Mon Voisin Totoro (Hayao Miyazaki, 1988)

de le 21/09/2009
 
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Lorsqu’ils tournent ce quatrième film, Miyazaki et le Studio Ghibli ont déjà derrière eux un chef d’oeuvre, Nausicaä de la Vallée du Vent, même s’il est sorti avant la création du studio. Mon Voisin Totoro est à la fois le film le plus simple du maître et pourtant celui aui aura eu le plus d’impact sur le public! En effet, Totoro deviendra rapidement la mascotte et le logo du studio, et reste encore aujourd’hui son personnage le plus emblématique. Un peu comme Mickey Mouse chez Walt Disney, c’est tout un état d’esprit qui se retrouve dans cette drôle de bête au ventre rebondi… Et pourtant ce n’était pas gagné, peu d’espoirs étaient placés en lui, tellement peu que la même année le Studio a sorti un autre chef d’oeuvre pour contrer leurs prédictions catastrophiques: Le Tombeau des Lucioles, un des films (animés et live confondus) les plus tristes qu’on ait pu voir, mais tellement beau! par contre dans Totoro, ce n’est que du bonheur…

Mon Voisin Totoro est un film d’une simplicité déconcertante! Pas vraiment d’intrigue à l’horizon, on est dans de la description quasi ininterrompue. C’est l’occasion pour Miyazaki de parler de l’environnement de son enfance, les petits villages habités de gens simples et généreux, des forêts, des plantes… d’ailleurs un travail de précision a été effectué afin que ces éléments soient le plus authentiques possible. Ce ne sont pas les seuls éléments autobiographiques, ainsi la mère malade en est un autre et on peut sans doute en dire autant de toutes ces mystérieuses créatures… les noireaudes, les totoros, le chat-bus… tous sont un mélange d’imaginaire enfantin et de vieilles légendes japonaises. Le bus étant un « bakeneko », un vieux chat avec le pouvoir de se changer en l’objet de son choix.

Les Totoros eux, on ne sait pas vraiment ce qu’ils sont… de simples visions de l’esprit d’un enfant ou les gardiens de la forêt? En tout cas ils sont nommés ainsi par Mei, trop jeune pour réussir à prononcer « Troll » en japonais.

Pendant une grande partie du film on suit donc Mei, à la recherche de Totoro… mais pas seulement car au dela de l’aspect aventurier de cette tranche de vie, il y a un élément important, l’absence de la mère. La cause de la plupart des actions des deux filles vient de là, de cet amour et de ce manque envers un membre de la famille. Ces deux jeunes filles ont avant tout peur de se retrouver toutes seules et les Totoros en deviennent comme leur deuxième famille.

Sous des aspects très enfantins, et il serait réducteur de n’y voir qu’un film pour enfant, Mon Voisin Totoro jongle déjà avec des thèmes importants, qui referont surface au cours de l’oeuvre de Miyazaki. Et en majorité il s’agit de traumas de l’enfance, la période de la vie où on est certes les plus insouciants mais les plus fragiles aussi. mais il ne faut pas croire qu’avec de telles thématiques abordées, ce film soit une oeuvre dépressive, pas du tout! Au contraire, il réussit à être divertissant et à nous faire rêver tout en parlant aux adultes qui s’aventureraient dedans par hasard… Tout cela pour en arriver au thème central du film et de l’oeuvre du maître japonais dans sa globalité: la nature. Il l’abordait frontalement et sans passer par des chemins tortueux dans Nausicaä, il le fait de façon plus habile ici.

Miyazaki est un protecteur de la nature, et au fil des films il l’a prouvé tout comme sa haine envers ceux qui la souille. Dans Totoro on la découvre à travers les yeux d’enfants… ou on la redécouvre plutôt, car quand on est enfant tout est beau et nouveau. Les saisons, le soleil, la pluie, le vent… la vie des arbres du gland jusqu’au chêne gigantesque… c’est une déclaration d’amour à la nature qui se voit personnifiée dans le grand Totoro, qui réussit à transmettre de belles émotions. C’est fou de voir à quel point tout cela fonctionne à merveille! Autant de simplicité dans le scénario, dans l’animation, dans les sentiments… Il n’y a aucun élément mauvais là-dedans, tout y est beau, paisible…

En y regardant de plus près, malgré la quasi perfection à laquelle nous habitue Miyazaki depuis des années, il est vrai que Mon Voisin Totoro reste son oeuvre la plus forte. C’est la seule qui réussit à nous transmettre autant ce sentiment de plénitude, qui nous ramène autant dans notre enfance sans tirer de grosses ficelles. Il nous présente simplement une réalité « idéale » dans laquelle deux soeurs ne se disputent jamais, dans laquelle les gens s’entraident tous et dans laquelle les visions des enfants ne sont pas tournées en dérision. C’est sans doute ce qui fait sa force, un propos universel qui ne souffre d’aucune zone sombre, un personnage qu’on ne pourra jamais oublier car on a presque l’impression de l’avoir connu depuis toujours, et des scènes splendides bercées par la douce mélodie, toute aussi inoubliable, de Joe Hisaishi qui nous hantent… Qui ne s’est pas dit un jour en se prenant une goutte de pluie sur la tête que c’était peut-être Totoro qui s’amusait??

C’est un chef d’oeuvre, et peut-être le plus grand de son créateur.

FICHE FILM
 
Synopsis

Deux petites filles viennent s'installer avec leur père dans une grande maison à la campagne afin de se rapprocher de l'hôpital ou séjourne leur mère. Elles vont découvrir l'existence de créatures merveilleuses, mais très discrètes, les totoros. Le totoro est une créature rare et fascinante, un esprit de la forêt. Il se nourrit de glands et de noix. Il dort le jour, mais les nuits de pleine lune, il aime jouer avec des ocarinas magiques. Il peut voler et est invisible aux yeux des humains. Il existe trois totoros : O totoro (gros), chu totoro (moyen) et chili totoro (petit).