Morse (Tomas Alfredson, 2008)

de le 18/10/2009
 
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Les vampires ont la côte cette année au cinéma et même à la TV, pour le meilleur (l’étrange Thirst, la série True Blood…) et le pire du pire (Blood the last vampire et l’immonde Twilight). C’est quand même intéressant de voir le grand public se ruer sur ce genre de film (en particulier le dernier) sachant qu’à la base le mythe du vampire est vieux comme le monde mais Bram Stocker l’a popularisé à travers une métaphore à forte connotation sexuelle… En tout cas les film utilisant la fibre vampirique sont légion au cinéma mais ceux qui traitent la chose avec talent le sont beaucoup moins. On peut citer Nosferatu (celui de Murnau et celui d’Herzog), Dracula de Coppola, Entretien avec un Vampire de Jordan… le reste va du mineur/minable au sympa et fun (Vampires de Carpenter, Une Nuit en Enfer de Rodriguez…). Mais ceux qui abordent le thème de façon originale… là ils se comptent sur les doigts d’une seule main! On citera bien sur Aux Frontières de l’aube de Bigelow, franche réussite, Martin de Romero, et ce Morse venu du froid, sorti de nulle part, et qui s’impose sans trop de soucis comme une pure référence! Coup de cœur!!

Il faut toujours se méfier des bêtes de festivals qui raflent tous les prix car ce sont souvent des pétards mouillés, là c’est loin d’être le cas. Si le buzz a vite enflé pour Morse, c’est qu’il y a une bonne raison, c’est du jamais vu. La surprise est d’autant plus grande que même si c’est le quatrième film de Tomas Alfredson, c’est un réalisateur inconnu chez nous… Et pourtant quelle maîtrise! Une scène d’intro magique suffit à immerger le spectateur, une scène de nuit, la pureté de la neige, c’est d’une beauté presque hypnotique. Et puis il y a ce gamin, petit blond à la peau blanchâtre qui s’amuse devant sa fenêtre avec un couteau… L’ambiance est feutrée mais pesante, on sent qu’on va naviguer dans quelque chose d’inhabituel et tout le film va se jouer sur plusieurs formes de dualités. La chaleur des sentiments contre le froid de l’environnement y sera essentiel…

En fait Morse c’est un peu le film de vampires qu’on fantasmait sans jamais vraiment espérer le voir sur un écran. Un film qui réinvente une mythologie sans pour autant l’oublier, qui va sublimer quelques détails souvent omis dont bien entendu, car c’est là le titre original, l’obligation pour un vampire de se faire inviter à entrer chez quelqu’un. Le gros tour de force est d’avoir choisi d’axer son récit (bien que ça soit une adaptation de roman) sur des enfants. Des personnages symboles de l’innocence (ou presque) qui évitent au film de tomber dans toute connotation sexuelle qui aurait été ici malvenue. Car Morse s’intéresse avant toute chose à des sentiments dont la pureté n’a d’équivalent que dans cette neige immaculée et presque irréelle qui habille le film.

Alfredson nous prend par surprise dans une première partie qui fait la part belle à un tableau social qui n’a rien de réjouissant mais sans jamais tomber dans le propos pesant. Posant avec une facilité déconcertante une ambiance mystérieuse à travers d’images qui pourraient presque avoir leur place dans un cinéma « d’auteur » esthétisant, le réalisateur enchaîne les tours de force. Il construit ses cadres avec une précision redoutable, jongle avec des oppositions de couleurs, imprime un rythme lancinant… quel pied! Un travail d’esthète qui a des choses à dire, ça fait toujours son effet! Car il ne se contente pas de faire des images belles à en crever, il use d’une narration intelligente (qui n’a rien de didactique pour le spectateur mais qui suit une logique imparable) parsemée de petits détails qui se révèlent d’une importance capitale dans une scène suivante… la maîtrise est incontestable.

En opposant Oskar et Eli (incarnés par des acteurs juste divins), au milieu d’une foule de personnages secondaires parfois tragiques, parfois pittoresques, Tomas Alfredson jongle avec de nombreux thèmes qu’on attendait pas forcément dans le genre, comme cette idée de délabrement social, psychologique ou physique qui s’abat sur cette ville. Ou encore cette peur de la solitude (le climat installe cette sensation tout seul) qui porte la rencontre entre les deux enfants comme seule issue pour l’un comme pour l’autre. Amour platonique pour Oskar, compagnie nécessaire pour Eli, ils sont finalement complémentaires et deviennent indissociables. Les repères sociaux d’Oskar sont tellement brouillés (élevé par sa mère, son père a refait sa vie avec un homme) qu’il ne porte plus le moindre jugement terre à terre et profite du plus basique des sentiment. Eli souffre tellement de sa nature qu’elle a besoin de quelqu’un capable psychologiquement de se substituer à elle pour se nourrir…

Des oppositions perpétuelles entre ombre et lumière, lyrisme et violence, rire et larmes… Morse est construit tout entier sur ce schéma et il faut avouer qu’on ne peut pas trouver la moindre piste de comparaison tant il ne ressemble à rien d’autre de connu… Morse nous fait un peu peur, un peu rire, peut nous faire pleurer, il se dégage des émotions extrêmement fortes et qui n’ont rien d’artificiel tant des images nous hantent encore longtemps après la projection… On oubliera un des rares effets ratés (les chats numériques tout moches) tant ce qui nous est donné est merveilleux. Un film tragique sur un amour impossible mais sincère, une relecture d’un mythe qui en oublie les clichés pour réinventer les basiques, un final d’une beauté plastique rare mélangée à une tension tétanisante et un plan final qui vient sceller l’existence d’Eli comme une sorte de boucle temporelle qui n’en finira jamais…

C’est beau à en pleurer si on adhère au rythme lancinant, c’est d’une pureté rarement vue… il faut le vivre pour bien comprendre ce genre d’enthousiasme mais c’est un véritable coup de (au) cœur.

FICHE FILM
 
Synopsis

Oskar est un adolescent fragile et marginal, totalement livré à lui-même et martyrisé par les garçons de sa classe. Pour tromper son ennui, il se réfugie au fond de la cour enneigée de son immeuble, et imagine des scènes de vengeance. Quand Eli s'installe avec son père sur le même pallier que lui, Oskar trouve enfin quelqu'un avec qui se lier d'amitié. Ne sortant que la nuit, et en t-shirt malgré le froid glacial, la jeune fille ne manque pas de l'intriguer... et son arrivée dans cette banlieue de Stockolm coïncide avec une série de morts sanglantes et de disparitions mystérieuses. Il n'en faut pas plus à Oskar pour comprendre : Eli est un vampire. Leur complicité n'en pâtira pas, au contraire...