Mon Pote (Marc Esposito, 2010)

de le 30/11/2010
 
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Pour son quatrième long métrage de fiction, après avoir donné une suite à son Coeur des hommes sans réitérer le succès du premier, Marc Esposito, le spécialiste des bons sentiments et des films qui ne prennent que peu de risques, revient avec une jolie petite histoire tirée d’une expérience personnelle. Il était alors rédacteur en chef du magazine Première et a donné sa chance à un ex-détenu devenu par la suite directeur artistique chez Studio Magazine. Comme son titre l’indique, Mon Pote est une histoire d’amitié, le récit d’une seconde chance accordée et d’une passion commune.  Extrêmement classique sur le fond comme sur la forme, Mon Pote ne risque pas de marquer les mémoires, d’autant plus qu’il cède parfois à une certaine facilité dramatique un peu agaçante. Mais cette histoire est belle, et c’est un atout non négligeable, même si elle se retrouve engluée dans des flots de sentiments mielleux au possible. Marc Esposito ne cherche pas à révolutionner quoi que ce soit, simplement à proposer une tranche de vie où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil… ou presque. Car ce qu’on n’attendait pas vraiment c’est cette absence totale de morale quand arrive le final, comme un pied de nez aux institutions, du genre « le crime paye ». Ceci dit, c’est bien la seule véritable originalité de ce film populaire qui n’a d’autre ambition que de chercher à créer une véritable alchimie entre le duo d’acteurs principaux. Chose qu’il réussit parfois.

Si on arrive souvent à croire à la profonde amitié qui se crée entre les deux personnages, alors qu’elle partait d’une relation d’admiration/pitié, on ne la comprend pas toujours. Ainsi on ne saisit pas les raisons qui poussent Victor à accompagner Bruno, le temps d’une séquence d’action savoureuse mais qu’une relation d’amitié aurait normalement interdite. Difficile également de comprendre comment un ex-taulard est si bien accueilli au sein d’une entreprise… on se croirait au pays des bisounours, cela n’existe pas une société sans a priori! C’est là tout le paradoxe de Mon Pote, une volonté d’imposer des séquences totalement fantasmées, bien loin de notre quotidien, dans un ensemble pourtant très naturel. Car très souvent Mon Pote vise juste. Entre le patron bourgeois qui croule sous les dettes mais continue de dépenser des fortunes pour gâter sa femme, le détenu qui vit dans la peur du monde extérieur, la peur de sa propre faiblesse ou celle de ne pas subvenir aux besoins de sa famille, tout cela est bien ancré dans notre réalité sociale. On se demande pourquoi alors le film s’en échappe parfois…

Ce qui manque également c’est l’émotion, la vraie. Car Marc Esposito s’y essaye mais se plante en voulant la créer à travers cette petite mélodie qui revient de façon incessante pour souligner les sentiments des personnages dans les moments graves. Mais ça ne fonctionne pas, cette musique fait tache le plus souvent. Le film a beau être extrêmement sincère, on n’en doute pas, il manque clairement de sensibilité. La faute sans doute également au déséquilibre entre les acteurs.

Edouard Baer y est impeccable comme d’habitude, on le savait avant même d’entrer dans la salle. Mais face à lui Benoît Magimel est souvent à la peine. Pas vraiment crédible en petit voyou, comme à ses débuts, pas assez imposant pour jouer le père de famille fort, il reste pourtant assez bon quand il s’agit d’incarner le malaise du type qui se retrouve dans la peau d’un enfant ou d’un débutant. Dans ces situations il parviendrait presque à nous toucher. Mais là où Marc Esposito fait très fort, c’est en réussissant à canaliser l’énergie de Baer qui se retrouve véritablement sobre à l’écran, laissant simplement transpirer la tempête sous son crâne le temps de rares envolées verbales. Pour le reste, rien de bien mémorable. Esposito soigne sa mise en scène en imposant un rythme posé à ses plans, sans esbroufe ou effet de style, c’est très très classique.

[box_light]Ni vraiment bon, ni véritablement mauvais, Mon Pote est un film un peu fade, sans saveur. On peut être agacé par sa naïveté ou séduit par sa sincérité, mais il ne s’en dégage rien de transcendant. On parlera pas de film inutile car il traite certains sujets avec une réelle justesse, dont l’amitié centrale très naturelle. Mais au final c’est un peu trop dégoulinant de bon sentiments, ça manque de tension dramatique, de surprises, de caractères forts. C’est très classique sur le fond comme la forme et ça reste très inoffensif. À réserver donc aux amateurs de Marc Esposito qui seront là en terrain bien connu. Pour les autres… la semaine est chargée en sorties.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Victor est le patron d'un magazine automobile. Un jour, il va parler de son travail dans une prison. Il y rencontre un ancien braqueur, Bruno, fan de son magazine, qui lui demande de l'embaucher. Victor accepte. Une amitié naît entre les deux hommes…