Paul (Greg Mottola, 2011)

de le 17/02/2011
 
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Que pouvait-on légitimement attendre de la rencontre entre le réalisateur du pas génial SuperGrave et le duo d’acteurs détonnant de Shaun of the Dead et Hot Fuzz? Beaucoup, car le scénario vient tout droit de l’esprit tordu de Simon Pegg et Nick Frost, le premier étant déjà la plume des premiers films d’Edgar Wright. Et après les films de zombies et les buddy movies d’action, c’est au tour des films de science-fiction de passer à la moulinette du trio devenu duo. En s’américanisant encore un peu plus, la recette perd encore de son pouvoir de séduction, s’aseptise légèrement mais les ingrédients de base sont tellement efficaces qu’on ne s’en lasse toujours pas. Greg Mottola n’est pas Edgar Wright et c’est sans doute LA raison pour laquelle Paul n’atteint jamais le niveau des deux films cités ci-dessus. Il adopte plus ou moins la posture du yes-man au service de Pegg et Frost dans leurs délires de geeks mais parvient tout de même à la transcender, car tout aussi amoureux des références étalées. Et eux, ils sont précisément l’ingrédient qui manquait à Scott Pilgrim, des personnages qui fonctionnent sur une trame narrative concrète. Mais Paul, s’il est inférieur, reste exactement dans la veine engagée sur les deux films précédents, à savoir une parodie légère et respectueuse et un film qui s’inscrit tout à fait dans le genre auquel il souhaite rendre hommage. Donc Paul est comme un film de SF des 70’s mais remis au goût du jour dans un esprit clairement très geek et qui ne séduira donc pas tout le monde.

Dès lors un fossé se creusera forcément entre « ceux qui savent » et les autres, chose toujours frustrante pour ceux qui ne savent pas. Mais avec le duo Pegg/Frost on sait à chaque fois à quoi s’attendre: de l’hyper-référentiel. Et si Paul est clairement un hommage au cinéma de science-fiction dans sa globalité, le film est aussi, et peut-être surtout, une déclaration d’amour à Steven Spielberg. Entre un caméo vocal du réalisateur, une ouverture qui cite explicitement Rencontres du 3ème type et un final repris de E.T. il n’y a aucun doute là-dessus. Seront également aux anges les amateurs des séries Star Trek et X-Files qui héritent de leurs nombreux clins d’oeils plus qu’attendus, ainsi que les quelques spectateurs ayant vu Lorenzo de George Miller au détour d’une révélation/jeu de mot assez drôle même si un peu débile. À vrai dire c’est un vrai plaisir quand des scénaristes nous parlent ainsi d’une passion en commun avec eux, même si c’est parfois balourd (l’apparition de Sigourney Weaver et les répliques cultes d’Aliens, le retour). Mais voir ces deux adulescents arborer leurs t-shirts geeks en plein comic-con ou se saigner pour acheter la réplique du sabre de Blade, même si ce sont des clins d’oeil « élitistes » et parfois vains, c’est sincère et définitivement cool.

Mais Paul ne se tiendrait pas en tant que film s’il n’y avait que cette avalanche de clins d’oeils et autres hommages. Greg Mottola exploite intelligemment le script qui lui a été donné et imprime à son film un rythme efficace. Il parvient à un juste équilibre entre road-movie, action, séquences SF et comédie qui aurait été quasiment parfait s’il n’y avait pas ce dernier acte bien trop faiblard. À vouloir pousser trop loin une émotion jusque là assez juste, entre tendresse pour les geeks et belle illustration de l’amitié masculine (avec évidemment quelques gay jokes, généralement très drôles), il tombe dans quelque chose de vraiment dégoulinant dans la dernière partie qui en devient interminable. Même si cela s’inscrit tout à fait dans le propos, c’est vraiment too much au niveau des bons sentiments. Heureusement quelques petits gags bien percutants viennent rythmer ce final mais globalement un déséquilibre se crée à ce moment là et c’est bien dommage. À noter également quelques sérieux tacles envers l’église qui ne manqueront pas de faire frémir les fous de Dieu.

Greg Mottola emballe le tout plutôt bien même s’il manque clairement la folie et l’aspect pop de la mise en scène d’Edgar Wright, mais il assure le boulot, gère plutôt bien son rythme et ses cadres, et nous montre qu’il a révisé ses classique dont Duel (Spielberg, encore et toujours…). Ceci dit Paul est avant tout porté par son casting. Simon Pegg et Nick Frost trouvent un véritable équilibre dans leur duo, le second n’étant plus dans le rôle de simple sidekick benêt, et le résultat est aussi jouissif qu’attachant car l’identification aux personnages est ainsi facilitée. Les seconds rôles sont tous savoureux, de Jason Bateman en caricature de l’agent du FBI à l’humour pince-sans-rire à Jeffrey Tambor juste excellent en écrivain égocentrique et maniaque, en passant par l’idée géniale d’avoir confié la voix de Paul à Seth Rogen, jouissif et vulgaire à souhait. Paul transpire d’un plaisir véritablement communicatif et c’est bien ce qui fait sa force, même si au final on pouvait en attendre un peu plus.

[box_light]Plus américanisé, et donc plus aseptisé et mainstream, que Shaun of the Dead et Hot Fuzz, Paul souffre clairement de l’absence d’Edgar Wright. Mais Greg Mottola y apporte un savoir faire indéniable qui rend cette comédie de science-fiction globalement réjouissante. Entre les nombreux clins d’oeils très appuyés et un mélange des genres assez habile, Paul est un petit plaisir adressé aux geeks et à une certaine frange de la population cinéphile. Et même si on peut lui reprocher quelques longueurs, en particulier dans son dernier acte, la sincérité et la tendresse de l’ensemble porté par Simon Pegg et Nick Frost, ainsi que son humour qui touche généralement juste, le film est véritablement sympathique.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Depuis 60 ans, Paul, un extraterrestre, vit sur terre et collabore avec le gouvernement américain. Il se cache à l'abri des regards dans une base militaire ultra secrète... Paul est à l'origine de tout ce qu’on a pu imaginer sur les extraterrestres, du merchandising aux scénarios de Rencontres du troisième type , E.T. ou encore X Files. Hélas pour lui, maintenant que le gouvernement américain lui a soutiré toutes les informations intéressantes sur la vie extraterrestre, il décide de se débarrasser de lui. Paul réussit alors à s'échapper et tombe nez à nez avec deux adolescents attardés fans de science-fiction qui sillonnent les États-Unis en camping car. Paul les convainc de l'emmener avec eux et de l'aider à quitter la terre. La tâche s’avère d'autant plus difficile pour nos deux "héros du dimanche" qui sont poursuivis par un flic implacable assisté de deux pieds nickelés du FBI...