Moi, député (Jay Roach, 2012)

de le 04/09/2012
 
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Après la débâcle de son remake du Diner de cons, Jay Roach redresse difficilement la barre avec Moi, député, comédie politiquement très correcte autour d’une élection de député aux USA. S’il est servi par deux acteurs au top de leur forme et une connaissance aiguë des rouages d’une campagne politique, il accouche d’une comédie qui manque sérieusement de mordant et de rythme. Une petite déception donc.

L’affiche faisait pourtant rêver. Devant la caméra, deux des plus grands acteurs comiques de notre époque : Will Ferrell et Zach Galifianakis. Derrière la caméra c’est Jay Roach (réalisateur de la trilogie Austin Powers, producteur de Borat et Brüno), au scénario on trouve un duo magique composé de Shawn Harwell (la série Kenny Powers avec Danny McBride) et Chris Henchy de la boîte Gary Sanchez Productions, scénariste et producteur de Very Bad Cops et divers shows TV tels qu’Entourage ou Funny or Die presents. Une véritable dream team de l’humour corrosif composée pour aborder le sujet de la politique en le maîtrisant sur le bout des doigts, Jay Roach s’étant déjà frotté au sujet dans ses films Recount et Game Change, le premier abordant le recomptage des voix en Floride au lendemain de l’élection présidentielle de 2000 tandis que le second abordait le sujet de Sarah Palin. Tout était réuni, sauf que Moi, député ne fonctionne pas vraiment et préfère ne pas vraiment mélanger l’immédiateté du gag des deux puissances comiques à une réflexion de fond sur une campagne politique. Chaque élément reste bien à sa place et si le film est extrêmement lucide il manque clairement d’envergure.

Ses plus beaux moments, Moi, député les trouve quand il s’agit de dépeindre sur un ton très caustique, mais finalement pas si éloigné de la réalité, les bassesses d’une campagne et en particulier les affrontements entre candidats. Entre d’un côté le vieux briscard démocrate, beauf, queutard et bien installé dans son siège, et de l’autre un idiot précieux issu d’une famille républicaine dont il est le vilain petit canard, on atteint des sommets parodiques de tous ces débats mis en scène et de ses attaques en dessous de la ceinture qui caractérisent la politique américaine. Tout le talent comique de Will Ferrell et Zach Galifianakis donne lieu à des joutes verbales d’anthologie et une série de gags dont certains sont déjà parmi les plus drôles de l’année. On rit donc de bon cœur tout en s’immergeant réellement dans les arcanes de ce monde qui ne laisse que peu de place aux naïfs et aux humanistes. Sauf que si tout cela s’avère passionnant, car très documenté sur la mainmise des hommes de l’ombre, grands financiers et spin-doctors traités comme des ninjas modernes et apatrides, Moi, député tourne rapidement en rond et finit par lasser copieusement. D’autant plus que la méchanceté attendue reste finalement très en retrait et que les gags les plus incisifs se retrouvent avortés par un traitement cartoonesque qui en amoindrit la portée. Par exemple, le gag du bébé qui se prend un coup de poing inattendu se voit traité à grands coups de ralentis et d’effets numériques foireux qui anéantissent l’effet en lui donnant beaucoup de recul. Il est à l’image de tout le propos du film, offensif mais pas trop, et carrément plombé par sa dernière demi-heure qui, en plus de ne pas être très drôle, s’enfonce dans une morale dégoulinante de bons sentiments.Et ce n’est pas tout à fait ce qu’on était en droit d’attendre d’une telle réunion de talents habitués à l’humour vache (la preuve, il y a même un gag prenant l’expression au pied de la lettre) et aux vannes qui font mal.

Après la succession d’attaques et fautes qui recyclent des figures bien connues de l’actualité, de la sex tape à la peur d’Al-Qaïda, en passant par la remise en cause du principe d’identité américaine (America, Jesus, Freedom) et sa parodies des valeurs fondamentales, Moi, député tombe donc dans un discours dégoulinant et mielleux, comme si tout ce qui précédait n’avait finalement pas de sens. Alors que le propos n’est jamais aussi pertinent que quand il attaque ce monde politique de façon frontale, en se moquant de ses pratiques les plus indignes. Au final, le film ne se moque pas de ce monde mais bien de ces deux personnages de fiction, et c’est bien là tout le problème, le manque d’envergure. On se console comme on peut à travers le génie des deux comédiens qui eux s’en donnent à cœur joie en se faisant les pires crasses possibles, mais c’est toujours cette bonne vieille Amérique puritaine et donneuse de leçons qui sort en grand vainqueur des débats. Laissons les États-Unis aux américains arrêtons de se laisser contrôler par les lobbys, voilà le grand discours de Moi, député, laissons triompher le gentil car le gentil gagne à tous les coups, quitte à ébranler les convictions d’un personnage en un discours de deux minutes. C’est un peu facile, pas toujours très drôle, et bien trop aseptisé pour convaincre alors que tout était réuni pour faire LA grande comédie politique à la veille des élections. Dommage, mais Will Ferrell et Zach Galifianakis sont toujours aussi grands.

FICHE FILM
 
Synopsis

Lorsque le député chevronné Cam Brady commet une gaffe monumentale en public à l'approche des élections, un tandem de PDG milliardaires entend bien en profiter pour placer leur candidat et étendre leur influence sur leur fief, en Caroline du Nord. Leur homme n'est autre que le candide Marty Huggins qui dirige l'office du tourisme du coin. Si, au départ, Marty ne semble pas le candidat idéal, il ne tarde pas à se révéler un redoutable concurrent pour le charismatique Cam grâce à l'aide de ses bienfaiteurs, d'un directeur de campagne sans vergogne et des relations de ses parents dans la politique. Alors que le jour du scrutin approche, les deux hommes s'engagent dans un combat impitoyable : désormais, tous les coups sont permis entre Cam et Marty qui n'hésitent plus à s'insulter et à en venir aux mains dans un affrontement à mort. Car dans cet univers où la déontologie n'existe plus depuis bien longtemps, la politique prouve qu'on peut encore faire reculer les limites des pires bassesses…