My Blueberry Nights (Wong Kar-wai, 2007)

de le 28/11/2007
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

My Blueberry Nights n’est en rien la révolution attendue, ou espérée. Ce n’est ni plus ni moins que du Wong Kar Wai mais en anglais. Sauf que le réduire à cela serait passer tout à fait à côté du film. My Blueberry Nights est un enchantement de chaque minute porté par de superbes acteurs confirmés et une immense surprise. C’est une nouvelle illustration poétique, intime et mélancolique des mécanismes de l’amour à travers le deuil d’une rupture. C’est beau à se damner et il s’en dégage ce charme indéfinissable qui trouve son origine dans toute l’oeuvre de l’artiste qui a définitivement atteint une forme de plénitude.

Après 2046, film somme assez exceptionnel et bilan d’une carrière déjà incroyable traversé de tant de souvenirs et de fantômes de ses films passés qu’il en devient encore plus nostalgique que tous les précédents réunis, on attendait de Wong Kar Wai un vrai renouveau formel et narratif. On était en droit de l’attendre avec ce premier film tourné à l’étranger avec des acteurs anglo-saxons, un nouveau directeur de la photo (Christopher Doyle a cette fois laissé sa place à Darius Khondji… un génie en remplaçant un autre), la chanteuse Norah Jones dans son premier rôle au cinéma… Mais histoire de couper court au suspense insoutenable, non Wong Kar Wai n’a pas renouvelé son style, il n’a rien révolutionné du tout, et en un sens tant mieux. Quand on voit le résultat, il est clair que le génie hong-kongais ne sera jamais aussi à l’aise que dans ce romantisme mélancolique, dans cette sur-stylisation si belle, dans l’errance amoureuse. Avec My Blueberry Nights, c’est une nouvelle preuve de son talent fou, et tant pis pour les détracteurs.

En effet, de la même manière qu’il avait réussi à s’approprier l’ambiance si particulière de l’Argentine dans Happy Together, ou Hong Kong à différentes époques dans tous ses autres films, il filme l’Amérique comme on l’a rarement vue. Si le film est vendu comme un road-movie il n’en est pas vraiment un car il y a peu de lieux différents malgré les rencontres d’Elizabeth (surprenante Norah Jones). On est toutefois dans un projet assez proche, et sur de nombreux niveaux, du chef d’oeuvre de Wim Wenders, Paris, Texas. Une fois de plus son film parle d’amour. Cette fois, comme dans Chungking Express, il s’intéresse aux conséquences d’une rupture. Mais il ne verse jamais dans le pathos gratuit et les lieux communs liés à ce genre d’expérience, souvent douloureuse. Il apporte grâce à son talent une poésie et une philosophie au drame sentimental d’Elizabeth, par le biais du personnage de Jude Law.

On retrouve des images connues de ses précédents travaux, le fait que l’action se passe aux USA importe peu finalement: un café, un restaurant, une histoire d’amour, une séparation… Tout cela est universel. Il filme Norah comme il avait filmé Faye, avec passion. Il garde cette faculté à impliquer le spectateur dans chaque scène, comme si on était présent, par le biais d’éléments de décor au premier plan. Tous ces destins qui se croisent sont sublimés par sa mise en scène magique et des acteurs au sommet. Le résultat est à la hauteur des espérances, même si plus léger que ses autres films (malgré la photo beaucoup plus sombre), au détour d’une scène de baiser, lors de regards perdus quand résonne le thème de In the Mood for Love à l’harmonica, l’émotion est bien là, réelle et poétique.

FICHE FILM
 
Synopsis

Après une rupture douloureuse, Elizabeth se lance dans un périple à travers l'Amérique, laissant derrière elle une vie de souvenirs, un rêve et un nouvel ami - un émouvant patron de bar - tout en cherchant de quoi panser son cœur brisé. Occupant des emplois de serveuse, Elizabeth se lie d'amitié avec des clients dont les désirs sont plus grands que les siens : un policier tourmenté et sa femme qui l'a quitté, une joueuse dans la déveine qui a une affaire à régler. A travers ces destins individuels, Elizabeth assiste au spectacle du véritable abîme de la solitude et du vide, et commence à comprendre que son propre voyage est le commencement d'une plus profonde exploration d'elle-même.