Night and Day (James Mangold, 2010)

de le 23/06/2010
 
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La bataille des grands films de l’été est bel et bien lancée! Alors que la sortie d’un des films les les plus attendus de l’année se rapproche dangereusement, et dans cette course au box-office tous les grands studios sont en train de dévoiler leur jeu. Si Warner semble être le mieux armé, la Fox n’est pas en reste avec le retour d’un de ses meilleurs poulains (en plus d’être un des meilleurs biopics jamais tournés, Walk the Line a été très lucratif pour le studio) qui n’en finit pas de nous étonner par ses choix de carrière. Au milieu de drames et romances très convenus on trouve un polar aux influences de western (Copland), un thriller hyper efficace (Identity), un biopic et un western moderne superbement exécuté (3h10 pour Yuma). Le point commun entre tous les films de James Mangold sans une seule exception est qu’il livre à chaque fois des films exécutés avec sérieux et professionnalisme, des œuvres carrées et efficaces sans folie, qui vont droit au but et ne sortent jamais de leur chemin tout tracé. Une autre constante est que le réalisateur s’attaque à tous les genres en les abordant toujours avec un très grand respect, sans les parodier et sans les prendre de haut comme d’autres l’ont si mal fait. Sans surprise il conserve sa ligne de conduite sur Night and Day (au passage on a là un des changements de titre les plus ridicules jamais vus) qui est un film d’action/aventure estival qui n’a d’autre ambition que de proposer un pur divertissement de qualité, bien torché, bien rythmé, mais auquel il manque un vrai grain de folie pour devenir mémorable.

Certains en seront sans doute ravis mais Night and Day c’est un peu l’antithèse de l’Agence Tous Risques. En effet quand le film de Carnahan nous proposait un spectacle misant tout sur la surenchère des situations et sur un ton décomplexé, celui de Mangold parait bien trop sage. Hasard du calendrier, à une autre période on aurait sans doute trouvé ça très amusant mais là on a droit à une légère déception tout de même. Mais ce n’est pas pour cela que le film est mauvais, au contraire il est même plutôt bon dans son genre. Casting ultra glamour, scénario dense, avec Night and Day la comédie d’espionnage et d’action retrouve ses lettres de noblesse par un traitement pas vraiment original mais un peu à l’ancienne, s’éloignant du réalisme brutal de la saga Bourne et de ses ersatz. Il réussit surtout là où un film tel que Mr & Mrs Smith se plantait lamentablement en posant un regard plein de dédain sur le genre qu’il allait jusqu’à parodier sans talent.

Mais traiter le genre avec sérieux n’est pas non plus synonyme de film qui se prend au sérieux. Et si on est forcément déçu en comparant Night and Day au monument de n’importe quoi précité, le film fait plus que tenir la route. Tout d’abord il y a le couple Cruise/Diaz qui fonctionne du début à la fin par un effet de complémentarité très séduisant, des retrouvailles gagnantes 9 ans après le calamiteux Vanilla Sky (film très surestimé qui ne tient pas la comparaison face à son modèle espagnol Ouvre les Yeux). La maturité aidant, les deux acteurs livrent une performance pleine de décalage et de second degré qui sonne comme un clin d’oeil sous forme d’auto-caricature à certains de leurs films passés (Mission Impossible 2 en tête). Construit sur un schéma qui mélange action savamment dosée, mystère sur l’identité de Roy Miller et tour du monde digne d’un James Bond, Night and Day est un vrai plaisir. Et s’il ne passionne jamais par son manque évident de réalisme, ses fonds verts souvent atroces, ses fondus au noir redondants ou son manque de jusqu’au-boutisme, il n’empêche qu’on passe un excellent moment devant les aventures improbables de ce couple plutôt attachant.

James Mangold est un réalisateur relativement classique, il n’essaie donc pas de nous en mettre plein la vue. Pas de frime ou de démonstration donc au niveau de la mise en scène mais toujours la même recherche d’efficacité. Et ça marche! Si l’ensemble peut paraitre parfois très impersonnel, la très grande versatilité du réalisateur pour changer de style et de genre s’impose ici comme une valeur sur inattaquable. Ainsi il maitrise aussi bien les passages de pure comédie où il laisse l’espace et le temps à ses personnages de s’exprimer que les séquences d’action. À ce niveau on en a pour notre argent, elles sont nombreuses et plutôt impressionnantes même si les diverses bandes annonces en dévoilent les passages les plus mémorables. Une grosse course poursuite en bagnole, une version motorisée à deux roues des fêtes de San Fermín, des grosses explosions, du gunfight bien géré, un crash d’avion, tout y est!

James Mangold trouve le ton juste, n’en fait ni trop ni pas assez, ce qui rend l’ensemble vraiment séduisant mais sans créer de gros coup de cœur non plus, la faute à un manque de personnalité évident. Toutefois comme on l’a dit plus haut, le film permet d’assister à un festival d’acteurs qui s’amusent, et ça fait toujours plaisir! Tom Cruise en mode « j’en ai fini de me prendre au sérieux » assure comme un chef face à une Cameron Diaz qui joue la blonde naïve à la perfection. Ils prennent clairement du bon temps mais ne sont pas pour autant en roue libre, pour s’en convaincre il faut voir à quel point Cruise réussit à donner du relief à des répliques qui sont parfois d’une banalité affligeante. Les seconds rôles ne sont pas en reste avec l’excellent Paul Dano en jeune génie traqué, le très bon Peter Sarsgaard à qui les rôles de salaud vont décidément comme un gant, ou encore l’immense Jordi Mollà impeccable comme à son habitude. Que des valeurs sures c’est vrai, tout est bien cadré, rien ne dépasse, et le résultat est à cette image: drôle, efficace, parfaitement rythmé par la partition latino de John Powell et par le dosage de l’action, mais assez lisse au final. Toutefois c’est la recette d’un succès estival assuré et plutôt plaisant dans l’ensemble.

FICHE FILM
 
Synopsis

Lorsque June rencontre Roy, elle croit que le destin lui sourit enfin et qu’elle a trouvé l’homme de ses rêves. Pourtant, très vite, elle le suspecte d’être un espion et le cauchemar commence. Elle se retrouve traquée avec lui dans une course poursuite à travers la planète qui ne leur laisse aucun répit. Leur vie ne tient qu’à un fil et le danger est partout. Pour avoir une chance de s’en sortir, June et Roy doivent se faire confiance au point de se confier leurs vies. Mais est-ce bien raisonnable ?