Persécution (Patrice Chéreau, 2009)

de le 16/12/2009
 
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Jusqu’à aujourd’hui ma seule rencontre avec le cinéma de Chéreau fut la Reine Margot… et on ne peut pas dire que j’en garde un souvenir impérissable tant je m’étais ennuyé. C’est donc un peu à reculons, malgré quelques bons papiers lus par ci par là et la présence de 3 acteurs que je porte en haute estime, que je vais voir ce Persécution qui porte si mal son titre.  Et 1h40 plus tard… et bien on n’est pas vraiment plus avancé! En fait on a un peu la sensation de voir un film presque caricatural de tous ces films français détestables qui pullulent chaque année, à savoir une œuvre qui se donne des airs supérieurs et dérangeants, qui choque sur l’instant, mais qui finalement brasse beaucoup de vide.  Un film ultra dépressif où tous les personnages passent leur temps à faire la gueule quand ils ne se crient pas dessus ou qu’ils ne crachent pas sur le dos de leurs « amis », un film qui donne dans la leçon de morale avec un donneur de leçon qui n’est justement pas un modèle, un film dans lequel en toute objectivité il ne se passe rien, qui s’est vendu sur le personnage de Romain Duris persécuté par celui de Jean-Hugues Anglade alors que cela ne représente qu’un grain de sable dans ce qui s’étale à l’écran…

Oui, en fait, pour dire les choses simplement, Persécution est un film terriblement prétentieux et qui ne donne pas vraiment envie de s’intéresser à son réalisateur (même si Intimité a l’air très bien). Pourtant, et c’est assez paradoxal, à la sortie de la salle on se dit qu’on vient de voir un truc fascinant qui ne mérite que d’être analysé dans tous les sens pour en découvrir toutes les richesses. Sauf qu’en réfléchissant et bien on se rend compte qu’il n’y a rien de bien intéressant dans tout ça…

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Le scénario est d’une simplicité enfantine et ne fonctionne qu’autour de Daniel (Romain Duris), une sorte d’autiste aux sentiments exacerbés, aussi incapable de faire le ménage dans sa vie que dans son appartement éternellement en chantier. Le genre de personnage aussi attirant par son côté extrême que repoussant par ses prises de position incompréhensibles. Son couple avec Sonia (Charlotte Gainsbourg) qui pouvait sembler au centre du récit n’est finalement que prétexte pour souligner un peu plus sa totale dépravation, sa lente et inexorable descente dans une solitude qu’il semble chercher.  D’ailleurs on comprend assez vite qu’il s’agit là d’un homme qui ne s’est jamais accompli en tant que tel, qui ne va jamais au bout des choses (on le voit ne jamais finir ses cigarettes ou ses déjeuners…)

Tout le film tourne autour de lui, qui incarne la thématique principale de Patrice Chéreau ici, analyser les côtés les plus sombres des hommes et de leurs relations dans un ensemble tellement déprimant que ça devient difficile à suivre. Le réalisateur nous met mal à l’aise, utilise tous les artifices possible pour cela et réussit son coup sur ce point, Persécution est un film qui se vit assez mal. Heureusement il a eu l’intelligence d’inclure le personnage de Jean-Hugues Anglade qui apporte un peu de fraîcheur et une bouffée d’air à tout ça et maintient une forme d’attrait envers le film…

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Son personnage est un intrus, un « fou » comme cela est écrit au générique, sauf que c’est lui le personnage le moins torturé… Ses apparitions sont parfois même à la limite du comique tant il est en décalage avec toute la noirceur ambiante, c’est un personnage qui est tout à fait conscient de ses sentiments, les exprime clairement sans se cacher derrière quelque façade que ce soit. En fait à bien y regarder on pourrait presque se demander s’il n’est pas une simple vision de l’esprit de Daniel, comme une incarnation de sa conscience capable de s’exprimer sans blesser les autres, simplement en disant les choses…

Les acteurs sont tous trois très bons, même s’ils ont tous été meilleurs. Charlotte Gainsbourg joue à fond la carte de la fragilité à outrance avec un personnage qui semble pourtant ambitieux dans sa vie professionnelle mais tombée dans les bras d’une relation destructrice. Jean-Hugues Anglade est tout simplement excellent, naturel, gai, lucide… et Romain Duris alterne les grands moments avec le surjeu total, il passe le film à froncer les sourcils, déclamer des dialogues vite pesants et péter les plombs mais reste pourtant fascinant… En effet son personnage mérite qu’on s’y attarde tant il semble avoir des choses à dire, tant il semble devoir s’ouvrir.

Niveau mise en scène, Chéreau fait dans l’intimiste donc il n’y a rien de bien impressionnant mais il faut avouer que c’est assez maîtrisé. Il filme ses acteurs au plus près, parfois en très très gros plan pour nous faire entrer dans leur esprit. Cela en rajoute un peu dans le côté dérangeant du film, tout comme le fait de suivre ses personnages de dos comme l’avait si bien fait Gus Van Sant sur Elephant il y a quelques années… Mais il a beau sortir la plus belle mise en scène possible pour ce genre de film, Persécution est un film qui fait prétentieux, faussement malsain, faussement profond, et qui ne vaut finalement que pour ses acteurs étonnants.

FICHE FILM
 
Synopsis

Un inconnu. Daniel, 35 ans, est poursuivi par un inconnu qui s'introduit chez lui régulièrement et l'espionne systématiquement. Comment ce garçon est-il entré dans la vie de Daniel ? Daniel lui-même ne s'en souvient pas. Un jour cet inconnu se poste devant lui, le regarde et lui dit : "Tu es l'homme de ma vie". Daniel le chasse. Une femme. Daniel vit seul, mais il va deux ou trois fois par semaine chez Sonia, cette femme qu'il persécute et idéalise en même temps. Il ne lui passe rien et vit dans une dépendance affective totale à son égard. Cette femme lui donne tout ce qu'elle peut mais elle travaille beaucoup, et a peu de temps pour elle. Elle veut aimer Daniel et vivre une vie autonome, un amour apaisé, mais il s'acharne à lui réclamer plus...