Paranormal Activity 4 (Henry Joost et Ariel Schulman, 2012)

de le 20/10/2012
 
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Arrivés sur la saga Paranormal Activity au troisième épisode, le seul qui soit valable à ce jour, Henry Joost et Ariel Schulman marquent avec Paranormal Activity 4 un sérieux coup d’arrêt à une carrière jusque là très prometteuse. Non-film absolu, ce quatrième épisode est une nouvelle arnaque qui ne se base que sur une multiplication d’effets faciles destinés à effrayer le plus jeune public. Et le pire, c’est que ça semble fonctionner à 200% sur la génération Twilight/Secret Story.

Après deux premiers épisodes dont le succès phénoménal reste un mystère tant ils représentaient l’effondrement total du cinéma d’horreur, laissant les clés du genre à des incapables persuadés que filmer n’importe comment et sans script relevait du génie, et créant cette horrible vague de « found footage », Paraormal Activity 3 ramenait la saga sur de bons rails. Grâce au duo Henry Joost et Ariel Schulman qui s’étaient fait les dents sur le petit phénomène Catfish, ils intégraient à un univers pas très séduisant leurs idées de mise en scène et leur amour pour les classiques, donnant lieu à un film relativement inventif dans l’exercice balisé, mais surtout parfois effrayant, à l’inverse de ses prédécesseurs. L’exercice du found footage ne peut fonctionner que s’il est justifié et cohérent, et ils l’avaient très bien compris. C’est dire si leur retour aux manettes du quatrième épisode ne laissaient augurer que du bon, une attente à la hauteur de la déception. Paranormal Activity 4 retombe dans tous les travers de la saga, ce qu’elle a de plus grotesque et d’incohérent, un simple produit commercial construit en quatrième vitesse car le cœur de cible n’est sans doute pas très regardant sur la qualité générale de la chose.

[quote]Un found footage de gueule de plus…

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Cela se traduit par un film tout d’abord très mal construit, cherchant son rythme autour du quotidien d’une adolescente lambda. Absent, le rythme est donc artificiel, imprimé par des jump cuts qui deviendront au bout du compte un outil pour effrayer le public visé. Sur un plan large on voit un gamin qui bouge dans son lit, le plan suivant il s’est levé est se trouve juste devant la caméra, il parait que cela fait peur. Ces jump cuts, seules transitions un brin réfléchies, sont également des outils formidables pour faire passer la plus grossière des incohérences comme une lettre à la poste. Par exemple, dans une séquence l’héroïne se fait secouer et trainer sur le sol, le plan suivant elle court dans la rue et on se fout royalement de ce qui a pu se passer entre les deux séquences. On imagine bien les réunions de travail avec le scénariste : « C’est un peu gros là non ? Mais non, pourquoi s’embêterait-on à réfléchir à la connexion entre des scènes alors que le spectateur ne fera pas l’effort ? » tant tout le film est bâti autour de cette philosophie. Un petit climax, une attente récompensée, cela dérive toujours sur une ellipse pour ne surtout pas avoir à expliquer quoi que ce soit. L’équipe est de toute façon bien trop occupée à faire autre chose qu’à essayer de raconter une histoire cohérente. Paranormal Activity 4 c’est tout d’abord la foire aux placements de produits, à un tel point que cela devient très embarrassant. Apple par ci, Apple par là (MacBook Pro, Iphone, Quicktime, les solutions à tous vos problèmes de fantômes) mais également des marques de boissons ou de montres subtilement amenées en gros plan flou, car tout le monde travaille sur son MacBook en tenant sa montre devant la caméra (à essayer, c’est physique). Si la pratique n’a rien de nouveau à Hollywood, ni de proprement scandaleuse, le niveau qu’elle atteint tient du foutage de gueule et de la preuve qu’il ne s’agit plus là d’un film, mais d’un support. D’ailleurs, niveau cohérence, le pourquoi du comment du film, cela ne semble gêner personne qu’une fille avance avec son ordinateur portable dans les bras mais avec l’écran pointé en avant, qu’elle ne l’oublie surtout jamais, violant par là-même les principes de la logique, mais pire, que jamais ne soit pris le temps d’expliquer qui aurait pris le temps de monter ce film. C’est pourtant le principe de base du found footage, ce qui permettait à Cannibal Holocaust ou Le Projet Blair Witch de fonctionner. Ceci dit, dans la mécanique créative de Paranormal Activity 4, qui est celle de ne pas faire un film, il n’y a rien de bien surprenant. Et le plus beau dans tout cela, c’est que le genre permet aux « réalisateurs » de ne jamais se soucier de quoi que ce soit. Photographie dégueulasse, images floues, cadres foirés, il leur suffit de bien diriger leurs acteurs pour que tout leur soit pardonné. Le found footage c’est le cinéma à la portée de n’importe quel blaireau, il n’y a pas besoin d’histoire à raconter ni de mise en scène à travailler pour gagner du pognon.

Dans Paranormal Activity 4 il ne se passe presque rien. On y voit des scènes tournées en webcam, puis on les revoit ensuite avec les commentaires des personnages, il y a des portes qui se ferment toutes seules, des bruits de pas, un enfant bizarre et des évènements étranges et semble-t-il très effrayants assénés à toute petite dose pour maintenir le public éveillé. La recette est toujours la même, à savoir une absence de dramaturgie, des effets très faciles pour provoquer la peur (la plus inintéressante, celle qui dure 1 seconde) et dont la seule bonne idée reste cette manie à faire durer les plans pour pousser le spectateur à scruter le cadre dans ses moindres détails. Tout cela pour rien car mis à part dans le dernier quart d’heure, c’est le néant. C’est d’ailleurs à ce moment qu’est enfin exploitée une autre idée amusante, celle de filmer en nightshot une pièce avec un kinnect allumé. On se demande encore comment ce système peut révéler la présence d’un esprit alors que la lumière ne peut pas, mais à l’image c’est plutôt rigolo. On se pose d’ailleurs beaucoup de questions sur tout cela, car au niveau cohérence du récit, ou pire de la saga, c’est tout de même un sacré bordel. Et ce n’est pas l’hilarant plan final qui va arranger les choses. Il n’y a pas un plan de cinéma dans Paranormal Activity 4, pas une simple idée de script, mais il y a beaucoup de scènes très drôles à défaut d’effrayer. Une avec un couteau, à s’en briser les abdominaux, ou une autre dans un garage, que n’auraient pas renié les Monty Python, ou mieux encore, ces douloureux emprunts à Halloween pour les mouvements entre habitations et Shining pour… la scène du tricycle. On pourrait les qualifier de clins d’œils, mais étant donné la nature de ce film ce ne sont que des illustrations bien tristes de ce qu’est devenue l’horreur au cinéma et une sorte de majeur tendu bien haut des réalisateurs à leur public décérébré. Pathétique.

FICHE FILM
 
Synopsis

Ce quatrième volet se situe cinq ans après les faits qui se déroulaient dans “Paranormal Activity 2”, alors que Katie, possédée par le démon et après avoir tué sa sœur, enlevait son neveu Hunter. Rebaptisé Robbie, celui-ci s’installe avec sa tante dans une tranquille zone pavillonnaire. Mais Alex, la fille adolescente des voisins, voit d’un mauvais œil l’emménagement de ces nouveaux locataires, percevant des phénomènes étranges depuis leur arrivée. Alors que Katie est souffrante, ses voisins acceptent d’héberger Robbie : un service qui va leur être fatal…