Moon (Duncan Jones, 2009)

de le 18/12/2009
 
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Pour son premier film, le fils de David Bowie s’attaque à genre quelque peu délaissé, la Science Fiction à tendance minimaliste… On a bien eu Sunshine il y a deux ans et qui sans sa fin hors-sujet aurait été un très grand film et Solaris version Soderbergh il y a sept ans. A part ça pas grand chose à se mettre sous la dent, les réalisateurs ayant sans doute trop peur de se frotter à la comparaison avec des monuments comme 2001 l’odyssée de l’espace ou le Solaris de Tarkovsky (il faut se faire une raison, ils ne seront jamais égalés)… Et voilà que débarque un certain Duncan Jones, avec son scénario sous le bras, un petit budget de 5M$, un grand acteur qui fait son one man show (enfin presque..) et un amour gigantesque pour la SF. Alors est-ce que son film brille par ses influence? Bien entendu c’était inévitable, mais c’est suffisamment intelligent pour tenter une approche inédite qui vient utiliser ses modèles pour mieux s’en démarquer, chapeau l’artiste, y’a du potentiel chez ce réalisateur!!

Et c’est clair que devant Moon on pense à plein d’autres films… ceux cités ci-dessus mais également Silent Running, Outland mais aussi Blade Runner et Alien. Il faut dire que les années 70 ont marqué la SF au cinéma de façon indélébile et qu’encore aujourd’hui quand on imagine notre futur ce sont ces images qui reviennent… difficile donc de s’en écarter complètement, autant digérer ces influences et repartir sur de nouveaux thèmes tout en restant dans l’ombre de ces grands. C’est exactement ce que fait Duncan Jones en ne s’intéressant pas tant que ça au monde du futur mais plutôt à l’homme, et un homme en particulier car le fond du film, même s’il aborde des sujets universels est vraiment concentré sur le personnage de Sam Bell et non pas sur l’humanité au sens large.

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Le rythme imprimé à Moon est très spécial, surtout dans la première partie qui se focalise sur le quotidien de ce type chargé de gérer l’extraction d’hélium-3 sur la Lune. Répétition des scènes, musique lancinante, Jones cherche à nous faire ressentir d’abord la routine puis l’ennui et enfin les dégâts que peuvent voir la solitude sur l’état mental d’un être humain. Franchement on en sait pas trop où ça va jusqu’à l’accident. A partir de ce moment il est clair que le film prend une toute autre dimension, avec l’apparition du deuxième Sam et alors qu’on s’imagine pas mal de choses à propos de ce nouveau personnage, le film nous dévoile une de ses thématiques principales, le clonage. Et il faut avouer que le sujet est traité d’une façon très intelligente et humble, mais surtout très « humaine ».

En fait sur chaque sujet qu’il aborde, Moon s’éloigne de ses aînés, il ne tombe jamais dans le trip mystique ou métaphysique ni dans le space opéra, sur la durée tout cela reste très minimaliste. Peut-être même un peu trop parfois car certains sujets importants et qu’on ne s’attendait pas forcément à trouver dans un film de SF « moderne » se voient presque sacrifiés par manque d’ambition. Fait assez rare pour être souligné dans une tendance générale au cinéma à essayer d’en mettre plein la vue à tout prix. Et le thème le plus touché à mes yeux et qui n’est pas assez développé alors qu’il serait passionnant est celui de la critique du monde du travail, et de la perte d’identité qu’il peut entraîner quand il sombre dans l’excès de l’exploitation. Ce sujet est abordé, c’est clair, de façon très intelligente à travers l’idée du clône, mais on sent qu’il aurait pu le pousser bien plus loin sans tomber dans l’excès de zèle.

Moon vient également se démarquer largement de 2001 dans son rapport à l’intelligence artificielle. Si dans le film de Kubrick elle représentait à travers HAL une entité en quête de reconnaissance qui n’hésitait pas à se dresser devant son créateur pour exister, ici GERTY (voix de Kevin Spacey) est au contraire à sa disposition, et va même jusqu’à l’aider de son propre chef, allant à l’encontre de sa programmation et se rendant complètement vulnérable… soit une approche nettement plus optimiste de l’avenir des machines dans notre société. Le propos sur le clonage est lui par contre dans la même veine que celui de Blade Runner, soulevant un débat éthique sans doute infini sur l’humanité ou non-humanité d’un être crée à partir d’un autre et qui n’est donc pas tout à fait un fruit de la nature…

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Le scénario très intelligent réussit à nous surprendre jusque dans un final vraiment émouvant (ce n’est pas le seul passage qui laisse une grande place à une véritable émotion) mais auquel je reproche d’être beaucoup trop explicatif. Jones vient fermer son film et ne laisse aucune interprétation possible, sur ce point c’est vraiment dommage…

Sur la forme, la simplicité apparente de la mise en image colle à la perfection au propos. Ici point de CGI, on a l’impression de retomber 30 ans plus tôt avec des extérieurs lunaires faits de superbes maquettes, la photographie en tous points exceptionnelle vient encore sublimer tout ça. Tout comme la partition de Clint Mansell qui trouve le ton juste, là aussi dans le minimalisme.

Mais il y a un dernier point vraiment pas négligeable auquel la réussite de Moon doit beaucoup : Sam Rockwell. Il aura fallu attendre 7 ans pour qu’il retrouve un rôle principal après Confessions d’un homme dangereux (les débuts flamboyants de Georges Clooney à la réalisation). Il trouve ici un double rôle à la hauteur de son talent si souvent sous-estimé, portant le film tout seul, il fait étalage de sa palette de jeu qui est juste immense… bref un très grand rôle pour un très grand acteur qui devrait enfin trouver la reconnaissance qu’il mérite.

Voilà, Moon, derrière ses aspects ultra référentiels est une expérience assez unique. Un film de SF simple pour la forme, hyper ambitieux pour le fond mais sans vraiment le vouloir. Le film souffre de quelques défauts (ça reste un premier film!) mais il constitue une sacrée belle promesse pour l’avenir avec ce réalisateur qui semble bourré de talent!

FICHE FILM
 
Synopsis

Un cosmonaute gère depuis trois ans sur la Lune l’entretien des puits de forage, seule alternative à la crise de l’énergie qui fait rage sur Terre. Dans deux semaines, il est censé rentrer chez lui…