Nomads (John McTiernan, 1986)

de le 03/10/2011
 
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C’est toujours un exercice délicat que d’aborder les premières oeuvres des grands cinéastes. Délicat car prouvant généralement qu’ils sont loin d’être infaillibles mais généralement fascinants car cette désacralisation s’accompagne la plupart du temps d’un travail d’archéologue en quelque sorte, à la recherche des bases essentielles d’une oeuvre globale. C’est clairement le cas avec Nomads de John McTiernan, film assez méconnu présenté en France lors du 14ème Festival d’Avoriaz (notamment aux côtés de House de Steve Miner et Le Secret de la pyramide de Barry Levinson), sorti dans une indifférence quasi-totale, y compris lors de son édition DVD l’année dernière. Un statut de vilain petit canard oublié assez incompréhensible quand on voit d’un côté l’oeuvre imposante de John McTiernan et de l’autre les germes de toutes ses thématiques dans ce premier film, le seul de sa carrière dont il est également scénariste, c’est dire à quel point il s’agit d’un essai très personnel. Et s’il est vrai qu’à la manière de nombreux premiers films il souffre de tares très visibles, il n’en reste pas moins un objet passionnant, d’autant plus qu’il précède d’un an seulement le monumental Predator.

Commençons par ce qui fâche. Il a beaucoup été reproché à Nomads un vrai soucis dans sa version originale, Pierce Brosnan parlant un français des plus approximatifs (le célèbre « Ta goule » un brin ridicule il est vrai), on peut balayer la chose en supposant que son personnage est canadien et non français, d’où quelques problèmes d’accent pour un polyglotte. Les vrais problèmes sont ailleurs, et notamment dans des parti-pris visuels d’un cinéaste qui semble se chercher et adopte des tics de mise en scène typiques des années 80. Certains des pires d’ailleurs, ceux qui n’ont pas survécu à l’épreuve du temps, dont des ralentis un peu foireux et des effets très typés clips de l’époque, franchement ringards aujourd’hui. Côté écueils, impossible de passer sous silence la composition de Bill Conti franchement datée et difficilement défendable. On pourra également reprocher une certaine roublardise à John McTiernan dans son scénario et un pseudo-twist final pas vraiment surprenant, mais compte tenu du statut de premier film, et premier scénario, il est nécessaire de montrer un brin de clémence, d’autant plus que si c’est parfois maladroit, c’est tout de même loin d’être honteux. Pour le reste, il est difficile de comprendre pourquoi l’existence de ce film est généralement passée sous silence, comme celle de Medecine Man d’ailleurs, autre film « oublié » de John McTiernan. Car Nomads est bourré de belles idées, à la fois dans son récit et dans sa mise en image, avec en sus quelques véritables tours de force et des images sublimes. En tête le traitement réservé aux nomades du titre et la façon singulière dont McT gère les apparitions, d’abord simplement sur le mode du thriller classique puis virant peu à peu vers le fantastique pur, la basculement se faisant lors d’une scène d’escapade nocturne et une ombre disparaissant derrière un arbre, de même que le personnage. John McTiernan sait parfaitement ménager la peur et construire un climat de plus en plus oppressant, atteignant une intensité surprenante dans le dernier quart du film complètement fou. Des séquences de course entre deux murs étroits à la steadicam à l’hystérie du repaire des nonnes et son montage frénétique, le réalisateur récite ses gammes et livre un film techniquement irréprochable. Et sur ce point, la véritable science à l’oeuvre sur les transitions entre les deux temporalités, Lesley-Anne Down revivant les évènements vécus par Pierce Brosnan, impressionne par sa rigueur.

Il est également amusant de monter quelques parallèles avec l’oeuvre future de John McTiernan. Ainsi, l’intrusion brutale du fantastique dans un tout autre genre préfigure quelque part l’expérience de Predator, le jeu sur le langage et l’utilisation de différentes langues pour créer la confusion se retrouvera dans le 13ème guerrier, tandis qu’on s’amusera de retrouver dans Nomads un plan de chute d’un immeuble qui n’est pas sans rappeler la mort d’Hans Gruber dans Piège de cristal. C’est un peu aussi à ça que servent les premiers films, proposer des bases à une oeuvre qui prendra une toute autre ampleur.

Pour autant, en se positionnant à la place des spectateurs et journalistes de l’époque, difficile d’y voir la naissance d’un grand maître. Comme dit plus haut, il y a tout de même du déchet et l’intérêt thématique que l’on peut porter au film est grandement rétroactif. Ça n’empêche pas Nomads de se poser en curiosité que tout amateur de McTiernan (et donc du cinéma au sens très large, soyons honnêtes) se doit de voir au moins une fois. Surtout qu’on assiste tout de même à la rencontre avec un acteur qui lui permettra de mettre en scène un des remakes les plus brillants de l’histoire (Thomas Crown, qui se permet de pulvériser l’original pourtant loin d’être dégueulasse) et qu’il y a des nonnes effrayantes, des bad guys en cuir clouté et des travelos qui éclatent des portes en bois avec les poings, ce qui ne gâche rien au plaisir il faut le dire. Un film surprenant avec des moments de vrai et beau cinéma dedans (à voir le premier plan du trailer ci-dessous, brillamment amené dans la construction du personnage et à travers l’utilisation de la caméra en vue subjective qui disparaît progressivement).

FICHE FILM
 
Synopsis

Un anthropologue français est assassiné à Los Angeles après avoir découvert l'existence de créatures démoniaques. Avant de mourir, il révèle son secret à un un jeune docteur...