Piranha 3D (Alexandre Aja, 2010)

de le 02/09/2010
 
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C’est vraiment un bon garçon Alexandre. Après un début de carrière tonitruant quand il a signé coup sur coup les deux bombes Haute Tension puis la Colline a des Yeux, il nous a un peu fait peur en réalisant un Mirrors plus que faiblard et en supervisant un 2ème sous-sol très décevant. Autant dire qu’on pouvait craindre le pire à partir du moment où il a annoncé vouloir faire Piranha 3D. Car la saga qui avait commencé chez Joe Dante à la fin des années 70 puis reprise par un James Cameron en intérim au début des 80’s n’avait jusque là rien d’un moment de gloire. De plus l’impression de voir Aja ne rien vouloir faire d’autre que des remakes laissait quelque peu perplexe. Et puis les premières images sont tombées, les premières vidéos et les premiers retours annonçant un film outrancièrement gore. Alexandre Aja annonce s’être inspiré des Gremlins pour son film plus que du Piranha original, c’est pourtant du côté des Dents de la Mer, LE chef d’oeuvre de Steven Spielberg, qu’il faut se tourner. Ce n’est pas vraiment un hasard si l’affiche lui rendait un bel hommage car Piranha 3D suit plus ou moins la même trame narrative en remplaçant le requin par tout plein de vieux piranhas bien vicieux et énervés. On s’en doutait un peu, ce n’est pas le film du siècle, mais Alexandre Aja prouve en 1h30 (qui se transformeront en 1h45 quand on pourra voir le montage uncut) qu’il n’a rien perdu de son talent, qu’il est capable de se frotter à différents types d’horreur sans tourner en rond, mais surtout qu’il sait faire plaisir à son public et faire preuve d’une sacrée dose de générosité. Sorti aux côté du parait-il très cérébral Oncle Boonmee (Celui qui se souvient de ses vies antérieures), Piranha 3D c’est tout l’inverse, le film le plus fun et décomplexé de l’année. Dans le genre de la comédie gore, en dehors des récentes productions japonaises (de la Nikkatsu pour la plupart) on n’avait rien vu d’aussi bon depuis Planète Terreur.

Dans le genre de l’horreur décomplexé Piranha 3D se pose là, emboîtant le pas à tous les Jusqu’en Enfer et Vampire Girl vs. Frankenstein Girl qui participent activement au revival du cinéma d’exploitation horrifique qui n’oublie jamais ses seconds et troisièmes degrés. La recette n’est pas bien compliquée, du cul, du gore qui tâche et une bonne dose d’humour noir. Et chez Aja on ne pensait pas qu’il y en avait autant à revendre! C’est bien la première fois qu’il ne réalise pas un film d’horreur pur. Ici le ton est donné très rapidement, passé l’introduction en forme d’hommage aux Dents de la Mer avec la mort de Richard Dreyfuss. C’est Spring Break, le seul moment de l’année où les jeunes américains se lâchent complètement avant d’entamer une vie bien trop sage et morne, c’est le temps de tous les excès, ça boit, ça fume, ça sniffe et ça baise dans tous les sens, le moment idéal pour que Dame Nature envoie ses rejetons de l’enfer pour crier son ras le bol. On peut très bien y voir l’embryon d’un message écolo ou d’un constat social bien triste, mais très franchement, là n’est pas l’intérêt.

En effet car on peut résumer Piranha 3D en 4 mots, des poissons, du sang, des boobs et des boobs. Oui, il faut avouer qu’en dehors des attaques des piranhas en question on a quand même droit à une sacrée dose de paires de seins à l’écran, en silicone et en 3D s’il vous plait! Alexandre Aja se lâche complètement en signant un truc complètement con mais parfaitement assumé qui enchaine les moments de bravoure. Concours de T-shirts mouillés, pompes à bière, tournage d’un ersatz des Girls Gone Wild, blondasses aux gros seins en minikini et producteur/réalisateur bourré de coke jusqu’aux yeux, le réalisateur s’éclate à nous montrer la génération MTV dans ce qu’elle a de plus extrême, quand elle lâche la bride sur fond de musique électro poussée trop fort. Dès lors c’est un réel plaisir sadique que de voir ces jeunes cons dépravés mais sexys en diable se faire massacrer par une meute piranhas aux dents longues. Car quand Aja les lâche, il ne fait pas semblant et ça charcle dans tous les sens à grands coups de tripailles à l’air et de membres volant en relief. On appelle ça du bonheur sur pellicule, un plaisir coupable de bisseux, un des trucs les plus jouissifs qu’on a vu au cinéma depuis bien longtemps tellement il ne se prend jamais au sérieux, intelligemment.

