Miss Bala (Gerardo Naranjo, 2011)

de le 15/05/2011
 
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Précédé d’un petit buzz prometteur, avec une poignée d’images dévoilées qui annonçaient un film virtuose sans pour autant déflorer quoi que ce soit sur son contenu, Miss Bala porte les couleurs d’une Amérique Latine peu présente cette année sur la Croisette. Soutenu par Diego Luna et Gael Garcia Bernal, le nouveau film de Gerardo Naranjo ne manque pas d’ambition, que ce soit sur le plan visuel ou thématique. Cependant, malgré la salve d’applaudissements reçue à sa première présentation, Miss Bala a tout du film qui ne tient pas ses promesses, qui ne peut pas survivre si on s’amuse à gratter son vernis. C’est un beau film, plastiquement c’est indéniable, mais c’est un film ultra décevant à cause d’un élément bien trop souvent négligé dans les exercices de styles purs : son scénario. Il est impossible de rester insensible à la puissance des images mais il est tout aussi inimaginable de se laisser emporter par le destin de cette fille aux réactions carrément débiles face aux évènements qu’elle traverse. Un personnage mal écrit peut détruire un film, en particulier quand l’œuvre est tournée toute entière autour d’elle, en voilà la triste démonstration. Dommage, il n’aurait peut-être pas fallu en attendre autant mais ce film est raté.

Une chose est certaine, Miss Bala contient des trésors de mise en scène. Dès la séquence d’introduction le ton est donné, ce sera la fête du plan séquence et rien d’autre. Les plans séquences c’est bien, ça a tendance à faire plaisir aux cinéphiles tout en laissant le spectateur lambda complètement indifférent, sauf que c’est une technique puissante lorsqu’elle est utilisée pour souligner des séquences bien particulières (l’hôpital dans À Toute épreuve, la scène en bagnole dans Les Fils de l’homme…). Quand l’effet est systématique, il perd de sa puissance et nécessite un grand réalisateur aux commandes pour le transcender. De Miss Bala on retiendra trois ou quatre très grosses scènes, superbement construites et à la technique irréprochable. Le seul problème est qu’elles n’apportent absolument rien à ce qui a été fait sur Elephant ou Carancho, pour reprendre les exemples récents les plus impressionnants. Mais tout cela, et le film complet d’ailleurs, est suffisamment bien exécuté pour emporter l’adhésion. Au rayon des réjouissances, l’actrice principale Stephanie Sigman est, en plus d’un régal pour les yeux, une vraie révélation au niveau jeu. Sauf que malheureusement elle hérite d’un personnage aux motivations incompréhensibles.

Écrit n’importe comment, le personnage de Laura cristallise toutes les erreurs d’un scénario grotesque. On cherche à nous faire passer sa réaction comme un syndrome de Stockholm sauf que la thèse est démontée le temps d’un twist ridicule tant il n’en est justement pas un. Cette « révélation », moment charnière, tombe comme un cheveu sur la soupe froide d’une Miss Bala qui ne tient vraiment pas ses (belles) promesses. Avec de telles lacunes dans l’écriture, il est impossible de ressentir la moindre empathie envers la victime qui se plie à toutes les exigences de son bourreau alors qu’elle a toutes les opportunités possibles pour s’échapper. Incompréhensible, le film en devient absurde, n’existant plus que pour sa démonstration technique bien vaine et sa belle actrice assez peu pudique. On attendait un choc, il n’est vraiment pas au rendez-vous.

[box_light]Construit autour d’une succession de plans séquences souvent virtuoses et une actrice au charisme et au charme évidents, Miss Bala déçoit pourtant. Les enjeux dramatiques ne manquent pas mais son scénario bâti autour d’un personnage aux réactions débiles et incompréhensibles finit par l’enfoncer. Ne pas miser sur l’empathie dans un tel exercice est une grossière erreur qui se paye cash. Vite vu, vite oublié, et c’est bien dommage car on pouvait nourrir de beaux espoirs.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Au Mexique, aujourd’hui pays en guerre où domine le crime organisé de la drogue. Laura, une jeune prétendante au titre de Miss Beauté, voit son rêve s’écrouler lorsqu’elle est kidnappée par les membres d’un cartel.