L’Orphelinat (Juan Antonio Bayona, 2007)

de le 16/06/2010
 
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Béni soit Guillermo Del Toro! On ne le dira jamais assez, mais en plus d’être aujourd’hui le plus grand réalisateur au monde à oeuvrer dans le genre fantastique, écrasant sans problème toute la concurrence, le génie mexicain qui vient, et c’est un drame, d’abandonner le projet d’adaptation de Bilbo le Hobbit après l’avoir porté pendant deux ans, est également un producteur avisé. Tout d’abord dans le sens où il sait flairer les bons projets à l’image du merveilleux Splice de Vincenzo Natali ou Biutiful d’Alejandro González Iñárritu , mais aussi en tant que découvreur de nouveaux talents. C’est de ce côté là qu’est arrivé l’Orphelinat, premier long métrage de son jeune réalisateur armé d’un scénario magnifique et qui séduit immédiatement Monsieur Del Toro. La suite on la connait, le film rafle 31 prix dans divers festivals de par le monde, dont 7 Goyas en Espagne (sur 14 nominations) et devient le plus grand succès espagnol de tous les temps au box-office, un véritable conte de fée inattendu pour Juan Anotonio Bayona qui devient tout à coup le digne héritier de toute une génération de cinéastes ibériques évoluant dans le fantastique et l’horreur, une véritable révélation! Pourtant, s’il est clair qu’on assiste là à la naissance d’un futur grand du genre, l’Orphelinat n’est pas un film parfait, loin de là. Son trop plein d’influences ne séduira complètement que les spectateurs n’ayant pas forcément d’atomes crochus avec le cinéma d’horreur européen dont les classiques hantent en permanence ce premier essai plein de promesses.

Ce n’est pas un défaut en soi c’est vrai, d’autant plus qu’un jeune réalisateur recrache forcément ses influences lors de son premier passage derrière la caméra, mais il est vrai que dans ses grandes lignes le film ne surprend pas plus que ça. Il ne fait pas vraiment peur non plus, au pire il nous fera sursauter 2-3 fois, à chaque fois de manière efficace, son ambition est ailleurs. L’Orphelinat est avant toute chose un drame terrible, un film axé principalement sur Laura, personnage complexe de femme qui doute, qui a peur pour son fils et qui se retrouve incapable de faire son deuil. Une femme en apparence très forte et qui montre au fur et à mesure que le film avance des fêlures psychologiques profondes (qui trouvent un écho dans les blessures physiques qu’elle subit). L’Orphelinat c’est le combat d’une mère qui refuse d’accepter l’inacceptable et qui ira jusqu’au bout de son combat, mettant en péril tous les autres éléments de son existence pour retrouver ce qu’elle avait de plus cher au monde, pour les raisons qu’on apprendra au détour d’une discussion placée subtilement.

Dans les faits, cela se traduit par un film qui se rapproche des films de maison hantée, avec les apparitions classiques du genre d’enfants fantômes. Mais on comprend rapidement que J.A. Bayona ne cherche pas vraiment à nous effrayer à coups de jump scares et de scènes chocs qui au final ne seront présents qu’en nombre modéré. Il préfère clairement laisser se développer une ambiance étrange, parfois oppressante, parfois magique, et qui vire à l’illustration d’un désordre mental dans la seconde partie du film. Mais s’il décrit un personnage à l’esprit fragile, il ne renonce pas pour autant à l’aspect fantastique de son récit, n’utilise pas le genre simplement comme roue de secours mais bien comme moteur de l’action. Ainsi le réalisateur parvient à faire naitre quelque chose d’essentiel à ce cinéma, quelque chose que trop de réalisateurs semblent oublier, une vraie émotion. C’est à ce niveau qu’on comprend ce qui a séduit Guillermo del Toro quand il a lu le script, cela correspond tout à fait à sa façon d’aborder le genre fantastique qui ne peut atteindre son but et délivrer un message que s’il y intègre des sentiments crédibles.

Il est vrai que devant cette petite merveille on pense à quelques oeuvres passées. L’Orphelinat s’inscrit dans la lignée de la nouvelle vague de cinéma fantastique espagnol, comme Fragile de Balaguero ou les Autres d’Amenabar, mais il cite aussi volontiers des classiques américains tels que la Maison du Diable de Robert Wise, les Innocents de Jack Clayton ou encore, le temps d’une séquence mémorable, Poltergeist de Tobe Hooper. Bayona est un érudit du genre, cela ne fait aucun doute, mais il est clair que parfois l’ombre de ses illustres ainés pèse sur l’originalité du projet. Néanmoins, et en grande partie grâce à un scénario à la mécanique implacable, finement écrit jusque dans la caractérisation des personnages très complexes, il reste extrêmement efficace. Il réussit un mariage séduisant entre les cultures fantastiques européennes et américaines, mis en valeur par une mise en scène d’une classe surprenante. Il multiplie les plans magnifiques, joue avec ses cadres pour faire naitre la tension et propose une gestion de l’espace vraiment mature pour un premier essai. En résultent bon nombre de scènes vraiment magnifiques.

Mais outre l’aspect purement technique bluffant pour un si jeune réalisateur, le film doit énormément à ses interprètes. Si c’est toujours un plaisir de retrouver la grande Géraldine Chaplin dans un second rôle dérangeant, l’Orphelinat est tout entier porté par Belén Rueda. Elle était déjà magnifique dans Mar Adentro mais elle trouve ici un rôle en or qu’elle réussit à élever à un niveau impressionnant. C’est d’elle que nait cette émotion sincère, celle d’une mère au bord du gouffre obsédée par la disparition de son fils. On pourra reprocher plusieurs choses au film comme son manque d’originalité parfois, une tendance à vouloir trop en dire, trop en faire, comme dans le final qui aurait pu être écourté d’au moins une séquence. Mais pour un coup d’essai on peut le qualifier de coup de maître! Le film est d’une efficacité rare, exécuté à la perfection et superbement écrit. C’est tout à fait le genre de première oeuvre qui laisse les espoirs les plus fous pour la suite de la carrière de son réalisateur.

FICHE FILM
 
Synopsis

Laura a passé son enfance dans un orphelinat entourée d'autres enfants qu'elle aimait comme ses frères et soeurs. Adulte, elle retourne sur les lieux avec son mari et son fils de sept ans, Simon, avec l'intention de restaurer la vieille maison. La demeure réveille l'imagination de Simon, qui commence à se livrer à d'étranges jeux avec "ses amis"... Troublée, Laura se laisse alors aspirer dans l'univers de Simon, convaincue qu'un mystère longtemps refoulé est tapi dans l'orphelinat...