Perfect Sense (David Mackenzie, 2011)

de le 24/03/2012
 
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Quand il adaptait l’incroyable Blindness en 2008, Fernando Meirelles ouvrait une porte visionnaire sur le thème qui allait occuper le cinéma pendant de longues années tout en gardant un véritable regard d’auteur. La fin du monde à travers une épidémie, symbolique forte d’une humanité qui touche à sa fin, c’est également le thème central de Perfect Sense. Plus étonnant est le fait d’y trouver un réalisateur tel que David Mackenzie, qui mis à part un très bon My Name Is Hallam Foe reste à ce jour responsable de quelques films plus mineurs les uns que les autres, dont le dernier en date était le raté Toy Boy. Pour l’occasion le réalisateur anglais retrouve Ewan McGregor qu’il avait notamment dirigé dans son premier long métrage Young Adam, multiplie les maladresses et non-sens, prouve qu’il n’a rien compris à comment il fallait traiter ce thème fascinant de la fin du monde et échoue sur à peu près toutes ses tentatives de faire vivre son film. En ne sachant pas sur quel pied danser, en multipliant les excès et fautes de goûts, il rate l’essentiel.

Pourtant, Perfect Sense part sur une idée formidable, celle d’utiliser la perte progressive des cinq sens comme annonce de l’apocalypse. Il y a métaphore plus fine mais le pari de cinéma est bien là. Malheureusement, à grands coups de choix mal sentis, et ce dès les premières minutes, David Mackenzie ne cesse de s’éloigner du film qu’il aurait dû faire. Perfect Sense est censé se construire sur deux niveaux, avec d’un côté la relation amoureuse entre ses deux héros et de l’autre le décor d’une Angleterre qui sombre dans une sorte de chaos. Le problème majeur est que ces deux trames ne cohabitent jamais harmonieusement, et ne fonctionnent pas non plus de façon indépendante. Le film agace énormément, quand il cherche tellement à jouer la prise d’otage émotionnelle en multipliant plus que de raison les plans sur des personnes en larmes (et pour bien souligner que c’est très grave, autant montrer un flic ou un boxeur qui pleurent, toujours la finesse). Le pire de tout se trouve quand David Mackenzie se persuade qu’il est une sorte d’observateur de la société qui aurait tout saisi à sa débâcle et qu’il balance à l’écran des idées ridicules, notamment en vulgarisant à l’extrême le principe d’une société capitaliste qui court vers la perte des sens. On est typiquement face à un réalisateur qui a laissé échapper son sujet et s’est penché sur un film de fin du monde car les autres ont fait pareil et qu’il lui fallait prendre le train en marche. Sauf que sa recette à lui n’a aucune saveur – ce qui est raccord avec le propos du film – tant cela ne raconte rien et le raconte mal. Il faut le voir intégrer des images d’archive de la famine en Afrique pour étayer son propos sur le monde capitaliste qui perd le goût des choses, difficile de faire plus maladroit. Nonsensique jusqu’au bout, Perfect Sense veut nous faire avaler à peu près n’importe quoi, mélange tous les sujets (la découverte d’herbe intacte dans le ventre de mammouths ?) et impose une thèse fumeuse selon laquelle l’humanité aurait finalement besoin de câlins en atteignant l’extinction. Quelle belle idée…

Si dans son approche de la fin du monde Perfect Sense passe complètement à côté de son sujet à cause de choix tous plus maladroits les uns que les autres, il en va de même pour la romance. Non seulement l’histoire d’amour entre deux écorchés qui ont pour habitude de jeter leur partenaire hors de chez eux une fois les ébats terminés, mais qui vont tomber dans le grand piège de l’amour, a été traitée des millions de fois, mais elle a surtout été mieux abordée. Entre ce cuisinier et cette chercheuse, on n’y croit pas, et ce dès leur rencontre poussive. Ils sont tout simplement des êtres antipathiques dont on se fout royalement, et leur histoire n’a de romantique que le nom. La faute essentiellement à David Mackenzie, incapable de les diriger et de les filmer correctement. Il n’y a qu’à voir les scènes de sexe qu’il veut crues mais qui s’avèrent surtout expurgées de toute sensualité, et ne créent donc rien à l’écran entre les personnages. On pourra toujours rire de bon cœur en les voyant manger du savon, assister à la fin du monde avec des gens qui crient beaucoup et très fort, à gesticuler pour essayer de se faire comprendre. Mais on sera surtout abattus par cet immense gâchis. Gâchis formel également avec de sérieux problèmes de montage et des plans qui durent plus que de raison, des artifices minables tant ils sont attendus (couper le son quand les gens deviennent sourds, flouter l’images quand ils deviennent aveugles…), ce recours gênant aux images d’archives et aux photos, cette voix off irritante et hors sujet, cette tendance à l’apitoiement total et au voyeurisme crasse. Perfect Sense est raté, et bien raté. Plutôt que d’aborder son thème passionnant avec délicatesse, le film joue la carte de la poésie en toc, de l’onirisme au rabais et du mélodrame lourdingue qui ne perd pas une occasion de faire hurler les violons de Max Richter qui doit tellement avoir mal de voir son boulot saccagé ainsi. Quant à Eva Green et Ewan McGregor, on ne peut pas vraiment dire qu’ils soient là dans le rôle de leur vie tant ils sont en roue libre à un point qu’on ne voit jamais autre chose que des acteurs, et jamais des personnages. Autant voir un vrai film apocalyptique ou un vrai mélodrame car ce mariage des deux est d’une maladresse absolue.

FICHE FILM
 
Synopsis

Au milieu d'un monde frappé par une étrange épidémie qui détruit progressivement les cinq sens, un cuisinier et une brillante chercheuse tombent amoureux...