Mort ou vif (Sam Raimi, 1995)

de le 15/06/2009
 
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Tout juste sorti du tournage chaotique de l’Armée des Ténèbres (Evil Dead III) le futur réalisateur de Spiderman veut quitter l’horreur et le fantastique pour explorer de nouveaux genres. A la même époque, en fait 3 ans plus tôt, Clint Eastwood enterre le western avec un chef d’oeuvre définitif et crépusculaire, Impitoyable. On pense que le genre est mort, et c’est quasiment le cas… seuls quelques films de temps en temps viennent nous rappeler que c’est LE genre qui a longtemps fait vivre le cinéma. Et Mort ou Vif arrive sous l’impulsion de Sharon Stone alors en pleine gloire et qui choisit le réalisateur. C’est l’occasion pour lui de travailler avec de grands acteurs, le résultat c’est un casting aussi original que génial pour un film qui restera sans doute comme le western le plus barré et pourtant le plus respectueux du genre…

Comme à son habitude Raimi ouvre son film à l’économie et réussit pourtant à nous faire saisir nous les enjeux dramatiques en quelques plans. Première curiosité, l’habituel cowboy solitaire et mystérieux qui revient dans la ville où il a vécu un drame est ici une femme. Quand on connaît le traitement habituel des femmes dans le western il y a de quoi être surpris, le pied de nez va d’ailleurs jusqu’au bout quand elle entre pour demander une chambre et qu’on lui répond que les prostituées c’est à côté… Sharon Stone est d’ailleurs parfaite dans ce rôle de femme déterminée à tuer mais pourtant si fragile et torturée. Mort ou Vif ne s’éparpille jamais, le lieu de l’action est resserré à l’extrême (il n’y a qu’une seule scène en dehors de l’ouverture qui se passe à l’extérieur de la ville, dont on ne voit finalement qu’une rue), créant une belle tension, tout comme le sujet principal du film qui sera finalement une succession de duels!

Le concours de duels devient vite plus qu’un simple divertissement, chacun ayant ses motivations pour ne pas seulement blesser son opposant mais pour carrément l’éliminer… Si la figure est un classique du genre, Sam Raimi réussit le pari fou de nous proposer treize duels et il n’y en a pas un qui ressemble aux autres! Il fait preuve d’une imagination sans faille dans sa mise en scène, multipliant les clins d’oeils autant que les nouvelles approches. En fait, plus précisément, il utilise tous les codes en vigueur mais les pervertit à sa manière… Dilatation du temps à l’extrême, ralentis, accélérés, gros plans sur des parties du corps à la Leone mais complètement décadrés… Il mêle habilement respect et révolution, pour un résultat aussi jouissif qu’un western qui serait passé à la moulinette des excès d’un comic book!!

Et pour mener à bien son entreprise Raimi profite d’un gros studio derière lui pour réunir ce casting fabuleux: outre Sharon Stone on retrouve Gene Hackman en John Herod, qui pousse encore plus loin son personnage d’Impitoyable, il incarne une véritable ordure qui porte bien son nom (référence au roi Hérode qui a fait assassiner sa femme et ses enfants par peur de complots). On trouve également Leonardo DiCaprio qui à 20 ans donne vie au Kid, personnage Oedipien au possible, également Russel Crowe dans son premier rôle aux USA et qui incarne à la perfection ce tueur né à la recherche de la rédemption (c’est d’ailleurs le nom de la ville)… Et autour d’eux gravitent des seconds rôles savoureux: Tobin Bell, Lance Henricksen, Gary Sinise, Mark Boone Junior, Keith David… un casting de « gueules » qui colle parfaitement au propos.

Et comme souvent chez Sam Raimi, ses personnages ne sont pas livrés à eux-mêmes, il sont tous très bien écrits, complexes même s’ils entrent parfois dans des clichés… leur étude ne s’arrête que lorsqu’ils meurent! La mise en scène de Sam Raimi impressionne. Il se permet un peu tout mais sans jamais tomber dans l’effet gratuit, le résultat est d’une originalité folle!

Bien entendu il n’est pas seul et il a autour de lui une équipe technique qui a de quoi faire des jaloux (Dante Spinotti à la photographie, Pietro Scalia au montage, Alan Silvestri à la musique…). C’est pas loin de ce qui se faisait de mieux à l’époque!! On pourra regretter que le film finisse par être un échec commercial et critique cuisant car il y a là tous les ingrédients d’un grand film pour un résultat qui en est clairement un!! Des scènes inoubliables, des effets jamais vus dans le genre, des acteurs formidables… Grand western complètement fou, il n’y avait que Sam « The Man » Raimi pour réussir un truc pareil!!

FICHE FILM
 
Synopsis

Herold, qui règne en maitre sur la petite ville de Redemption, organise chaque année un tournoi de duels dont le vainqueur empoche 123 000 dollars. Jusqu'à présent il a toujours gagné. Cette fois-ci, Ellen, une ravissante jeune étrangère participe à la compétition. Qui pourrait, vingt ans après, reconnaître en elle la petite fille en larmes dont le père, shérif a Redemption, avait été torturé à mort par Herold...