Mum & Dad (Steven Sheil, 2008)

de le 13/01/2010
 
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Ah le cinéma de genre britannique… quel bonheur! Nos voisins sont parmi ceux qui dominent ce cinéma dans le monde, et sont capables de nous surprendre à chaque nouvelle sortie (comment oublier les réussites flamboyantes de the Descent et Shaun of the Dead alors qu’on pouvait presque s’attendre à des œuvres mineures?). La raison est simple, les studios, boîtes de prod et distributeurs ont compris le potentiel commercial de ces films qui s’exportent en général très bien et les réalisateurs sont capables de livrer un bon travail sans pour autant avoir accès à des budgets pharaoniques… Mum & Dad entre dans la famille des films d’horreur à budget serré (autour de 100.000£) mais qui pourtant ne donnent que très peu l’impression d’être fauchés. Comme quoi, avec un minimum de talent, une grosse paire dans le slip, et de bonnes idées, il y a toujours moyen de faire quelque chose d’intéressant avec peu d’argent, l’équipe de Paranormal Activity n’a qu’à en prendre de la graine! Mum & Dad marche sur les plates-bandes des torture porn ricains à la mode tout en s’en éloignant considérablement. Ainsi à la relative accumulation de scènes gores d’un film comme Hostel (enfin, au seul moment vraiment sympa du film, le dernier 1/4 d’heure), Steven Sheil préfère une ambiance bien tendue et un retour vers un cinéma de genre type 70’s avec un modèle bien précis en ligne de mire: Massacre à la Tronçonneuse.

On retrouve ainsi l’idée de la famille de dégénérés vivant dans une maison insoupçonnée, celle du véritable drame familial qui devient pathologique ou de la dégénérescence physique de l’un des membres. Mais il y a un autre chef d’œuvre dont Mum & Dad se rapproche, d’une façon sans doute implicite, c’est Salo ou les 120 journées de Sodome de Pasolini. En effet, si le sujet ici n’a absolument rien à voir étant donné qu’on se trouve dans une classe moyenne anglaise, le parallèle est pourtant saisissant avec cette habitation qui devient le théâtre d’un microcosme avec des règles bien spécifiques ou encore bien sur ces séances de tortures et de soumission avec le déni de l’être humain. Et paradoxalement, c’est là qu’on peut sentir que par manque de moyens le réalisateur n’a pas pu aller au bout de son sujet.

Car le but de Steven Sheil, on le comprend vite, c’est de choquer le spectateur le plus possible en le posant au milieu du calvaire de cette pauvre fille qui n’avait rien demandé à personne et qui se retrouve dans les griffes d’une famille monstrueuse mais traitée de façon très ordinaire. Ainsi en dehors de la maison tout est normal, mais à l’intérieur… le père est une sorte d’animal sanguinaire incapable de retenir ses pulsions violentes, la mère est une adepte de la torture au scalpel, le fils est un autiste qui nettoie les cadavres de son père sans manifester la moindre émotion et la fille est une ordure manipulatrice qui ne rêve que de pouvoir elle aussi faire du mal aux victimes de ses parents. Vu comme ça, en effet, c’est assez glauque, et à l’écran ça l’est également mais en fait on assiste plus concrètement à de la torture psychologique, les moyens limités entrainant forcément une utilisation du hors champ sans parcimonie…

Mais ça fonctionne vraiment bien, et si on n’est pas forcément choqués par ce que subit la pauvre Lena on souffre quand même avec elle de l’isolement à tous les niveaux (elle est enfermée, enchainée, elle ne peut plus parler) et de toutes ces taches qui lui sont assignées afin que naisse cette illusion pour des parents détraqués d’avoir une véritable famille aimante autour d’eux. La tension va crescendo, appuyée par tous ces plans sur des avions qui décollent (la maison est aux abords de l’aéroport d’Heathrow) et qui sont autant d’échappatoires inaccessibles pour la victime. On a droit à quelques scènes bien crades et déviantes, dont les « jeux » avec la mère qui prennent une tournure sado-masochiste pour le bourreau et sa victime et les déchets des crises de colère du père.

Mais c’est dans la dernière partie que le réalisateur balance ses cartouches, avec une soirée de Noël hallucinante, qui cite ouvertement la scène du repas de Massacre à la Tronçonneuse. Ça devient relativement trash (magnifique chandelier humain), ça vire à la grosse violence verbale, on frôle avec les séquences incestueuses pour déboucher sur une sauvagerie finale libératrice qui semble sortie tout droit d’un rape & revenge. Comme l’ensemble du film, la fin est noire et sans véritable compromis pour venir conclure un film d’une sincérité inébranlable.

S’il ne signe pas le film d’horreur dont il rêvait, Steven Sheil s’en sort avec les honneurs pour son coup d’essai Mum & Dad, il signe un film glauque, déviant, parfois même dérangeant, une chronique d’une famille ordinairement monstrueuse traitée comme un soap et portée par des acteurs très naturels. Perry Benson et Dido Miles sont même impressionnants dans les rôles du père et de la mère, des rôles antagonistes mais aussi barrés l’un que l’autre. On attend de pied ferme la confirmation de l’émergence (ou pas) de ce nouvel espoir du cinéma de genre britannique, avec on l’espère un peu plus de moyens pour y arriver.

FICHE FILM
 
Synopsis

Une étrange famille, composée de Papa, maman et de leurs deux enfants adoptés Birdie et Helbie, sème la terreur autour de l'aéroport d'Heathrow. Lena, immigreé polonaise et femme de ménage l'apprend à ses dépens : après avoir sympathisé avec Birdie, elle est conduite dans une véritable maison des horreurs, où règnent torture et violences en tous genres. Lena se trouve alors face à un choix terrible : devenir membre de cette famille ou mourir...