Nouveau départ (Cameron Crowe, 2011)

de le 13/04/2012
 
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Estampillé grand réalisateur un peu trop vite malgré l’excellence absolue du modèle Presque célèbre, son chef d’œuvre, Cameron Crowe continue son petit bout de chemin sans trop se presser. Sachant qu’il possède son public et une réputation lui permettant d’avoir n’importe quel acteur d’Hollywood, Nouveau départ, traduction médiocre du « We Bought a Zoo original », n’est que son troisième film en 12 ans après Vanilla Sky, son remake un peu nul et sans intérêt d’Ouvre les yeux d’Alejandro Amenábar et le plutôt joli Rencontres à Elizabethtown. Nouveau départ c’est une recette bien huilée, une sorte de prototype de film indépendant de luxe qui n’en est pas vraiment un et un exercice sans aucune prise de risque. Difficile d’y résister car si Cameron Crowe n’est pas un grand metteur en scène, il est un habile manipulateur. Ses choix musicaux hérités d’une grande érudition journalistique, sa direction d’acteurs et sa science du mélo sont imparables, et la prise d’otage émotionnelle est totale.

Encore une fois, Cameron Crowe va nous parler de deuil, de famille, d’un homme qui va s’accomplir et bâtir une nouvelle existence. Rien de nouveau, ce sont ses thèmes chéris comme pour des dizaines de ses contemporains qui n’ont pas la chance d’avoir la même exposition. Un peu hors du temps, Nouveau départ construit une fable utopiste à laquelle il parait bien difficile d’adhérer, notamment par ses sauts incessants entre un récit qui se veut ancré dans une certaine réalité tout en tenant de l’imaginaire pur quand au déroulement de l’intrigue. Au lancement du générique d’introduction, on s’imagine que malgré les embûches toute cette petite famille va s’en sortir, et s’en sortir grandie, plus forte, avec un avenir radieux, et c’est très précisément ce qu’il se passe à l’écran. Pavé de bonnes intentions et d’une morale inattaquable, Nouveau départ n’en manque pas moins de cet élément qui provoque un minimum d’excitation au cinéma : la surprise. Tout le déroulé, toute la trame scénaristique sans aucune exception, se trouve bien ancré sur ses rails et ne cherche jamais à s’en détourner. Cameron Crowe a beau prôner une certaine légèreté de façade, comme une forme d’authenticité et d’honnêteté, son film n’est ni plus ni moins qu’une grosse machine au fonctionnement millimétré et dont le seul objectif est de tirer des larmes au spectateur. Tout est là. La perte de l’âme sœur, la culpabilité, l’adolescence difficile, la cruauté du monde des adultes, les romances faciles, et pour enfoncer le clou un contexte social désenchanté. Mais la beauté de la chose, à priori détestable car puant les bons sentiments et construit sur un monde qui n’existe pas, c’est que ça fonctionne. Après 100 ans de cinéma et de recettes éculées, on se retrouve à pleurer à chaudes larmes devant cette histoire d’une simplicité enfantine mais qui ne perd jamais de vue la corde sensible sur laquelle il faut tirer. Il faut bien reconnaitre à Cameron Crowe son efficacité dans le mélo. le soucis dans tout cela est que les ficelles qu’il utilise sont tellement visibles qu’elles ressemblent plutôt à des cordes, et que Nouveau départ n’est rien d’autre qu’une baudruche manipulatrice qui n’apporte absolument rien de nouveau aux thèmes qu’il aborde, et ce même s’il est parfois baigné d’une véritable élégance. De l’attrait des bouseux pour les gens de la ville au dialogue difficile entre un père et son fils, Cameron Crowe multiplie les lieux communs sans apporter la touche magique qui pourrait les transcender. Toute la finesse pachydermique de Nouveau départ se résume en une réplique : « Et s’il fallait choisir entre les humains et les animaux ? Je choisirai les humains. » Tout est là, dans cette naïveté qui à trop embrasser la mièvrerie vulgarise les rapports humains à de la bonté pure. Même le seul personnage « mauvais » n’en est pas vraiment un et s’avère surtout être tourné en ridicule. Nouveau départ n’est qu’utopie et rien d’autre. Il peut en devenir très agaçant.

Pourtant le film est bourré de choses magnifiques, qui font d’autant plus regretter son côté un peu bébête. Les acteurs y sont magnifiques, et en tête un Matt Damon de plus en plus surprenant et une Elle Fanning extrêmement touchante, tandis que Scarlett Johansson se glisse plutôt bien dans la peau de cette femme de terrain, et ils y sont surtout extrêmement bien dirigés, Cameron Crowe se révélant encore une fois excellent directeur d’acteurs (il avait déjà réussi à faire bien jouer Orlando Bloom). Nouveau départ est également une merveille pour les oreilles avec une bande son et des choix musicaux une fois de plus incroyables chez Crowe et qui constituent une playlist référence. Mais là où le film trouve ses grands moments, c’est dans sa façon de capter la représentation animalière, et en particulier la projection que font les hommes sur les animaux. À ce titre on trouve plusieurs scènes de dialogues face aux animaux qui synthétisent parfaitement cette idée de projection, ainsi que la magie curative qu’ils provoquent. Dans son final également, et qui mérite à lui tout seul le tarif d’une place de cinéma, il touche à quelque chose de sublime, notamment car il joue enfin de l’audace. Mais cette beauté éphémère n’éclipse pas un film facile aux ficelles trop apparentes pour être complètement honnête. Nouveau départ est émouvant, c’est vrai, mais cette émotion parait en permanence tellement forcée, comme si le réalisateur braquait un flingue sur la tempe du spectateur en l’obligeant à pleurer, qu’il laisse un arrière-goût légèrement déplaisant.

FICHE FILM
 
Synopsis

Père célibataire, Benjamin Mee a bien du mal à élever ses deux jeunes enfants. Espérant resserrer les liens familiaux, il décide de prendre un nouveau départ, plaque son travail et achète une vieille maison sur une immense propriété, qui a la particularité d’abriter un zoo délabré. Plusieurs dizaines d’animaux, ours, tigres et bien d’autres, vivent en effet au Rosemoor Animal Park, où la gardienne Kelly Foster et son équipe dévouée tentent de maintenir les installations tant bien que mal. Sans la moindre expérience, avec très peu de temps et d’argent, Benjamin Mee et les siens vont tout mettre en œuvre pour réhabiliter le zoo et vivre ainsi leur plus grande aventure…