Predators (Nimród Antal, 2010)

de le 01/07/2010
 
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Plus de doute, la valse des films de l’été bat déjà son plein. Après l’Agence Tous Risques et avant the Expendables, ce ne sont pas moins de 3 films bien badass et bourrés de testostérone qui vont accompagner nos passages dans les salles obscures pour échapper à la canicule qui guète. Le film de Carnahan remplissait parfaitement son contrat, qu’en est-il du bébé du couple inédit Rodriguez/Antal? Officiant officiellement dans le rôle de producteur, Robert Rodriguez s’est pourtant fait le porte-parole exclusif de cette renaissance de la franchise Predator. On s’imagine à quel point le réalisateur de Motel et Blindés s’est vu relayé au rang de simple yes-man et on irait presque jusqu’à prendre de gros paris sur l’implication de Rodriguez dans la mise en scène de plusieurs séquences. Qu’on aime ou pas la mariachi d’Hollywood, personne ne pourra jamais lui reprocher de ne pas tout faire pour donner du plaisir à son public. Desperado, une Nuit en Enfer, Sin City, le cinéma jubilatoire est son domaine de prédilection et en plus d’être un technicien de talent c’est un cinéaste généreux (sauf quand il récupère pour lui tout seul les crédits d’une équipe technique complète). Et on peut dire qu’à son annonce de relancer la saga Predator, un mélange d’excitation et d’immense appréhension s’est installé. Predator de John McTiernan est un modèle d’action et de survival, un huis clos à ciel ouvert mis en scène à la perfection et à l’ambiance tendue comme un string qui, 23 ans plus tard, n’a rien perdu de son efficacité. Il en faut du talent pour pondre une suite/reboot qui soit au niveau, et ni Antal ni Rodriguez n’ont le talent du grand McT.

Rodriguez a toujours clamé haut et fort qu’il n’existait pour lui qu’un seul film Predator, le premier. Exit donc les évènement du gentil nanar post-nuke plutôt jouissif Predator 2 de Stephen Hopkins, aux ordures les catastrophiques cross-over Alien vs. Predator qui ont failli enterrer pour de bon les deux franchises les plus intéressantes de la Fox. On repart de zéro ou presque, les évènement de Predators se situant x années après ceux de Predator auquel le film va longuement faire sa révérence. Une bande de bidasses venus de tous horizons, des gros durs dont une guerrière et un médecin tout frêle, est parachuté en pleine forêt façon Cube, sans repères et sans savoir où ils sont et ce qu’ils doivent faire. Et là c’est un peu le bonheur, car c’est le retour dans la jungle et que c’est là que s’exprime le mieux le caractère de prédateur de ces extra-terrestres à casque de rasta. Et si l’introduction parait au premier abord légèrement laborieuse, elle permet au moins de poser des bases de personnages solides pour mieux exploiter leurs failles ensuite.

Ces personnages justement, il faut avouer qu’ils en imposent! S’ils correspondent en tous points aux clichés de leurs communautés respectives, ils ont de vraies gueules de héros de série B, pas vraiment des gueules de porte-bonheur donc. Ainsi on y croise un chef de gang mexicain, un militaire russe, un mercenaire ricain, une soldate israélienne, un prisonnier, un mercenaire sauvage de Sierra Leone et un yakuza en costard (pratique en forêt et dans la boue). Le gros point fort du film est qu’il ne s’embarrasse d’aucun message en filigrane ou second degré. Peu d’humour, sauf très involontaire lors des séquences avec un Laurence Fishburne déjà grand favori des prochains Razzie Awards et qui livre sans doute la performance la plus ridicule de sa carrière (il faut le voir pousser sur sa voix pour bien comprendre l’ampleur du désastre!) alors qu’il avait le rôle le plus intéressant sur le plan thématique. Bien entendu on nous balance une légère réflexion sur les rapports conflictuels qui se créent en pleine tension dans un milieu hostile entre des brutes mais ça reste du niveau de l’anecdote. Non Predators, et c’est tant mieux, est une simple chasse à l’homme. En cela il reprend plus ou moins le fil narratif du premier film jusque dans un final presque copié/collé mais en moins bon tout de même, largement moins bon.

Sur un mode de survival digne d’un jeu de télé réalité avec élimination progressive des participants, Predators est finalement très classique dans sa construction. Assez violent sans pour autant être vraiment gore, bénéficiant d’une belle ambiance oppressante et d’un ton résolument badass obligatoire étant donné la carrure des personnages, le film rassure d’un côté en même temps qu’il déçoit. Car ne nous leurrons pas, ça fait plus de 20 ans qu’on attend le vrai retour des predators à l’écran et on a tous forcément placé bien trop d’espoirs dans ce retour aux sources. Et avec toute la générosité dont fait preuve la team à Rodriguez, on reste sur notre faim. De la part des « troublemakers » on était en droit d’attendre une grosse dose de folie, jamais vraiment présente. En lieu et place de ce qui aurait rendu le film ultra jouissif et forcément culte, on a droit à quelque chose de très carré et formaté comme une grosse production. On avait presque oublié que ça en était une, mais on nous le rappelle assez vite. Réalisation plate et sans âme, un peu molle même, c’est la mauvaise surprise du film. Antal fait le boulot sans forcer, en bon yes-man sur un blockbuster.

On se plait à rêver de ce qu’aurait fait Rodriguez s’il avait été seul à la barre, sans rien déléguer et en ayant le final cut, mais ce n’est pas le cas. À trop déclarer sa flamme au film de John McTiernan Predators se perd un peu en références parfois maladroites. Ainsi si on prend un pied monstre quand résonne les notes du thème d’Alan Silvestri superbement repris par un John Debney en grande forme, il n’en est pas de même quand Adrien Brody adopte la posture boueuse du massif Arnold Schwarzenegger. L’acteur a beau avoir soulevé pas mal de fonte, il n’a pas forcément le physique de l’emploi et surtout il lui manque le charisme bestial du governator! Reste que dans l’ensemble le casting assure pas mal en zone de guerre, qu’ils héritent tous de punchlines déjà cultes, que les predators sont toujours aussi impressionnants et que le film remplit plutôt bien son contrat. Du côtés des agréables surprises, quelques scènes mémorables comme le duel entre le yakuza et un predator qui semble tout droit venir d’un chambara ou quelques moments de pure violence animale. Au final c’est un sentiment mitigé, on sent que le film a été fait avec respect et cherche à rendre hommage au chef d’oeuvre original mais il se retrouve engoncé dans un manque d’ambition et de folie qui en aurait fait une grosse série B énervée. C’est bien une série B, mais bien trop sage.

FICHE FILM
 
Synopsis

Royce, un mercenaire, se retrouve obligé de mener un groupe de combattants d’élite sur une planète étrangère. Ils vont vite comprendre qu’ils ont été rassemblés pour servir de gibier. A une exception près, tous sont des tueurs implacables – des mercenaires, des yakuzas, des condamnés, des membres d’escadrons de la mort ; des « prédateurs » humains qui sont à présent systématiquement traqués et éliminés par une nouvelle génération de Predators extraterrestres. Voici l’affrontement sans pitié de tueurs absolus…