Old Boy (Park Chan-wook, 2003)

de le 03/10/2009
 
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On continue la redécouverte de la trilogie de la vengeance avec le film qui a fait le plus parler de lui à sa sortie. Adaptation lointaine d’un manga de Tsuchiya Garon suggérée à Chan-Wook par un autre grand réalisateur et ami, Bong Joon-Ho (réalisateur de Memories of Murder et The Host), le film lui permet de poursuivre sa thématique vengeresse d’une nouvelle manière. Là où Sympathy for Mr. Vengeance privilégiait un minimalisme et une ambiance glauque pour créer un choc psychologique durable, Old Boy fait beaucoup plus « tape-à-l’oeil », un film plus ludique mais qui à sa sortie fut pour moi un véritable choc. C’était pour beaucoup la rencontre avec le nouveau cinéma coréen… et après de nombreuses visions, si le choc n’est plus là, si le film précédent possède bien plus d’impact, Old Boy n’en reste pas moins un très grand moment de cinéma, de ceux tellement maîtrisés que ça en donnerait presque le tournis. Une longue valse mortelle.

Dès la scène d’ouverture on comprend qu’on n’assistera pas à une redite de SFMV. Les couleurs sont plus appuyées, la caméra est en mouvement, et la musique est bel et bien présente! Fini l’épure, place à la démonstration de mise en scène. A y regarder de plus près on trouve dans Old Boy comme un aboutissement dans le style de Park Chan-Wook, style qu’il met en place depuis Joint Security Area, film qu’Old Boy rejoint sur plusieurs points et en particulier le mode de narration. Il poursuit également sa recherche du plan ultime, déjà obtenu sur SFMV mais là le but est différent. En effet ici il ne cherche à aucun moment à créer le malaise chez le spectateur! Au contraire on ressent une forme de jouissance cinématographique qui réussit à transformer un scénario au sujet carrément glauque en deux heures de plaisir tant il accumule les morceaux de bravoure derrière sa caméra!!

Le sujet parlons-en. Un pauvre type est kidnappé le jour de l’anniversaire de sa fille, il sera séquestré pendant quinze ans puis libéré sans aucune raison. Il ressort en ayant perdu presque toute son humanité, simplement mué par un désir de vengeance intarissable. Sorte de version du conte de Monte-Cristo moderne mais qui prend une toute autre direction avec la révélation finale, grand moment de cinéma malsain qui m’avait terrassé à la première vision! Cette révélation et ce final sont pourtant ce qui est le plus reproché au film… on y reviendra plus bas. Ce qui est formidable c’est qu’à la différence de beaucoup de films basés sur une forme de twist final, Old Boy ne souffre pas du revisionnage. Le final conditionnant ensuite notre point de vue sur tout ce qui le précède…

Là où Chan-Wook fait très fort, c’est qu’il crée une forme d’empathie envers le personnage d’Oh Dae-su en cinq minutes dans la scène du commissariat. Retrouvant une forme d’humour qu’il avait laissé de côté sur SFMV, il fait de son personnage principal un gars qu’on trouve tout de suite sympathique et attachant, on souffre donc quand il se retrouve enfermé. Le réalisateur possède un tel talent de conteur qu’on s’identifie une fois de plus sans problème au personnage et que bien entendu, on souhaite qu’il puisse se venger, peu importe la cruauté dont il devra faire preuve… Avec un peu de recul c’est tout de même sacrément gonflé de réussir à créer chez le spectateur une telle soif de violence animale! Mais pourtant ça fonctionne.

Tout le film est construit sur un schéma de jeu de pistes assez cruel et de manipulations qui enlève peu à peu à Oh Dae-su tout espoir de retrouver son libre arbitre. Intelligemment, Park Chan-Wook prend le parti de nous révéler le visage du tortionnaire relativement tôt. Ce n’est donc pas le « Qui? » qui nous intéresse mais le « Pourquoi? », et surtout comment tout cela va finir… La narration est encore une fois un modèle du genre, jouant d’ellipses bien senties qui ne choquent jamais, mais plus que ça c’est vraiment la mise en scène et le montage qui mettent une grosse claque! Alors certes on peut très bien y voir une démonstration de virtuosité gratuite mais non, c’est bien plus que ça!! Cette mise en scène complexe et démonstrative est autant à sa place ici qu’elle l’était dans Fight Club pour David Fincher, elle transcende le propos du film. Et oui, elle est carrément virtuose!

Chan-Wook enchaîne les plans de malade, que ce soit à la grue, en caméra portée ou dans des travellings hallucinants… Personne ne peut remettre en cause la technique, il démontre une maîtrise rare avec comme point culminant ce plan séquence central qui donne des frissons: Oh Dae-su qui se bastonne contre je sais pas combien de personnes dans un couloir, le même couloir qu’il a vu pendant quinze ans depuis une petite trappe… Cette scène est une tuerie, une vraie! Mais ce n’est pas la seule, et chaque fois c’est d’une beauté incroyable, et chaque fois le choix de la musique est irréprochable (Ah cette torture sur du Vivaldi quel grand moment!). Le montage y est également pour beaucoup avec de grosses transitions bien complexes qui font passer les ellipses ou les flashbacks comme des lettres à la poste!

Niveau interprétation c’est également du grand art, Choi Min-sik et Yu Ji-tae sont habités par leur rôle, les émotions sont bien présentes, les motivations de chacun compréhensives… La jeune Kang Hye-jeong qui débutait presque dans le métier est également superbe, touchante, encore plus quand on connait le secret qu’elle ne connaîtra jamais.

Et puis il y a ce final, cette fameuse révélation… On peut la trouver un peu trop énorme même si cela ne dérange pas mais c’est vrai que la dernière partie dans le penthouse se traîne un peu en longueur… Ça n’enlève finalement pas grand chose aux si nombreuses qualités de cet émouvant long métrage qui est et restera à tout jamais un choc de cinéphile. Le genre de moment rare où on se dit au cinéma qu’on a jamais rien vu de pareil. Ce fut la découverte d’un immense réalisateur, ça reste un film qui fait partie de ceux qu’on aime le plus au monde, même si en toute objectivité Sympathy for Mr. Vengeance lui est supérieur.

FICHE FILM
 
Synopsis

A la fin des années 80, Oh Dae-Soo, père de famille sans histoire, est enlevé un jour devant chez lui. Séquéstré pendant plusieurs années dans une cellule privée, son seul lien avec l'extérieur est une télévision. Par le biais de cette télévision, il apprend le meutre de sa femme, meurtre dont il est le principal suspect. Au désespoir d'être séquestré sans raison apparente succède alors chez le héros une rage intérieure vengeresse qui lui permet de survivre. Il est relâché 15 ans plus tard, toujours sans explication. Oh Dae-Soo est alors contacté par celui qui semble être le responsable de ses malheurs, qui lui propose de découvrir qui l'a enlevé et pourquoi. Le cauchemar continue pour le héros.