Pina (Wim Wenders, 2011)

de le 04/04/2011
 
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Faut-il connaitre et apprécier le travail de Wim Wenders pour apprécier son Pina en 3D? Non, tant le réalisateur semble absent. Faut-il apprécier la danse contemporaine et plus particulièrement le travail de la regrettée Pina Bausch? C’est mieux, mais pas nécessaire. On nous rabâche suffisamment depuis sa présentation à la Berlinale à quel point ce film utilise enfin à raison la technologie 3D qu’il y aurait presque des raisons d’être déçu à la vision du résultat. D’autant plus que cette affirmation est d’une mauvaise foi et d’une bêtise absolues pour quiconque a pu vivre l’expérience sidérante d’Avatar en salle. Alors certes Pina est un objet de cinéma magnifique, presque insaisissable, en grande partie car ce n’est pas tout à fait du cinéma mais plus un exercice pictural abstrait. Un peu dans l’esprit de ces numéros de danse contemporaine passant tard la nuit sur Arte, mais sans la trame narrative d’un ballet complet, et tout de même plus éclatant. Cependant, si l’oeuvre fascine par sa beauté, elle ne convainc que partiellement. La cause principale vient de certains choix un peu douteux et un goût pour le morbide presque malsain si on y prête l’attention nécessaire.

De façon assez basique, Pina est un documentaire, alors qu’avant le décès il s’agissait d’un projet autrement plus ambitieux. Suite au drame on peut comprendre le destin du film pensé au départ, disparu avec Pina Bausch, mais il est étonnant de voir à quel point Wim Wenders, décidément de moins en moins inspiré, se morfond dans une sorte d’anticonformisme qui ne cache en rien la réalité : exception faite du sublime et nostalgique Don’t Come Knocking et d’une poignée de documentaires brillants mais classiques, les films de l’allemand depuis à peu près quinze ans n’apportent rien de nouveau sur la scène cinématographique mondiale. C’est assez triste mais c’est un fait, le temps des Ailes du désir et de Paris, Texas semble très loin. Avec Pina, outre l’utilisation pas toujours heureuse mais généralement osée, de la 3D, il signe un documentaire/déclaration d’amour tout à fait classique. Classique car il est construit autour de la structure habituelle : interviews, images d’archives, reconstitutions qui sont ici des créations ou re-créations de ballets sur scène ou en décor naturel.

Ce qui se traduit par une oeuvre étrange et désincarnée. Les images sont d’une beauté à couper le souffle, et paradoxalement trop belles. La 3D lisse les corps, les sublime, les portent vers la perfection mais leur enlève leur naturel et donc par essence leur sensualité. Il en ressort une impression bizarre de voir des corps figés malgré le mouvement, et cette sensation annihile complètement la vraie performance technique qui elle est bien réelle. D’un autre côté les trois dimensions prennent pourtant tout leur sens à plusieurs reprises. Les tableaux composés, car Pina est plus une succession de tableaux qu’un film, acquièrent une profondeur inédite et donc une texture tout à fait nouvelle. Mais pourtant l’exercice tourne à vide. Simplement car il ne raconte pas grand chose au final. Qu’apprend-on? Que Pina Bausch était un génie, qu’elle sculptait les corps à la perfection et les mettait en scène avec une grâce et une originalité folles. On le savait déjà. Non, si on ne porte que peu d’intérêt aux divers témoignages, c’est plus du côté du rapport entre la troupe perdue et la chorégraphe que les choses prennent de l’importance. Et là on découvre un portrait parcouru sans cesse par la présence fantôme de Pina, qui regarde désincarné cette secte bizarre qui avance désarticulée dans des décors surréalistes. Ces séquences vues sous cet angle provoquent la fascination, contrairement à la majorité des scènes de danse qui n’entraînent qu’admiration, chose assez peu importante au cinéma.

Tout n’est qu’abstraction et le manque de substance se fait sentir. La conséquence immédiate est un état de somnolence qui guette assez rapidement. Car outre les séquences d’archives subissant de plein fouet les effets d’une 3D moche et inutile, il faut se farcir quelques scènes de ballet tournées en plans fixes ou avec de rares panoramiques et qui sont tellement soporifiques pendant les presque deux heure de Pina. Il n’y a bien que la dernière, dans un décor où se mêlent les éléments dont l’eau, et qui donne des images magnifiques, que cela prend tout son sens. Car auparavant c’est parfois très ennuyeux car ça ne raconte pas grand chose et qu’au-delà de la chorégraphie il n’y a tout simplement rien. Non la force de Pina vient d’autres séquences, celles tournées dans les rues, dans le métro ou dans la nature. Conceptuelles, dingues, sublimes, elles embrasent la caméra. Dans ces instants de grâce pure, Wim Wenders épouse le moindre mouvement de ces danseurs dévoués à leur art. La mise en scène apparaît enfin, organique et sensuelle, et c’est beau à se damner. S’il n’y avait que ces scènes là, Pina serait un chef d’oeuvre conceptuel, mais ce n’est pas le cas.

[box_light]Pina 3D est un beau film, un sublime film même. Mais Wim Wenders ne signe pas un grand film qui révolutionne l’utilisation de la 3D comme certains l’ont crié un peu trop fort. Oui les images sont magnifiques, mais elles sont pour la plupart affectées par la technologie, à tel point qu’elles en deviennent artificielles alors qu’elles auraient gagné à être plus organiques. Reste que le portrait morbide de ce génie de la danse contemporaine et l’illustration du vide qu’elle laisse derrière elle est d’une beauté un peu malsaine asse fascinante parfois. Mais Pina 3D souffre de sérieux coups de mou qui l’empêchent d’être le grand film concept qui était prévu.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

PINA est un film pour Pina Bausch de Wim Wenders. C'est un film dansé en 3D, porté par l’Ensemble du Tanztheater Wuppertal et l’art singulier de sa chorégraphe disparue à l’été 2009. Ses images nous convient à un voyage au cœur d'une nouvelle dimension, d’abord sur la scène de ce légendaire Ensemble, puis hors du théâtre, avec les danseurs, dans la ville de Wuppertal et ses environs - cet endroit dont Pina Bausch a fait son port d’attache durant 35 ans et où elle a puisé sa force créatrice.