Présumé coupable (Vincent Garenq, 2011)

de le 02/09/2011
 
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Vincent Garenq est un homme de défis. Son premier film, Comme les autres, avec Lambert Wilson et Pascal Elbé, traitait du sujet délicat de l’homoparentalité, avec délicatesse. Pour son second, il opte pour sujet encore plus casse-gueule, la sordide affaire Outreau qui a passionné la France pendant plusieurs années et son dénouement incroyable aboutissant sur le plus gros scandale judiciaire depuis la seconde guerre mondiale. Un sujet surpuissant basé sur un fait réel très récent, il y avait de quoi craindre un film inodore, racoleur ou écrasé sous des couches de pathos, au choix. Et bien pas du tout. S’il est loin d’être parfait, en grande partie car il y a un manque de recul évident, Présumé coupable est un de ces films franchement forts mais dont il s’avère délicat de déterminer si la toute puissance et le choc viennent du sujet lui-même ou de l’œuvre de cinéma. D’autant plus qu’il présente une variable peu négligeable, le scénario est tiré du livre d’Alain Marécaux, le plus médiatique des accusés, qui y a raconté tout son clavaire, de l’arrivée des gendarmes chez lui jusqu’à son acquittement 4 ans plus tard. Présumé coupable est un film à charge, une œuvre engagée qui ne fait pas dans la demi-mesure et qui, par conséquent, frappe très fort.

Le film s’ouvre sur un flashforward qui nous montre un Alain Marécaux déjà bien affaibli dans une audition avec le tristement célèbre juge Burgaud. Les enjeux sont rapidement mis en place : ce type souffre et subit un acharnement qui le dépasse. Présumé coupable emprunte ensuite un chemin assez balisé du film de procès/polar tranquille. Les faits, rien que les faits, et aucun emballage qui pourrait leur nuire, c’est ce qui ressort de ce film pas vraiment racoleur. Des images globalement brutes, une absence de musique, tout est mis en œuvre pour faire ressentir la solitude de plus en plus pesante de cet homme que tout accable d’une façon absolument grotesque. Entre les aveux complètement absurdes de Myriam Badaoui, personnalité fantasque et monstrueuse, l’entêtement de magistraux incapable d’ouvrir les yeux et de regarder au delà de leurs papiers et une presse au comportement lamentable, c’est l’échec absolu d’un système qui est démontré. La justice française, si belle et si juste, est capable de se planter, et quand elle le fait ce n’est pas à moitié. Il est impossible de rester insensible à ce propos, révoltant, insupportable, et vrai. Mais si le film fonctionne c’est qu’il est bien un film de cinéma et non un documentaire basique qui se contenterait d’accumuler des preuves à charge contre une justice qui a étalé ses faiblesses au grand jour. Une photo qui lorgne parfois du côté esthétique d’Un Prophète, une mise en scène caméra à l’épaule tout en restant lisible, s’il n’y avait pas ce découpage un brin pataud tendant parfois vers la production télévisuelle (française, cela va de soi) on tenait un vrai et beau fil de genre. Au final c’est un film quelque peu impersonnel dans la forme, en retrait face au fond mais qui ne s’efface pas pour autant. L’équilibre est complexe, mais s’il y a bien une chose à retenir c’est que le traitement excessivement brut, assorti d’un gros travail sur le son, donne lieu à un film extrêmement sec et brutal, dans ce qu’il montre mais également dans ce qu’il suggère. Car une autre très bonne idée est de ne pas tomber dans les clichés habituels de ce type de film. Par exemple pas de vision trop glauques du traitement d’un présumé violeur d’enfants en prison, cela est simplement suggéré dans une ligne de dialogues qui vaut plus que toutes les images. À côté de ça, Présumé coupable nous propose un aperçu assez juste et pédagogique juste ce qu’il faut du système judiciaire français, de la garde à vue au procès. Ce qui est certain, c’est qu’avec ce portrait à charge, il n’en sort pas grandi.

On l’aura compris, Présumé coupable vaut plus qu’un coup d’œil pour ce qu’il nous raconte, même si cela se fait sans éclat, mais de façon âpre et sans concessions. La vraie grande force du film se situe du côté de son interprète. Il y a peu d’acteurs en France capables de porter un film, de le transcender, Philippe Torreton en fait partie. Dans une interprétation et une transformation physique digne de l’actor studio, il campe un Alain Marécaux surprenant. Tout d’abord massif, il devient peu à peu victime jusqu’à toucher le fond et n’être qu’un corps décharné. Impressionnant, c’est le mot qu’on gardera tant la performance de l’acteur est immense. Et dans un pays où les performances d’acteur sont généralement vues d’un sale œil, il y a de quoi se réjouir. Doté d’un magnétisme incroyable, il imprime la pellicule, bouffe l’écran, et nous bouleverse par sa puissance et sa détermination. On n’est pas prêts d’oublier son regard, quand il perd ses enfants, sa femme, et sa vie. Il en fallait du talent pour composer une vie brisée par un système, une existence broyée, une horreur avec « la justice » pour nom, et il y en a une sacrée dose à l’écran.

FICHE FILM
 
Synopsis

Le film raconte le calvaire d'Alain Marécaux - "l'huissier" de l'affaire d'Outreau - arrêté en 2001 ainsi que sa femme et 12 autres personnes pour d'horribles actes de pédophilies qu'ils n'ont jamais commis. C'est l'histoire de la descente en enfer d'un homme innocent face à un système judiciaire incroyablement injuste et inhumain, l'histoire de sa vie et de celle de ses proches broyée par une des plus importantes erreurs judiciaires de notre époque.