Mother of Tears (Dario Argento, 2007)

de le 09/11/2009
 
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27 ans… c’est le temps qu’il a fallu au réalisateur pour enfin conclure sa saga des trois mères, commencée avec Suspiria en 1977 puis Inferno en 1980. Après la vision de cette Troisième Mère, la seule conclusion qui vient à l’esprit est qu’il n’aurait jamais dû faire ce film. On le sait, depuis le Syndrôme de Stendhal, son dernier grand film en 1996, Argento ne cesse de s’enfoncer toujours un peu plus, film après film, dans une médiocrité artistique effrayante… Honnêtement, en voyant cette bouillie infâme qu’est Mother of Tears, le spectateur qui ne connaîtrait pas Argento ne pourrait pas ce douter une seule seconde que ce réalisateur fut une figure majeure de l’horreur et que dans les années 70-80 il a enchaîné chef d’œuvre sur chef d’œuvre… C’est triste à dire mais depuis plus de 10 ans il continue de refaire le film de trop, il serait temps qu’il pose sa caméra et laisse définitivement sa fille Asia reprendre le flambeau de la famille Argento car elle est douée, et lui ne l’est plus depuis trop longtemps…

Pourtant pendant 10-15 minutes en début de film il laisse planer l’espoir d’une résurrection artistique improbable. Une ambiance efficace, une mise en scène aérienne, un mystère suivi d’une scène hyper gore… on y croit. Mais ce n’est qu’un doux rêve qui s’évapore assez rapidement car si la mise en scène ne faiblira pas vraiment, à l’apparition du petit singe on se pose déjà des questions sur le sérieux de l’entreprise… et des scènes de grand n’importe quoi injustifiées on va y avoir droit, et pas qu’un peu! Ce qui frappe d’entrée de jeu c’est l’aspect visuel. Travaillé à l’extrême sur les deux précédents films de la trilogie, avec une importance capitale des couleurs qui servaient toute une symbolique complexe, cette fois il privilégie une lumière naturelle en abandonnant l’idée de tourner en studio. Le résultat est moche, on se croirait devant un vieux téléfilm fauché…

Les thématiques soulevées dans Suspiria et Inferno ? Absentes ou traitées par dessus la jambe… Argento semble ne s’être souvenu du spectacle graphique que constituaient ses deux films que sur la fin, donc à l’approche du dernier acte il nous sort des couleurs surréalistes, mais c’est trop tard. Avant d’en arriver là on doit se farcir une intrigue bidon qui ne tient pas la route deux secondes, avec des raccourcis scénaristiques indignes de son rang. Le réalisateur semble vouloir privilégier le gore au mystère, et quand il le fait ce n’est même pas toujours réussi! Autant certains effets et maquillages sont réussis, autant d’autres font peine à voir (têtes en latex à peine visibles, incendie numérique à vomir… qu’est-ce que c’est vilain). Mais ce n’est pas tout…

La réunion de sorcières dans Rome est sensée créer le chaos, c’est ce qu’on nous dit… sauf que sur les plans larges, au mieux on voit deux personnes se chamailler, bonjour la fin du monde! Le grand moment du film est sans doute la scène de la gare… entre l’arrivée des « sorcières » (en fait des jeunes filles au look un peu gothique) et la course poursuite qui se termine dans une librairie où Sarah se découvre le don de devenir invisible, grâce à la voix de sa maman… on touche le fond. C’est à se demander si les gens qui ont fait ce film l’ont revu avant de le diffuser… Non parce que il y a quand même des trucs incroyables! Quand la mère de Sarah (Daria Nicolodi, la vraie mère d’Asia Argento) lui apparaît façon hologramme d’Obi-Wan Kenobi c’est un grand moment, et puis il y a ce singe aussi, mais qu’est-ce qu’il fout là ?

Argento tombe dans la gratuité de tous les instants et enterre son film qu’on ne peut vraiment pas prendre au sérieux. Il profite d’avoir engagé des bimbos comme actrices pour bien cadrer leurs culs et leurs seins, nous balance une scène lesbienne sans qu’on sache trop pourquoi, se fend d’un long (mais alors très long) plan séquence dans la maison super maîtrisé mais tout simplement chiant… bref, la virtuosité technique au service du vide, ça ne sert à rien du tout.

Donc avec une intrigue à deux balles, des personnages ridicules, et une mise en image qui mixe une belle mise en scène avec une photo dégueulasse… pour un maître de l’horreur ça fait quand même très série Z. Alors oui on peut le prendre au 10000ème degré et rire de tout ça mais franchement c’est juste mauvais.

[quote]R.I.P. Dario

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On atteint également des sommets avec le casting. En tête la belle Asia Argento (que son malsain de père filme sous la douche et humilie dans la scène finale) que j’aime beaucoup d’habitude mais qui là est risible dans le pire rôle de sa carrière. Philippe Leroy et le pauvre Udo Kier meurent dans d’atroces souffrances, les flics sont à mourir de rire, le casting féminin fait pitié… c’est pas parce qu’on a des gros seins qu’on est bonne actrice, il faudra le lui dire à Dario!

De tout ce joyeux bordel ressortent quelques scènes bien graphiques et sympa mais dans l’ensemble c’est quand même pitoyable. Le dernier acte dans la maison c’est le summum du n’importe quoi, ça part dans tous les sens pour se conclure sur une scène hors sujet, et pendant laquelle on se demande quel était le message. Car après un tel échec voir Asia exploser de rire on peut le prendre comme « c’était une vaste blague » ou « bande d’abrutis on vous a bien eus »… A vite oublier, Mother of Tears c’est une bouse.

FICHE FILM
 
Synopsis

De nos jours à Rome, Sarah Mandy, jeune archéologue américaine, se retrouve en possession d’une urne antique. Elle ignore que celle-ci a appartenu à la plus puissante de toutes les sorcières, la Mère des Larmes. En ouvrant l’urne, Sarah va malencontreusement libérer une force démoniaque qui n’aura de cesse de tout détruire sur son passage…