Mirrors (Alexandre Aja, 2008)

de le 20/10/2009
 
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Fils d’Alexandre Arcady, considéré comme membre du « Splat Pack » (nouvelle génération de réalisateurs adeptes de l’ultra-violence), Alexandre Aja est un réalisateur pour lequel j’éprouve la plus haute estime. Haute Tension, en plus d’avoir ouvert la voie à cette nouvelle vague de cinéma de genre à la française, était une petite bombe horrifique malgré un final sujet à discussion et sa version sauvage de la Colline a des Yeux a enterré l’original avec une facilité déconcertante (d’ailleurs Wes Craven va finir par nous faire une dépression tant les remakes de ses films semblent plus efficaces que ses originaux…). En 2 films il a mis tout le monde d’accord et s’est imposé comme une figure incontournable du genre. Stupeur et tremblements donc quand il a annoncé s’attaquer au remake d’un film coréen surfant sur la vague post-Ring, Into the Mirror… un film qui partait d’un concept extraordinaire mais qui se vautrait à cause d’un scénario imbuvable malgré une mise en images superbe. Un film de trouille qui ne fait pas peur c’est jamais très bon… Et si la version d’Aja s’éloigne carrément de celle de Kim Sung-ho, à trop vouloir se différencier il se plante lui-aussi, mais à un autre niveau…

De plus, contrairement à d’autres frenchies exilés à Hollywood, Aja a eu le final cut sur son film (même si c’est produit par la Fox!), ce râtage il en est donc responsable avec son pote Gregory Levasseur. Et pourtant leurs intentions de départ étaient franchement ambitieuses, avec re-écriture complète du scénario et la volonté de livrer un nouveau Shining (dixit la productrice Alexandra Milchan), au final la comparaison n’a pas lieu d’être car c’est vraiment insultant envers le chef d’œuvre de Kubrick! En s’essayant pour la première fois au film de trouille, loin de l’horreur graphique et viscérale de ses précédents films, le réalisateur manque le coche complètement, livrant un film qui n’a pas grand chose d’original, pompe des idées à droite à gauche (pas un défaut en soi sauf que ce n’est pas justifié et c’est le modèle Poltergeist qui en ressort grandi) pour un résultat qui au final non seulement laisse de marbre mais nous laisse surtout la sale impression d’avoir loupé un truc vraiment pas mal…

Ça commençait bien pourtant, avec une intro super efficace qui se termine sur une scène d’auto-égorgement plutôt graphique (et qui rappelle une des scènes de Haute Tension. Sauf qu’ensuite on tombe dans le schéma habituel lancé par Ring, à savoir meurtre/apparitions fantomatiques/enquête, et qui fait suite à une exposition qui cherche clairement à se démarquer de l’original en recherchant l’efficacité mais qui est tout aussi ennuyeuse… Pourtant l’idée de mettre en parallèle cette enquête avec la tentative de reconstruction de la cellule familiale du héros n’est pas mauvaise, mais c’est lourd, et surtout le gros problème c’est qu’on n’est jamais surpris par le récit en ayant toujours une longueur d’avance sur Ben Carson, et ce à la première vision du film… autant dire qu’une seconde n’est même pas envisageable!

L’idée de donner le rôle principal à Kiefer Sutherland n’est pas mauvaise non plus, il peut être très bon acteur. Sauf que ce qu’il nous livre là n’est rien d’autre qu’une resucée de son rôle dans 24h Chrono, en un peu moins badass tout de même… Mais quand il sort son flingue et balance des « damn it! » toutes les 5 minutes, c’est trop! On suit donc l’enquête d’un sous Jack Bauer ex-alcoolique reconverti en gardien et qui va jusqu’à braquer son flingue sur la grand-mère de Dawson reconvertie en bonne sœur pour l’occasion… Aja est suffisamment habile pour torcher quelques plans vraiment géniaux (une sortie de cave mémorable) et nous faire sursauter mais il n’arrive jamais à imprégner le film d’une ambiance vraiment oppressante. Il passe aussi complètement à côté du concept, même s’il tente de placer ses miroirs dans quasiment chaque plan, ils ne sont que trop rarement effrayants…

Le casting des rôles secondaires n’est pas génial non plus. L’excellent Jason Flemyng fait de la figuration, Paula Patton n’apporte rien sauf lors du contest de T-Shirt mouillé et Amy Smart est également transparente… mais paradoxalement c’est elle qui hérite de la meilleure scène du film! D’une gratuité totale on a droit à un meurtre vraiment dégueulasse dans une baignoire, on ne sait pas vraiment pourquoi tout ça mais faut avouer que l’effet est saisissant, mettant bien en valeur les maquillages de ces génies de chez KNB. On n’en dira pas autant de certains effets numériques vraiment foireux (les flammes… que c’est moche!). Le décor somptueux du supermarché de luxe n’est jamais vraiment mis en valeur ou utilisé pour le récit, pourtant avec tous ces mannequins à moitié calcinés il y avait de quoi faire quelque chose d’intéressant!

Mirrors ne passionne jamais, n’effraie que sur quelques secondes (et encore il faut vraiment être réceptif au genre!), ne réussit jamais à créer de véritable mystère autour de ces miroirs (pourtant le potentiel est énorme!)… bref on en vient à se foutre un peu de ce qui se passe à l’écran et à simplement attendre le prochain sursaut ou le prochain effet gore, car sur ce dernier point on ne se fait pas voler. Et Aja vient définitivement enterrer son film lors d’une scène carrément grotesque où il nous ressort le vieux mythe de la nonne zombie… là le film tombe vraiment dans le n’importe quoi et même si la scène est très sympa elle n’est pas à sa place. A vouloir remplacer le lyrisme de l’original par de l’efficacité à tout prix (gros effets sonores surtout), les deux scénaristes sont eux aussi passé à côté de leur film. On retiendra simplement la mise en scène de qualité, car Alexandre Aja possède un vrai talent pour l’image, et quelques scènes réussies, dont un plan final emprunté à l’original mais magnifique, mais dans l’ensemble Mirrors constitue une réelle déception même s’il surpasse Into the Mirror… En espérant retrouver un jour Aja l’insolent qui n’en avait rien à foutre de la morale…

FICHE FILM
 
Synopsis

Un ancien flic, forcé de démissionner de son travail après un accident ayant couté la vie de son associé, travaille à présent comme veilleur de nuit dans un grand magasin brûlé et abandonné. Seuls quelques miroirs ont survécu aux flammes. Il réalise que ceux-ci cachent un horrible secret qui les menace, lui et sa famille.