Post Tenebras Lux (Carlos Reygadas, 2012)

de le 05/05/2013
 
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Carlos Reygadas est-il un génie ou un escroc ? Jusqu’à aujourd’hui, on pouvait encore se poser la question, mais avec Post Tenebras Lux, et malgré son titre magnifique, il est possible de se faire un avis tranché sur la question. Le mexicain est donc un escroc, de ceux qui parviennent à suffisamment embrumer l’esprit et le regard de la critique et des sélectionneurs de festivals jusqu’à ce qu’ils acceptent ses films les yeux fermés ou en louent toutes les grandes qualités. Post Tenebras Lux révèle surtout que le réalisateur n’a pas grand chose à raconter et se permet de le faire de la pire des façons, à savoir en jouant l’auteur prétentieux à la fausse poésie lyrique et qui brouille en permanence les codes narratifs pour mieux faire passer la vacuité de son scénario. Bien sur, il convient de louer la forme de cet exercice de style visuellement éblouissant, composé d’autant de tableaux à la puissance graphique, voire émotionnelle, sidérante. Mais Dieu que c’est long, Dieu que c’est bizarre pour pas grand chose…

Post Tenebras Lux est comme un beau livre d’images, ou un catalogue d’exposition photo auquel on chercherait à donner du sens, idée grotesque. Dès son ouverture, magistrale, la plus belle du Festival de Cannes cette année, il parvient à nous happer et à nous plonger dans une sorte de rêve éveillé, avec cette petite fille au milieu d’un champ, avec des animaux et le soleil qui s’en va. Crépusculaire en diable, cette ouverture pose la barre tellement haut que tout ce qui suit ne pouvait être à la hauteur. Et en effet, on en est très loin. En éclatant sa narration pour rompre avec toute logique, Carlos Reygadas joue au petit malin et jette un gigantesque écran de fumée sur l’écran. Post Tenebras Lux est un film qui cherche tellement à évoluer dans les cieux alors qu’il manque de matière qu’il en devient gênant, avec cette volonté claire et nette de perdre le public qui ne trouve ni intrigue ni personnages auxquels se raccrocher. Alors certes, cela colle plutôt bien à l’idée de composer une mosaïque de souvenirs d’une famille allant vers son extinction, d’un monde qui plonge irrémédiablement vers les ténèbres et le chaos, mais il y a tout de même de quoi crier à l’escroquerie cinématographique pure et dure. Carlos Reygadas s’est sans doute senti investi d’une mission, devenir le nouveau Luis Buñuel, le nouveau pape du surréalisme mexicain, sauf qu’à un moment donné il faut se rendre à l’évidence qu’il n’en a pas l’étoffe, qu’il n’est qu’un habile illustrateur incapable de construire une réflexion, ni même de donner assez d’éléments pour la provoquer chez le spectateur. Avec sa symbolique d’une lourdeur impitoyable et l’éclatement total des séquences qui peuvent passer du réveil d’une famille en plan séquence à l’apparition d’un démon lumineux, puis à un match de rugby en Angleterre et une partouse dans un hammam français, Post Tenebras Lux semble être une collection de vignettes d’une vie observée à travers le regard du démon. A l’image cela se traduit par l’utilisation massive du fish eye doublé d’un filtre ressemblant à un cul de bouteille. D’une séquence mémoire à l’autre, Carlos Reygadas cherche l’effet choc, touche au grotesque, mais ne parvient pas à donner la consistance au texte comme le faisaient les vrais surréalistes.

Bien sur il y a des choses à retenir car chaque séquence prise indépendamment est une pure merveille visuelle, mais avait-il besoin de répéter les scènes, de filmer en plein cadre un type qui tabasse son chien, de se laisser aller à l’abstraction totale dans sa métaphore d’un monde qui embrasse les ténèbres ? Probablement pas, et c’est dans cette démarche d’esthétiser le néant que Post Tenebras Lux dévoile l’escroquerie totale que représente son réalisateur. On pourra toujours théoriser pour essayer de donner du sens à cette mosaïque sans queue ni tête, se satisfaire de la beauté élégiaque des images et du naturel avec lequel les acteurs se sortent du bourbier narratif. On pourra toujours se vautrer dans l’interprétation des symboliques (un homme qui s’arrache la tête donne une pluie de sang sur le monde, quelle finesse) ou dans la reconstitution impossible d’une trame narrative logique. On pourra surtout s’ennuyer et trouver l’exercice d’une prétention sans précédent, celle d’un auteur tellement certain d’être l’héritier de Luis Buñuel qu’il en oublie qu’il devrait construire son propre cinéma. Derrière toute la beauté et la flamboyance développée par la mise en scène, incroyable, de Carlos Reygadas, il n’y a que suffisance. De quoi provoquer une certaine colère doublée d’une profonde incompréhension…

FICHE FILM
 
Synopsis

Au Mexique, Juan et sa jeune famille ont quitté la ville pour s’installer à la campagne. Là, ils profitent et souffrent d’un monde qui voit la vie différemment. Juan se demande si ces mondes sont complémentaires, ou bien s’ils s’affrontent inconsciemment pour s’éliminer entre eux.