Ne te retourne pas (Marina de Van, 2009)

de le 31/12/2009
 
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7 ans après Dans ma Peau, l’une des réalisatrices françaises les plus prometteuses de sa génération repasse enfin derrière la caméra, et on peut dire qu’elle était attendue de pied ferme tant son premier film était d’une puissance incroyable. Accueil en grande pompe et en sélection officielle au festival de Cannes, casting plus glamour tu meurs… sauf que c’est rapidement la douche froide, sifflé en projection, qualifié parfois de nanar, Ne te Retourne Pas ne fait pas l’unanimité dans la presse ou chez le public. Et c’est tant mieux car il est vrai que de voir Marina de Van faire appel à un casting de stars pouvait laisser planer un doute sur son intégrité artistique, un doute infondé car la jeune artiste poursuit sa réflexion enclenchée il y a quelques années et la pousse encore plus loin dans des thématiques qui ressemblent de plus en plus à du Cronenberg au féminin. Et si le film est imparfait, parfois maladroit, il n’en reste pas moins une expérience fascinante où viennent se percuter le pur cinéma de genre (thriller, horreur, fantastique) et le cinéma d’auteur. Le résultat est étrange, réussit à créer un certain malaise par l’image tout en restant finalement assez classique dans le fond, malgré quelques originalités. Une chose est sure, il n’a pas mérité ses sifflés à Cannes…

Ce qui obsède la réalisatrice c’est le rapport de l’être humain à son propre corps en tant qu’entité physique. Dans son premier film elle l’a abordé par le biais de l’auto-mutilation, se montrant elle-même complètement détachée de son enveloppe physique. Dans Ne te Retourne Pas, elle l’aborde d’une façon tout à fait différente, limite plus extrême même si visuellement moins choquante, celle d’une perte de repère totale avec un corps et un environnement qui changent sous les yeux d’un personnage en pleine perte/quête d’identité.

La mutation donc, thème profondément ancré dans le cinéma fantastique, genre qu’adore Marina de Van et dont elle récupère les codes pour mettre son drame humain en image. Ainsi le film peut être vu comme un mélange de fantastique charnel comme chez David Cronenberg et de film de fantôme à la sauce hispanique… ce mix étrange est savoureux, en particulier dans une première partie tout simplement brillante à quelques détails près. Cette idée de se voir changer, en même temps que nos proches et le monde dans lequel on évolue est intéressante, métaphorique, vient toucher des problèmes psychologiques importants. Tout ceci est très bien utilisé et il faut avouer qu’on retrouve cette grâce malsaine qui faisait tout le charme de Dans ma Peau… le soucis c’est qu’arrivé au stade ultime de la mutation, le film prend un tout autre chemin beaucoup plus classique et tombe dans le piège de l’explicatif à tout prix, chose très surprenante de la part d’un personnage tel que Marina de Van, qui ne nous avait pas habitués à tant de conformisme…

La deuxième partie du film est donc relativement bancale. La mise en scène est toujours aussi virtuose, ce qui reste surprenant pour un second long-métrage, mais les images dérangeantes ayant disparu on se demande un peu ce que cherche à nous raconter la réalisatrice. Car le dénouement final on le devine plus ou moins assez tôt mais cela pouvait ne rien gâcher à l’histoire et son déroulement s’il cachait autre chose, une autre réflexion… là c’est comme si la révélation était comme une fin en soi, et que le film n’existait que dans le but de ce twist qui rappelle divers films fantastiques mélangeant histoires de fantômes et schyzophrénie.

Cela dit, même si dans ce dernier acte ne laissant aucune place à l’interprétation du spectateur le film se plante un peu et déçoit forcément (il faut dire aussi que Marina de Van avait frappé tellement fort avec son premier long que l’égaler n’était sans doute pas simple), tout n’est pas à jeter, loin de là même! Les thèmes abordés sont vastes bien que leur traitement soit parfois maladroit, comme si l’auteur les avait presque oubliés en route, mais ils sont pourtant bien présents. Par exemple l’idée que la création n’est possible qu’en étant en paix avec soi-même, ou que le passé aussi douloureux soit-il mérite d’être connu pour que toutes nos blessures se referment. Néanmoins il est nécessaire de saluer l’effort de cette artiste qui va jusqu’au bout d’un film qui prend des risques comme peu le font en France, qui tente l’aventure du film de genre en l’assaisonnant à sa façon pour un résultat certes parfois difficile à appréhender mais rempli d’une multitude de très belles choses.

On saluera bien entendu la présence des deux actrices principales qui rappellent ici qu’elles sont plus que des stars en couverture de magazines people, ce sont de vrais actrices bourrées de talent qui illuminent le film de leur présence magnétique, de plus le choix de ces deux-là, Sophie Marceau et Monica Bellucci, est excellent car elles se complètent totalement. Moins bon par contre du côté du casting masculin dans l’ensemble très mauvais, tout comme certains dialogues vraiment mal foutus et qui empêchent de sombrer dans les tourments de Jeanne… Ne te Retourne Pas est donc un film où cohabitent de très grandes choses (et en particulier le thème de la perte d’identité à travers la mutation du corps) et d’autres plus ratées (la tendance de la dernière partie trop classique), mais ça reste un film avant tout fascinant, qui dérange et passionne, et qui laisse toujours de beaux espoirs pour l’avenir de cette réalisatrice si talentueuse et torturée.

FICHE FILM
 
Synopsis

Jeanne, plongée dans l'écriture d'un premier roman, constate des changements mystérieux autour d'elle et voit son corps se transformer... Son entourage ne semble pas s'en apercevoir. Troublée, elle découvre chez sa mère une photographie qui la met sur la trace d'une femme, en Italie. Jeanne, désormais transformée, y trouvera la clef d'un étrange passé...