Pontypool (Bruce McDonald, 2008)

de le 07/09/2010
 
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Voilà un film qui repose essentiellement sur le mystère, différentes révélations et retournements de situations compréhensibles ou pas. Nous allons essayer de spoiler le moins possible mais pour éviter toute déconvenue et maintenir l’effet de surprise, il est conseiller si vous n’avez pas vu le film de sauter directement à la conclusion pour savoir si ça vaut le coup d’attendre avec impatience la sortie du DVD ou pas. Pontypool c’est le premier film d’une future trilogie basée sur le roman de Tony Burgess (autre que le britannique à l’origine d’Orange Mécanique) Pontypool Changes Everything. Il s’agit ici de l’oeuvre du réalisateur canadien Bruce McDonald, semi-inconnu qui a pourtant nombre de longs métrages et épisodes de séries TV derrière lui depuis une bonne vingtaine d’années, et qui là, en un film, explose littéralement. Pontypool c’est un film concept, un truc dingue monté avec un budget qu’on imagine ridicule et qui est pourtant d’une efficacité rarissime. Intelligent, manipulateur, retors, Pontypool s’amuse de façon sadique avec ses personnage comme avec le public pour aboutir sur un objet de cinéma véritablement intense, du genre à vous coller au cerveau longtemps après la projection. Pas vraiment de twist explicatif ou de théories évidentes, juste une maîtrise totale de la narration et de la mise en scène pour élever ce huis clos pas comme les autres au rang d’expérience cinéphile sortant très largement des sentiers battus sans pour autant tomber dans l’expérimentation à tout va ou les débordements gores que son affiche semble annoncer. Un pur film de festival que l’Étrange Festival permet d’enfin découvrir en France sur grand écran, le film restant honteusement inédit chez nous.

Pontypool c’est the Fog de John Carpenter sans le brouillard, c’est la Nuit des Morts Vivants de Romero sans les zombies, c’est le canular radiophonique d’Orson Welles qui s’invite dans un film. C’est un peu tout ça, et tout son contraire. C’est un film qu’on n’attendait pas et qui se révèle être un exercice de style succulent, démoniaque et pervers. Il prend la forme d’un huis clos, forme idéale pour mettre à profit un budget limité mais genre ultra casse-gueule qui ne laisse pas de place aux maladresses de scénario ou à une mise en scène faiblarde. L’espace confiné d’un studio de radio, une tempête à l’extérieur, 3 personnages principaux plus quelques très rares autres, les possibilités sont limitées et il fallait donc une sacrée dose de talent pour en sortir quelque chose, ce que fait Bruce McDonald à merveille. On a là la preuve d’un réalisateur très intelligent capable de transcender le matériel mis à sa disposition pour en sortir un très grand film. Avec son regard unique, il propose la plus belle alternative aux films de zombies new age de Zack Snyder ou Danny Boyle qui n’avaient finalement pas apporté grand chose, si ce n’est de la vitesse aux créatures et une mise en scène plus bling-bling que celle de Romero.

En l’état Pontypool est donc un huis clos construit à l’économie et qui fonctionne à plein régime. Jusque dans sa dernière partie la menace est invisible et tout se joue sur la suggestion de l’horreur. Véritable infection signe de fin du monde en approche ou simple canular, il est extrêmement jouissif – et quelque peu sadique – de voir cet animateur grande gueule d’un charisme naturel complètement fou perdre peu à peu tous ses repères et son assurance, ainsi que sa raison, logiquement. À l’arrivée on aura bien un semblant d’explication assez bien amené mais est-ce réellement une solution? Le générique de fin et l’épilogue annoncent-ils simplement un Pontypool 2 déjà sur les rails ou servent-ils à semer un peu plus le doute? L’avantage de ce genre de résolution ambiguë est qu’il n’est pas nécessaire de ;’accepter, le spectateur peut se faire sa propre opinion, on n’est vraiment pas accompagné par la main sur le chemin de l’énigme. Mais Pontypool c’est également, au-delà de la démonstration brillante de la possibilité de créer la terreur par le hors champ, un film intelligent sur le langage, sur la puissance de la sémantique et sur la toute puissance de la langue de Shakespeare, monopole bien dangereux quand on voit de telles conséquences apparaissant comme tellement réalistes!

Véritable tour de force verbal jamais verbeux, Pontypool se joue du vocabulaire et des homonymies comme des causes profondes du drame et de sa résolution, ou quand l’amour et la mort sont aussi proches que contradictoires. Jouant sur l’ambivalence des mots Pontypool déroule son récit écrit de main de maître et d’une précision chirurgicale et bénéficiant d’une finesse assez incroyable dans l’écriture de ses dialogues dans lesquels réside LA solution, ou pas. Sur le plan de la mise en scène Bruce McDonald fait de petits miracles et se pose en héritier direct de John Carpenter pour sa gestion d’un espace limité qu’il réussit à filmer en donnant une élégance folle à ses déplacements de caméra toujours juste. Il parvient à créer une ambiance extrêmement tendue qui vire rapidement à la paranoïa pour aboutir sur un petit bijou d’horreur pure, jouant autant sur la frustration que sur des mécanismes plus classique dans le dernier acte. Le tout est porté par un trio d’acteurs formidables avec en tête Stephen McHattie, déjà royal dans l’ouverture d’History of Violence de Cronenberg. Cet étrange sosie de Lance Henriksen à la voix de crooner nous hypnotise par son regard et ses paroles toujours lourdes de sens, il livre une prestation en tous points remarquable. On regrettera juste un passage dans la langue de Molière incompréhensible bien que nécessaire.

[box_light]En bonne perle de festival qui n’a pas volé sa réputation, Pontypool s’avère être un exercice de style assez fascinant de bout en bout. Jouant essentiellement sur la suggestion et la paranoïa avant de basculer dans l’horreur il distille un mystère rondement mené et des plus perturbants, et ce jusque longtemps après le générique final. Porté par un Stephen McHattie bluffant d’intensité et de charisme, il s’agit là d’un des films de genre les plus originaux et brillants de ces dernières années. Attention au pouvoir destructeur des mots![/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Pour Grant Mazzie, animateur vedette de la radio de Pontypool, Canada, la journée s’annonce banale. Lorsqu’il prend l’antenne, il ignore que la petite ville va vivre l’apocalypse. Ce matin-là, la radio reçoit de nombreux messages d’auditeurs paniqués. La population semble gagnée par la folie, et se comporte de façon irrationnelle, prononce des paroles sans queue ni tête, puis commence à s’entretuer. Peu à peu, le danger se rapproche du studio, dont le personnel est bientôt pris au piège.