D’autant plus qu’Alexandre Aja ne bâcle pas sa mise en scène pour autant. Alors certes il adopte pour l’occasion un style qui rappelle parfois certains clips, le montage épileptique en moins, et s’avère beaucoup moins virtuose que sur la Colline a des Yeux ou certaines séquences de Mirrors mais sa réalisation colle parfaitement à l’ambiance qui était recherchée, à savoir la grande déconnade perturbée par des mises à mort sauvages et graphiques. Rien de bien sérieux là dedans, tout est à prendre au trente-millième degré mais ça fonctionne du début à la fin, simplement grâce à la générosité d’un réalisateur libre et qui voulait se réconcilier avec son public. Il réussit le pari haut la main en redoublant d’inventivité dans les massacres bien dégueulasses mais toujours très drôles voire absurdes (le final en clin d’oeil à Peur Bleue sans doute, la mort d’Eli Roth…). Il ne signe pas le film le plus gore de tous les temps comme certains ont pu l’écrire – on reste très loin de Braindead – mais que c’est bon de voir ces litres de sang et ces kilos de barbaque dans ce genre de production intègre à tous les niveaux. Il en est de même pour la 3D. Elle n’est pas forcément nécessaire et sert souvent de gadget pour mettre en avant des prothèses mammaires ou un pénis fraichement tranché, mais c’est la conversion la plus réussie vue au cinéma.

Et si la plupart des effets graphiques sont l’oeuvre de ce génie de Greg Nicotero et sont donc impressionnants de réalisme, ce n’est pas vraiment le cas de quelques incrustations numériques relativement foireuses il est vrai. Mais le spectacle old school n’est pas gâché pour autant, d’autant plus que le film parlera clairement aux cinéphiles qui seront tellement heureux de retrouver Christopher Lloyd en docteur, Jerry O’Connell sous acide, Ving Rhames en flic über badass ou Elisabeth Shue en fliquette MILF. Il n’est sans doute pas nécessaire préciser que la présence de Kelly Brook et Riley Steele apporte un certain charme non négligeable à l’ensemble (et quelques chaleurs il faut le dire).

[box_light]Très con, très gore, très drôle et très sexy, c’est Piranha 3D, le gros plaisir coupable de la rentrée. Alexandre Aja prouve qu’il domine le Splat Pack de la tête et des épaules, ridiculisant ses collègues ricains, et livre un monument de fun décomplexé comme on n’avait plus l’habitude d’en voir au cinéma. Piranha 3D c’est des tonnes de nichons qui se trémoussent sur de la musique électro et des tonnes de tripes étalées à l’écran. Un second degré et un humour noir salvateurs viennent asseoir le frenchy comme un des vrais Masters of Horror, en plus d’être un des plus généreux avec son public. Belle surprise et beau retour aux affaires Monsieur Aja.[/box_light]

Crédits photos: © Wild Bunch Distribution
FICHE FILM
 
Synopsis

Alors que la ville de Lake Victoria s'apprête à recevoir des milliers d'étudiants pour le week-end de Pâques, un tremblement de terre secoue la ville et ouvre, sous le lac, une faille d'où des milliers de piranhas s'échappent. Inconscients du danger qui les guette, tous les étudiants font la fête sur le lac tandis que Julie, la shérif, découvre un premier corps dévoré... La journée va être d'autant plus longue pour elle que Jake, son fils, a délaissé la garde de ses jeunes frères et sœurs pour servir de guide à bord du bateau des sexy Wild Wild Girls !