’ombre au tableau, car pour le reste… qu’est-ce que c’est beau!!!

On avait jamais vu ça! Jusqu’à aujourd’hui les années 30 ne nous paraissaient réalistes qu’à travers des décors et des costumes, grâce à Public Enemies et le réalisme permis par l’utilisation de la HD et de la caméra à l’épaule on se sent immergé dans cette belle époque comme jamais avant! La reconstitution est parfaite jusque dans la façon de s’exprimer, les véhicules, les armes… tout a été traité avec le plus grand soin. Et puis Michael Mann c’est quand même un des plus grands esthètes contemporains, avec l’appui précieux de Dante Spinotti à la photo, le résultat est à tomber… des séquences de braquages aux scènes plus intimistes, ça transpire le grand cinéma à tous les instants. Et bien entendu, pour mettre en scène la longue course contre la mort de l’ennemi public n°1, un homme qui vivait dans le moment présent sans jamais douter une seule seconde de sa capacité à se sortir de n’importe quelle situation, Mann réussit à créer cette sensation d’urgence dans chaque plan, c’est magnifique.

Car dans Public Enemies la tension va crescendo, au fur et à mesure que Dillinger va à la rencontre de sa fin qu’il sait inévitable (et nous aussi) sans jamais le déclarer. Comment tenir le spectateur en haleine quand on connaît tous la fin? L’exercice du biopic historique est toujours difficile car les enjeux sont connus d’avance, et pourtant Public Enemies fonctionne à la perfection, sans aucun temps mort. Bien sur il y a des baisses de rythme, ce n’est pas un film d’action! En fait ce n’est ni vraiment un polar ni un film de braquages… c’est plutôt un portrait, une étude d’un personnage historique à la moralité extraordinaire pour l’époque dans laquelle il vivait, non seulement en marge de la population mais également en marge de la pègre à qui il faisait même du tort…

Et pour réussir un tel portrait, d’une personnalité aussi complexe, il fallait bien le talent de Johnny Depp. Loin de l’interprétation de Oates, il apporte un charme incroyable au personnage, et malgré sa cicatrice c’est une sacrée belle gueule! C’est bien simple, le but de Mann est de rejoindre tous ces grands films de gangsters qui ont fait les beaux jours d’Hollywood et dans lesquels on éprouvait de la sympathie pour des truands. Ça fonctionne à fond pour Public Enemies, Dillinger on l’aime, et les flics qui veulent sa peau on les déteste, un peu comme le peuple américain à cette époque. Depp sort vraiment le grand jeu une fois de plus, il est juste parfait dans ce rôle… tellement parfait qu’à côté de lui le reste du cast fait presque pâle figure! Bale on l’a rarement vu aussi sobre (mais tant mieux ça lui va bien), Cotillard semble vraiment effacée, c’est dommage car son personnage méritait mieux. Les plus petits rôles bénéficient d’interprètes excellents qui auraient presque mérité d’être plus présents… en particulier Stephen Graham qui compose un Baby Face Nelson incontrôlable, Billy Crudup, Bill Camp, John Ortiz, … quel casting!!

Plusieurs scènes d’anthologie magnifiées par la HD, la mise en scène de Mann qui nous plonge au coeur de l’action sur un rythme de folie et qui se pose calmement dans les moments intimistes. Une histoire d’amour tellement belle car vraie, des sentiments purs, une volonté de vivre le moment présent sans réfléchir à demain… Public Enemies est un hymne à la liberté, thème récurrent dans l’oeuvre de Mann, tout comme l’abolition de cette frontière si fine entre le bien et le mal. Il faut voir l’évolution de ce personnage incroyable qui garde du début à la fin le même code de conduite, la même classe aussi. On peut y voir un parallèle évident avec le personnage de Robert De Niro dans Heat, les deux prononçant d’ailleurs une phrase similaire: « We’re having too good a time today. We ain’t thinking about tomorrow. » Libre à sa façon, il le sera jusqu’à la fin alors qu’il était déjà entré dans la légende, vivant chaque moment avec la même intensité, qu’il s’agisse d’un braquage de banque ou d’une histoire d’amour…

Magnifique portrait d’un personnage hors du commun, Public Enemies ne déçoit pas. Une histoire passionnante, une mise en scène presque en avance sur son temps, une ambiance magique (quelle musique!!!), des acteurs flamboyants avec à leur tête un Johnny Depp divin. La légende de John Dillinger ne pouvait pas trouver meilleure interprétation.

FICHE FILM
 
Synopsis

Basé sur l'histoire vraie de John Dillinger, un braqueur de banque hors pair qui a sévi à de nombreuses reprises dans l'Amérique des années 30. Avancé comme "l'ennemi public numéro 1" par le patron du FBI, John Edgar Hoover, Dillinger sera traqué sans relache par Melvin Purvis, l'un des agents fédéraux des plus efficaces.