Polisse (Maïwenn, 2011)

de le 14/05/2011
 
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Après deux premiers films qui ne laissaient pas le moindre espoir quant à la suite de sa carrière, l’égocentrique et agaçant Pardonnez-moi et le narcissique et malhonnête, car déguisé en auto-dérision, Le Bal des actrices, Maïwenn atterrit en sélection officielle à Cannes, en compétition qui plus est. Dire qu’on avait de sérieux doutes là dessus dépasse même l’euphémisme mais pourtant, la jeune réalisatrice nous fait ravaler toutes nos médisances en un peu plus de deux heures stupéfiantes. Par son sujet déjà, pour la première fois autre chose qu’elle-même, mais surtout par la maîtrise dont elle fait preuve pour son troisième film seulement. À l’arrivée elle signe un film qui la réconciliera sans doute avec ses détracteurs tout en l’éloignant de son public premier. Polisse c’est la quintessence du cinéma coup de poing hyper-réaliste par une artiste qui vient de trouver un extraordinaire moyen d’expression. Des lacunes elle en traîne des lourdes, notamment en termes de mise en scène, mais cette fois la sincérité de son projet et sa volonté de faire du vrai cinéma, même si la forme est parfois clairement à revoir, est une réjouissance. Polisse c’est un coup de poing, ou plutôt un coup de pied dans la fourmilière, qui jongle avec une large palette d’émotions pour un résultat entier, brutal, froid et pourtant très drôle. Une claque, la première véritable du festival.

L’idée aurait pu faire un grand reportage d’infiltration, c’est sans doute pour cela que Maïwenn adopte un point de vue caméra à l’épaule, très typé documentaire, peut-être trop parfois. En première lecture elle se donne le rôle voyeur et va suivre cette équipe en charge des affaires parmi les plus glauques (affaires de pédophilie notamment), en creusant plus elle recherche la création et l’illustration d’un microcosme ultra plausible. Une des grandes forces de Polisses et son ton, à la fois très rentre-dedans quand il s’agit de traiter de passages à l’action, et complètement nonchalant à de nombreuses occasions. Comme pour désamorcer le drame qui se jour, Maïwenn n’hésite pas à user d’un humour ravageur. Que ce soit le générique de début accompagné par la chanson de l’île aux enfants ou une séquence de déposition surréaliste autour d’un vol de téléphone portable (la conclusion avec l’ordinateur est un régal), elle ménage des espaces de légèreté dans un discours excessivement noir pourtant. Car finalement, plus que la brigade en elle-même, plus que l’activité de ses membres, c’est aux humains qu’elle s’intéresse. Alors bien sur, fière de son cinéma-vérité elle va filmer des arrestations, une descente impressionnante dans un camp de caravanes ou des virées à toute vitesse dans les rues de Paris. Mais son propos n’est clairement pas à chercher de ce côté. Ce qui semble le plus l’intéresser, avec le recul, c’est l’influence d’une activité telle que celle-ci, avec son lot d’atrocités quotidiennes, sur les vies humaines. Elle cherche l’être humain derrière l’uniforme et elle le trouve dans toute sa fragilité, mettant tous ses personnages à nu sans exception. C’est là qu’elle nous bouleverse, en nous démontrant sans le montrer vraiment que ce métier déshumanise, ouvre des blessures qui ne se refermeront jamais et peut souvent mener dans le mur. À ce titre la conclusion qui pourrait presque sembler grotesque, d’autant plus qu’elle est assez moche et tranche trop avec le réalisme du reste, sonne comme une évidence. Un aller sans retour pesant, dramatique.

Maïwenn se lance sur les traces de Police de Maurice Pialat, L.627 de Bertrand Tavernier ou Le Petit lieutenant de Xavier Beauvois et à l’arrivée elle peut être fière et n’a pas à rougir. Toutefois on pourra tout de même lui faire deux gros reproches. Le premier concerne la mise en scène pure. C’est très bien de vouloir adopter un point de vue documentaire mais dans une fiction il convient de prêter un peu plus d’attention à la longueur des scènes et au montage pour ne pas tomber dans la ringardise d’une réalisation télévisuelle. Deuxième chose, il n’était vraiment pas nécessaire que Maïwenn se paye un nouveau trip d’égo avec sa romance qui prend le pas sur tout le reste pendant un moment, complètement hors sujet jusque dans cette séquence de repas absurde. le risque de sortir du film est bien réel, et ça serait dommage que cela se fasse à cause de détails comme ceux-là. Pour le reste, c’est incroyable. Elle dirige d’une poigne de fer toute une galerie d’acteurs en majorité habités par leur rôle et sachant rester à leur place. Si Karin Viard reste agaçante, Marina Foïs touche quelque chose de sublime tandis que Joey Starr s’impose comme une figure de cinéma impressionnante de charisme animal et de sensibilité à fleur de peau. De son personnage torturé naissent les plus belles émotions, dans un film puissant, très puissant.

On ne l’attendait pas et pourtant Maïwenn signe avec Polisse un grand film. Froid, radical, fort dans l’émotion et l’humour, traitant de sujets difficiles avec une aisance remarquable, Polisse s’impose comme un choc de cinéma assez brutal tant on n’y est plus habitués. Avec un scénario et une direction d’acteurs remarquables, Maïwenn prend conscience de sa force tout en essayant de gommer ses lacunes formelles. Elle a encore du travail, mais accoucher d’une telle merveille aussi tôt laisse de très gros espoirs pour la suite. On n’avait pas vu si beau tableau de la police depuis Le Petit lieutenant.

FICHE FILM
 
Synopsis

Le quotidien des policiers de la BPM (Brigade de Protection des Mineurs) ce sont les gardes à vue de pédophiles, les arrestations de pickpockets mineurs mais aussi la pause déjeuner où l’on se raconte ses problèmes de couple ; ce sont les auditions de parents maltraitants, les dépositions des enfants, les dérives de la sexualité chez les adolescents, mais aussi la solidarité entre collègues et les fous rires incontrôlables dans les moments les plus impensables ; c’est savoir que le pire existe, et tenter de faire avec… Comment ces policiers parviennent-ils à trouver l’équilibre entre leurs vies privées et la réalité à laquelle ils sont confrontés, tous les jours ? Fred, l’écorché du groupe, aura du mal à supporter le regard de Melissa, mandatée par le ministère de l’intérieur pour réaliser un livre de photos sur cette brigade.