Prince of Persia : les Sables du Temps (Mike Newell, 2010)

de le 24/05/2010
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Dans la grande famille des adaptations de jeux vidéos foirées, on demande le fils! C’est dingue de voir à quel point une sorte de malédiction poursuit ces adaptations alors que tous les plus grands studios hollywoodiens persistent dans cette voie, enchainant les échecs artistiques avec une constance qui fait froid dans le dos. Celui-là on pouvait le sentir venir depuis la phase de pré-production. Un grand acteur qui n’a rien à faire dans ce genre de blockbuster, un réalisateur qui n’a toujours pas compris que le cinéma d’action n’était pas fait pour lui et qu’il devrait retourner aux comédies british qu’il maitrise parfaitement (son volet d’Harry Potter et la Coupe de Feu n’avait déjà rien d’exceptionnel) et surtout la présence de Walt Disney, synonyme d’un film bien sage pour ne surtout pas déranger nos chères têtes blondes. Les premières critiques étaient catastrophiques et annonçaient une grosse purge imbuvable. On n’ira pas jusque là si on reste un minimum objectif devant la chose, mais Prince of Persia rejoint facilement les gros ratages du jeu vidéo transposé sur grand écran, enterrant un potentiel de divertissement énorme au profit d’un scénario aussi linéaire que miné par des rebondissements improbables. C’est tellement mal écrit que les quelques 2h10 deviennent une souffrance lors d’un final (inter)minable. Heureusement qu’il y a quelques très bonnes choses là dedans mais globalement ce mix foireux entre Pirates des Caraïbes, AladdinYamakasi et Indiana Jones est bien plus chiant que fun, dommage!

Si les jeux Prince of Persia ne brillaient pas forcément par leur scénario, même s’il était loin d’être honteux, c’était avant tout un gameplay fabuleux qui transformait le truc en une expérience de parkour jouissive à souhait. Sauter de bâtiment en bâtiment, courir sur les murs, une recette qui aura fait le succès mérité de la franchise. Sauf que dans le film, il a fallu pas moins de quatre scénaristes, dont celui du jeu, pour accoucher d’une trame inoffensive et inintéressante, qui pompe des éléments de tous les films cités ci-dessus aboutissant sur une sorte de bouillie thématique maladroite. Ainsi on a droit à la métaphore lourdingue de l’Amérique période Bush envahissant l’Irak pour une raison inventée de toutes pièces (sauf que ce ne sont pas là des armes de destruction massive mais des armes tout court), image un peu facile dont on se serait bien passé car avec un casting 100% non-arabe on est tout de même très loin du blockbuster engagé, ce qui rend la chose légèrement gratuite pour ne pas dire hors sujet.

Le soucis majeur est que faire un film d’aventure nécessite une trame logique, et donc pas une trame de jeu vidéo qui ne s’accordera jamais au grand écran. Ainsi ce qui se déroule ressemble plus à une succession ininterrompue de niveaux dans lequel évolue le prince qu’à un véritable scénario. Les règles d’écriture de base n’étant jamais respectées on se retrouve avec des évènements tombant comme un cheveux sur la soupe, des rebondissements jamais crédibles et des personnages qui apparaissent et disparaissent sans qu’on sache trop pourquoi, comme pour combler un vide évident. Et au lieu de passer outre afin de resserrer l’action sur 1h30, format qui aurait été parfait pour imprimer le rythme voulu, c’est l’indigestion de scènes inutiles qui n’apporte rien à l’histoire ou au développement des personnages, si développement il y avait. En gros il se passe plein de choses dont on n’a que faire, et on n’en finit plus de regarder sa montre. De plus comme dans tout bon produit Disney on nous impose une histoire d’amour débile à l’évolution qui ne tient jamais la route et qui se termine par un beau happy end devant le soleil couchant sur les dunes, cliché parmi les clichés puants.

Alors on pourra toujours rétorquer qu’il y a de l’action, et c’est vrai qu’il y en a. Mais pas tant que ça! D’ailleurs c’est bien une chose pour laquelle on pourra féliciter Mike Newell, il connait ses limites dans le registre et n’essaie pas d’en faire des tonnes. Armé de son filtre jaunâtre (et oui on est au moyen orient donc tout est jaune) parfois excessif bien que donnant à plusieurs reprises un cachet non négligeable à l’image, il met la débâcle en scène sans grande inspiration, enchainant les plans impersonnels vus des millions de fois. Aucun charme dans ses images même si de temps en temps il trouve une certaine inspiration dans de rares mouvements de caméra originaux et plutôt agréables à l’oeil, ou quand il reprend un gimmick vidéoludique au moment de présenter une énigme à base de mécanismes à activer. C’est à la limite du too much mais plutôt marrant à voir. Pour le reste c’est fade, on ne sent jamais la présence d’un réalisateur derrière la caméra, sans même parler des SFX à plusieurs reprises indignes d’une production de cette envergure (mention spéciale au dernier toboggan de sable avec tout qui s’écroule autour, ça aurait pu être jouissif mais c’est tellement moche!)

Au niveau des acteurs ce n’est pas vraiment plus joyeux. Malgré des noms prestigieux aucun ne fait d’étincelles. Ben Kingsley est en mode pilote automatique et enchaine les sourires pervers, Gemma Arterton est encore une fois transparente (après le Choc des Titans ça commence à faire beaucoup) tandis que l’immense Alfred Molina fait des blagues pas drôles. Heureusement il y a Jake Gyllenhaal qui malgré ses 4 expressions (en colère, surpris, triste, bourré) réussit à imposer sa présence athlétique. Il fallait un acteur avec un charisme de ce calibre pour tenir le rôle et sur ce point on n’est pas déçu. Par contre on devra déplorer des scènes de combat souvent illisibles car cadrées bien trop près des personnages, au contraire des quelques séquences de voltige qui elles sont vraiment réussies et très rythmées. À l’heure du bilan, Prince of Persia constitue une grosse déception. Misant tout sur la notoriété du jeu vidéo sans en retrouver l’essence addictive, en résulte un divertissement pas vraiment mal emballé mais sans réelle passion, un pur produit de studio sans âme et sans saveur qui ne convaincra que les enfants, public cible évident du duo Disney/Bruckheimer (pas de sang, pas de sexe). L’inverse donc d’un Pirates des Caraïbes suffisamment fun, énergique et drôle pour conquérir toute la famille.

FICHE FILM
 
Synopsis

Un prince rebelle est contraint d'unir ses forces avec une mystérieuse princesse pour affronter ensemble les forces du mal et protéger une dague antique capable de libérer les Sables du temps, un don de dieu qui peut inverser le cours du temps et permettre à son possesseur de régner en maître absolu sur le monde.