New York 1997 (John Carpenter, 1981)

de le 01/09/2009
 
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Pour son cinquième film, Big John frappait un très grand coup. Après avoir inventé le slasher avec Halloween, après avoir fait son Rio Bravo avec Assaut, après The Fog… il est déjà considéré comme le maître de l’horreur et du fantastique. En fait il était (on pourrait presque ne pas parler au passé…) le maître incontesté de la série B, un nom inventé par dédain envers un cinéma de « seconde zone » qui a paradoxalement offert au cinéma plus de films cultes que les films de série A… Quoi qu’il en soit, avec New York 1997, Carpenter signe une pièce angulaire de son oeuvre et un film qui restera une source inépuisable pour tous les pilleurs du cinéma jusqu’à aujourd’hui! Avec ce film d’anticipation, largement réfuté depuis mais qui contient tout de même des éléments qui sont proches de notre réalité contemporaine, Big John signe un mélange de genres assez extraordinaire qui a certes un peu vieilli mais qui possède une liberté de ton et une représentation de l’anti-héros fabuleux, ce qui en fait définitivement une oeuvre essentielle.

Car en restant objectif, ce n’est pas du côté du scénario qu’on tient quelque chose de grandiose… au contraire la trame des plus classiques ne contient rien de bien excitant. D’ailleurs l’amateur de SF qui s’attend à un pur film d’anticipation sera forcément déçu! Car ce film aux multiples influences en tient une principale, le western, genre que vénère Carpenter et qui se retrouvera dans plusieurs de ses films. Ici l’intrigue lorgne du côté de John Ford, et de la Prisonnière du Désert en particulier avec un héros lâché en plein milieu hostile pour une mission de sauvetage. Donc simplement en le prenant au premier degré on passe déjà un bon moment, grâce à une intrigue efficace et linéaire, des personnages attachants, des scènes d’action justement dosées… le tout dans un univers intéressant car crédible malgré le manque de moyens évident.

Avec sa côte de popularité au plus haut, Carpenter a pu bénéficier d’un casting en or massif! Kurt Russell bien sur qui trouve là son meilleur rôle (avec celui de Jack Burton), mais également l’immense Harry Dean Stanton, le non moins mythique Lee Van Cleef dont ce fut le dernier grand rôle, Donal Pleasence, Ernest Borgnine et l’étonnant Isaac Hayes… Ça en jette quand même pas mal!!! Tous sont parfaits c’est un fait mais il faut avouer qu’ils évoluent dans l’ombre de Kurt Russell. Il est Plissken, mais appelez-le Snake, l’anti-héros cool, stylé, anarchiste et nihiliste par excellence. Le type qui se fout royalement du monde qui l’entoure (ne parlons même pas du sort du président des USA!) et qui se retrouve ici érigé en icône indéboulonnable, version moderne du cowboy solitaire et individualiste mais qui bénéficie d’un charisme incroyable!

Ce genre de figure mythique se retrouve souvent chez Carpenter non seulement car il adore le western mais surtout pour une raison moins évidente. Ses personnages qui refusent d’obéir aux diktats de la société sont en fait une transposition fictionnelle du réalisateur lui-même, qui n’a eu de cesse de lutter contre la dictature des studios qui lui auront toujours posé des problèmes sauf sur le monumental The Thing. Ainsi dans New York 1997, on peut dire qu’on tient l’apothéose du symbole d’insoumission si cher à Big John. Et il aura réussi son coup car Plissken est devenu un personnage culte pour de nombreux cinéphiles bisseux (ou pas d’ailleurs), un symbole de la coolitude alors que c’est quand même un des types les plus égoïstes… quelle ironie!

Véritable déclaration d’amour aux personnages marginaux et à la liberté, New York 1997 résiste parfaitement à l’épreuve du temps, et en dehors d’une direction artistique datée, tout tient la route. Des punch lines incroyables et un gimmick légendaire (« je te croyais mort, Snake ») viennent explorer un autre thème passionnant, la confrontation de la légende et du réel. Avant leur apparition, chaque personnage est précédé d’une légende, pour les autres personnages et pour le spectateur. La réalité déçoit forcément mais illustre de fort belle manière un concept qu’a puisé Carpenter chez Ford, dans l’Homme qui tua Liberty Valance, à savoir que « quand la légende devient la réalité, imprimer la légende ». Ainsi, comme pour donner un sens à la légende qui le précède, Snake nous livre une scène finale à la hauteur du mythe.

Carpenter livre comme toujours un film à la technique irréprochable, tourné dans un scope magnifique, avec de beaux mouvements de caméra dans des travellings bien sentis et qui met superbement en valeur la photographie majoritairement de nuit de Dean Cundey. Dans les autres éléments nécessaires au culte, la musique hypnotique composée par John Carpenter est excellente, avec une mention pour le thème du générique, tout simplement génial.

Bientôt trente ans plus tard, New York 1997 reste une référence. Certes si on le découvre aujourd’hui on n’y verra que peu d’originalité car la plupart des idées ont depuis été réutilisées ailleurs mais le mythe est bien là et il continue d’être alimenté. Et il faut savoir que le personnage de Plissken se trouve à la croisée des médium… largement inspiré par Nick Fury de chez Marvel, il fera plus qu’influencer Hideo Kojima pour la saga Metal Gear Solid et son personnage central Solid Snake… C’est ce qu’on appelle une légende, et ce n’est qu’une série B…

FICHE FILM
 
Synopsis

En 1997, Manhattan est devenu une immense île-prison ou trois millions de détenus sont organisés en bandes rivales. A la suite d'un attentat, l'avion du Président des Etats-Unis se crashe dans le pénitencier. Le chargé de sécurité Bob Hauk décide d'envoyer un prisonnier pour le récupérer. Ce détenu s'appelle Snake Plissken. Lâché à l'intérieur, il doit se frayer un chemin en évitant les loubards et les cannibales qui peuplent Manhattan. Snake n'a que quelques heures pour récupérer le président, éviter un incident diplomatique catastrophique et surtout... désamorcer les mini-bombes qu'on lui a implantées dans le corps à son insu.