Nine (Rob Marshall, 2009)

de le 21/01/2010
 
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Et voilà sans doute la grosse bête à oscars de ce début d’année, malgré le gros flop aux Golden Globes. Faut dire que Rob Marshall n’a pas fait beaucoup de films (3 en comptant celui-là) mais qu’à chaque fois il accède à des budgets monstrueux (80M$ là tout de même) et donc des castings de fou. Et là comment dire… quiconque a un peu suivi la campagne promo s’est rendu compte que la distribution féminine est assez exceptionnelle! Mais Rob Marshall est avant tout metteur en scène au théâtre ou de comédies musicales sur les planches. Chicago, malgré ses récompenses, était assez moyen, et Mémoires d’une Geisha, même s’il était visuellement magnifique, était une trahison par rapport au roman (faire jouer des actrices chinoises en anglais pour incarner des japonaises, quelle horreur!). C’est donc une nouvelle fois avec appréhension qu’on aborde son nouveau film, qui plus est une nouvelle comédie musicale (pas vraiment le genre le plus excitant au cinéma) et surtout une adaptation d’un show ayant fait les beaux jours de Broadway et qui était déjà une adaptation du film 8 1/2 de Frederico Fellini, qui est au passage un des plus beaux films du monde. Mais, si peu de choses laissaient croire à une réussite (sauf si voir des acteurs chanter et danser constitue une forme de plaisir pervers), il y avait tout de même l’élément clé qui attise la curiosité, la présence de Daniel Day Lewis! On sait de quoi cet acteur est capable, de plus il choisit généralement ses rôles avec attention et aborde ses interprétations avec passion. Et bien entendu, si Nine constitue bien une certaine réussite, le film lui doit énormément.

D’entrée de jeu on est sous son charme, sa façon de se déplacer, son regard, son élocution qui crée l’illusion d’être en face d’un acteur italien déclamant ses dialogues en anglais (il aurait d’ailleurs préparé son rôle en apprenant à parler italien couramment!). Il est tout simplement bluffant et nous ferait presque oublier l’ombre de l’immense Marcello Mastroianni, ancien alter-égo de Fellini dans le film original. Il fallait bien un acteur de cette trempe pour porter ce genre de récit. Car l’air de rien il est quasiment le seul homme au milieu d’une foule de personnages féminins, et pas n’importe lesquels. Autour de lui, tout d’abord Marion Cotillard, sa femme, ancienne muse, délaissée, trompée, elle est le personnage le plus tragique et l’actrice française prouve qu’elle peut se hisser à la hauteurs des stars d’Hollywood. Pénélope Cruz, sa maîtresse passionnée, écorché vive qui vie dans l’ombre et qui dégage un potentiel érotique déstabilisant (Ah sa scène de danse…). Mais aussi Nicole Kidman, la star, sa muse qui ne lui fait plus confiance, elle aussi est splendide. Stacy Ferguson (Fergie des Black Eyed Peas) en prostituée romaine dont la vision presque fantasmée sera le dernier rempart de Guido pour savoir qui il est vraiment. Kate Hudson, la potiche de service qui l’idolatre. Et enfin Sofia Loren et Judi Dench, sa mère naturelle et celle de substitution, les deux véritables adultes de cette histoire folle.

Il est vrai qu’à certains moment Nine fait plus penser à un défilé de mode du gotha hollywoodien, en particulier dans la scène d’ouverture qui nous présente l’ensemble de la distribution dans un même numéro de cabaret. Mais cela va plus loin, et si le fait que ce soit une comédie musicale ne freine pas le spectateur, il y a derrière une histoire passionnante. Car la trame de Nine reprend bien entendu celle de 8 1/2, à peu de choses près. Il s’agit d’un réalisateur incapable de pondre son nouveau scénario et qui sombre dans une forme de folie représentée à l’écran par une suite de tableaux tantôt réels, tantôt passés, tantôt fantasmés. Le regretté Anthony Minghella ne s’est finalement pas beaucoup creusé le cerveau pour son scénario.

Le sujet en lui-même, celui de la création artistique et de la perte de repères personnels que cela entraine, est passionnant pour quiconque s’intéresse à ce qui se passe derrière le rideau (ou derrière la caméra en l’occurrence). On suit donc cette lente plongée de Guido Contini à travers toutes les femmes de sa vie, car toutes ont leur importance, que ce soit pour le remettre en selle, pour lui rappeler de vivre ou tout simplement pour l’inspirer. Le soucis dans tout ça c’est qu’autant les numéros musicaux sont enchanteurs, autant la plupart manquent d’ambition picturale. On retiendra ceux de Daniel Day Lewis, faisant la part belle aux jeux d’ombres, et celui de Fergie, un mélange de fureur d’un rouge agressif et de noir et blanc granuleux magnifique. Ou encore la fraicheur et la déclaration d’amour du « Cinema Italiano » chanté par Kate Hudson. Le reste est soit banal soit hors sujet, malgré la beauté des décors, des chorégraphies, et des actrices.

Dès lors on peut se demander si Rob Marshall n’a pas fait une erreur en choisissant la forme de la comédie musicale. Certes au premier abord cela sied à merveille pour évoquer Fellini et cette folie mais l’arrivée des passages musicaux vient gêner la montée en puissance des émotions et casse un peu l’intrigue. Reste qu’on est devant un spectacle flatteur pour la rétine, superbement mis en scène et qui nous donne une illustration de l’aspect bigger than life de ce genre de cinéma, mais l’hommage au maitre italien aurait été plus judicieux sans les numéros chantés qui malgré leurs qualités viennent plomber le récit. Des stars, des paillettes, des femmes de rêve et un acteur extraordinaire ne masquent pas l’évidence, Nine est un film bien trop artificiel pour être pris au sérieux et pour devenir un classique ou même un succès…

FICHE FILM
 
Synopsis

Guido Contini est le plus grand réalisateur de son époque. Vénéré par les critiques et adulé par le public, il n'a qu'un seul point faible : les jolies femmes ! Tiraillé entre sa sublime épouse et sa sulfureuse maitresse, harcelé par une séduisante journaliste, subjugué par la star de son prochain film, Guido ne sait plus où donner de la tête. Soutenu par sa confidente et sa mère, parviendra-t-il à résister à toutes ces tentations ?