Mr. Nobody (Jaco Van Dormael, 2009)

de le 18/01/2010
 
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Révélé avec Toto le Héros, consacré avec le Huitième Jour, on était depuis 1996 sans trop de nouvelles du réalisateur belge qui avait réussi à émouvoir son monde avec cette belle histoire d’amitié mettant en scène un trisomique dont les talents d’acteur étaient tout simplement bluffants mais qui visuellement n’avait rien de très ambitieux. C’est tout le contraire avec Mr. Nobody, film qui commençait sérieusement à ressembler à une arlésienne, projet porté par le réalisateur depuis 7 ans, nanti d’un budget pharaonique pour un film européen (33 m€), d’une ambition visuelle démesurée, avec un casting international… bref quelque chose d’assez énorme sur le papier qui est enfin visible après avoir été judicieusement récompensé par un prix technique à la Mostra de Venise. C’est aussi là l’occasion pour Jared Leto de montrer qu’il est un véritable acteur, et pas seulement un acteur impliqué (ce qui est déjà pas mal bien entendu), car il a beau partager l’affiche, c’est lui qui est tout en haut, au centre du film, et qui le porte du début à la fin, le seul et unique fil conducteur. Le film, souvent comparé à tort à l’étrange Histoire de Benjamin Button (rien à voir pourtant…), est un étrange voyage dans les rouages de la mémoire d’un vieillard de 120 ans, tout du moins au début avant que l’on s’y perde et que le voyage devienne autre. Et si Mr. Nobody porte le même prénom que le célèbre Capitaine Némo, c’est qu’il est clairement question ici d’exploration, celle de la conscience d’un homme… ou d’un enfant. Visuellement c’est la grande classe, par contre on peut regretter que le fond soit si facile une fois l’ensemble dévoilé. Car toutes les vies de Mr. Nobody ne tournent qu’autour d’un seul évènement bien anodin…

Pendant 2h17 (précisément) on est secoué un peu dans tous les sens, baladé d’une histoire à l’autre avec simplement quelques petits détails pour s’accrocher. L’expérience est grisante il faut l’avouer et malgré sa durée importante le film passe relativement vite, sans véritable temps mort faisant décliner l’attention. En particulier si on est amateur de belles images et de mise en scène travaillée car s’il y a bien un point sur lequel le film est inattaquable c’est celui-ci! Van Dormael se fait plaisir, expérimente dans tous les sens, quitte à passer pour un frimeur prétentieux (ce qui serait le cas si le film ne s’y prêtait pas, hors il convient tout à fait à cette forme de folie graphique). Le résultat c’est quelque chose de formellement parfait, chaque mouvement de caméra, chaque effet de montage, chaque effet visuel ou cadre trouve une justification dans le récit. Avec 3 trames principales se mélangent 3 styles de mise en scène bien définis, ce qui rend l’ensemble d’une cohérence graphique qui frôle la perfection.

Alors bien sur, mais cela n’est pas un défaut en soit, on pense pas mal à d’autres films… en effet les références volontaires ou non sont légion. Dans la mise en scène, il est clair qu’on est là devant quelque chose de magnifique mais qui nous rappelle les travaux de David Fincher à l’époque où il tentait encore des choses ou encore de Michel Gondry. On pense beaucoup également à l’esthétique générale de certains spots publicitaires ou clips musicaux de la décennie passée… Sur la construction du récit, ce serait du côté d’Aronofsky qu’il faudrait chercher (Mr. Nobody s’approche parfois étrangement du chef d’œuvre The Foutain), tandis que sur le fond, on pense plusieurs fois à cette vague passionnante du cinéma de science-fiction qui compte dans ses rangs des films tels que l’Effet Papillon, the Truman Show ou Dark City… et qui sont tous des références prestigieuses. Donc sur la forme et le fond, c’est ambitieux oui mais finalement pas si original que ça pour peu que l’on ait vu les films pré-cités.

Mr. Nobody en fait, est un film très artificiel. Le genre de film aussi passionnant qu’ennuyeux car il aborde des thèmes majeurs tout le long pour finalement n’exister qu’autour d’un thème mineur. A partir du moment où le spectateur a saisi le mécanisme, il peut soit continuer à jouer le jeu avec le film pour savoir exactement de quoi il en retourne, soit carrément s’en désintéresser car il n’est plus certain de l’importance des séquences qui défilent les unes après les autres… pour en arriver à cette conclusion un poil décevante il faut l’avouer. Mêler réel et imaginaire donne lieu à des séquences fascinantes, ici mélangées dans un chaos apparent mais très maitrisé qui risque de déranger les cartésiens. Car oui en apparence Mr. Nobody est un film bien bordélique, [Attention Spoiler!!!] sauf que si on se met en tête que toutes ces belles images aux allures irréelles et aux décors kafkaiens ne sont que des visions de l’esprit d’un enfant mis devant un choix impossible [fin du spoiler] il ne l’est pas vraiment.

Alors le film qui tournait autour des thèmes fascinants et inépuisables que sont l’amour et les choix que l’on fait tout le long de notre vie se voit diminué, d’autant plus qu’il souffre d’un défaut énorme, un manque d’émotion flagrant qui rend l’implication impossible. Sans doute trop travaillé sur la forme et pas assez puissant sur le fond, on ne perd jamais de vue qu’il s’agit d’un spectacle et on n’est jamais ému par la vie de Nemo Nobody, alors qu’on aurait vraiment voulu l’être. Et c’est vraiment une question de forme car l’ensemble du casting, et un incroyable Jared Leto en tête, est hyper crédible et fait preuve d’un talent sans limite. Trop froid, trop aseptisé, Mr. Nobody est un objet étrange, formellement parfait mais qui oublie d’impliquer le spectateur…

FICHE FILM
 
Synopsis

Un enfant sur le quai d'une gare. Le train va partir. Doit-il monter avec sa mère ou rester avec son père ? Une multitude de vies possibles découlent de ce choix. Tant qu'il n'a pas choisi, tout reste possible. Toutes les vies méritent d'être vécues.