Piégée (Steven Soderbergh, 2011)

de le 13/07/2012
 
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Toujours aussi insaisissable, la carrière du prolifique Steven Soderbergh alterne toujours petits films expérimentaux, de moins en moins petits, et gros films bling-bling de moins en moins bling-bling. Après Contagion qui revisitait brillamment le genre ultra-balisé du film d’infectés, c’est donc Piégée, détournement parfois tout aussi brillant et surprenant d’un autre genre aux codes bien précis : le thriller d’action. En ligne de mire on retrouve autant les premiers James Bond que toute la nouvelle génération post-Jason Bourne, dont les derniers James Bond. Il y a à boire et à manger dans Piégée. D’un côté une volonté claire de créer la rupture avec une mode et un filmage en pleine ascension hystérique pour revenir aux basiques, et de l’autre de réelles carences chez Steven Soderbergh pour filmer l’action. Carences qu’il compense tel un bon vieux roublard conscient de ses faiblesses et qui va les mettre à profit. Le résultat est une pure série B assez fascinante dans la distance qu’elle crée entre ses personnages et le spectateur, dans sa gestion des scènes de combat plutôt brutales, mais qui ne peut prétendre à une quelconque ambition autre que l’exercice de style. Par son absence globale de rythme et l’habituel défilé de stars ici à double-tranchant, Piégée est aussi plaisant qu’inefficace, mêle si le plaisir l’emporte finalement sur le reste.

Le plaisir de voir Gina Carano, star du MMA féminin reconvertie en actrice, livrer de véritables performances physiques et mettre une raclée aux beaux gosses Michael Fassbender et Ewan McGregor bien sur. Celui de voir à l’écran des combats qui ne souffrent pas d’un découpage hystérique et/ou de cadrages trop serrés, permettant aux athlètes de s’exprimer parfaitement également. Le hic c’est que tout d’abord le nombre de séquences d’action reste tout de même très limité. Ensuite c’est que les séquences en question, en jouant la carte de l’anti-spectaculaire au possible et celle d’un certain « réalisme » – très contestable au vu de l’absence de sang et de sueur alors qu’ils ont l’air de se taper sur la gueule plutôt fort – sont globalement mollassonnes. Steven Soderbergh, faiseur d’images plutôt doué en général, a beau s’appliquer à construire ses cadres et sa mise en scène de façon très sérieuse, voire clinique, il a oublié que pour ses meilleurs films il avait confié le montage à des vrais monteurs. Certes l’absence de rythme est finalement cohérente avec son projet mais il en oublie un peu le spectateur. Le cinéma d’action est une affaire d’énergie, de mouvement, de vitesse et d’espace, et il manque toujours un des éléments à Piégée. Le film se retrouve ainsi dans une position un peu bancale, son réel parti-pris plutôt courageux se retournant plusieurs fois contre lui. On comprend bien ce que veut faire Soderbergh, c’est une approche du genre à la Johnnie To qui par le refus du spectaculaire répondait déjà aux excès lyriques de John Woo ou à l’hystérie de Tsui Hark… il y a 15 ans. Sauf que lui n’apporte aucune espèce de réflexion sur le genre et se contente de le prendre à contrepied. Alors c’est dans l’ensemble très sympathique, pour la respiration que cela engendre dans le genre, mais ça ne va pas beaucoup plus loin. La faute à cette absence de style, même si le film est truffé de scènes magnifiques dont toute la partie à Dublin, ainsi qu’à un scénario d’une pauvreté embarrassante. Steven Soderbergh, concentré sur son personnage principal passionnant, en oublie de construire des personnages secondaires solides qui ne passent jamais vraiment au-delà du statut de star de service qui vient se frotter à la belle aux coups de tatane destructeurs.

Il y a beaucoup de vide dans Piégée, beaucoup trop. Ainsi, le récit de vengeance déjà vu est tellement basique qu’il ne doit son léger intérêt qu’à la narration éclatée de Steven Soderbergh. Car il faut bien avouer que ce récit ne vole pas plus haut que les centaines de série B plus ou moins pourries qui sortent chaque mois en DVD. Pourtant Piégée possède un charme certain, qui naît paradoxalement de son absence totale d’une quelconque efficacité, ainsi que de ce plaisir véritable de retrouver tous ces beaux acteurs dans des rôles non développés mais assez excitants, de Bill Paxton en père improbable à Antonio Banderas avec sa grosse barbe. Bien sur, c’est la belle Gina Carano qui remporte tous les suffrages, avec un vrai personnage vraiment écrit aux performances de combattante vraiment impressionnantes, et une réelle évolution. Autour d’elle, c’est un monde qui semble tourner au ralenti, à l’image de cette scène de poursuite en bagnole sans rythme et sans enjeux, qui se termine de façon complètement débile. Piégée est donc l’exemple type de l’exercice de style aux intentions louables mais qui, par ses choix, ne parvient à prendre aucune ampleur. Détourner les codes d’un genre c’est bien, mais c’est mieux quand il y a quelque chose à raconter derrière. Sinon ça ne sert à rien, comme Piégée.

FICHE FILM
 
Synopsis

Agent d’élite, Mallory Kane est spécialiste des missions dans les endroits les plus risqués de la planète. Après avoir réussi à libérer un journaliste chinois retenu en otage à Barcelone, elle découvre qu’il a été assassiné – et que tous les indices l’accusent. Elle est désormais la cible de tueurs qui semblent en savoir beaucoup trop sur elle… Mallory a été trahie. Mais par qui ? Et pourquoi ?