Minuit à Paris (Woody Allen, 2011)

de le 11/05/2011
 
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Woody Allen a de nouveau rendez-vous avec la Croisette, comme à chaque film, des meilleurs aux plus mauvais. Qu’en est-il du cru 2011, après un cru 2010 mineur (Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu)? Et bien c’est plus ou moins exactement ce que la bande-annonce laissait présager. En bon cinéaste du cliché ambulant, essentiellement quand il parcourt l’Europe, Woody se rêve des vacances dans la ville lumière. Dès les premières secondes il confirme les pires craintes que nous pouvions avoir, celles de retrouver un ramassis d’obscénités clichés telles que celles de Vicky Cristina Barcelona. Heureusement cela ne dure que quelques minutes, le temps d’un générique finalement plein d’auto-dérision où défilent tous les lieux les plus prisés des touristes parisiens. le Moulin rouge, les champs élysées, Montmartre, l’arc de triomphe… tout y passe, comme si Woody passait en quatrième vitesse ses plus belles photos de vacance dans notre capitale. Toutefois, quelque chose d’intéressant et de rassurant se profile quand les images de carte postale s’obscurcissent et que la pluie se met à tomber. Si Paris reste belle, elle nous apparaît plus réaliste. Pour la suite, c’est plutôt original avec un Retour vers le futur nostalgique et dépressif, une évasion mentale d’un artiste dans un Paris fantasmé, mais il n’y a pas de quoi se relever la nuit non plus, on est face à un Woody Allen mineur qui, s’il n’avait pas fait l’ouverture cannoise, n’aurait jamais eu sa place en compétition.

Une fois de plus, Woody parle de Woody. Mais Woody ne joue plus dans ses films donc il s’incarne dans des acteurs qui lui ressemblent un peu. C’est à Owen Wilson de rentrer dans la peau de l’éternel rêveur, et au spectateur de vivre ses fantasmes par procuration. L’originalité du truc? Son fantasme est de vivre à Paris, mais dans les années 20. C’est l’occasion pour Woody Allen d’aborder de front une certaine fantaisie assez réjouissante, en se permettant pas mal d’excès graphiques pour faire revivre une vision forcément bourrée de clichés de ce Paris là. Avec le personnage de Gil on déambule dans des lieux mythiques, on roule dans de vieilles autos, on rencontre des gens habillés très chic, oui c’est le Paris des vieilles cartes postales. Mais c’est un portrait assez touchant qu’il fait de la ville, rappelant sans la moindre finesse à quel point elle fût la ville des artistes de tous bords. Et nous voilà face au propos du film. On se contrefout assez, au final, des errances de Gil et de ses réflexions égoïstes, pour s’intéresser de très près à l’histoire de l’art.

Les plus grand artistes du monde et de l’histoire ont fréquenté Paris, et avec Gil nous allons tous les rencontrer, d’Hemingway à Dali en passant par Fitzgerald. Alors oui, c’est plaisant, amusant, sacrément ludique même, voire parfois hilarant comme la rencontre avec les surréalistes. Sauf que cette leçon d’histoire de l’art ultra simpliste qu’a décidé de nous donner Woody Allen est assez vaine. La sensation de pot pourri, d’overdose de citations et d’apparitions, prend le pas sur tout le reste. Mais heureusement, il se rattrape et par l’humour, très présent, et par la mise en scène, un modèle. C’est que Woody Allen reste un immense directeur d’acteurs et qu’il sait s’entourer. Le casting de Minuit à Paris fait envie, il est incroyable (malgré la présence aussi incompréhensible que lamentable de Carla Bruni, toutefois plus à l’aise que Léa Seydoux…). Et forcément, avec autant de bons acteurs en majorité très bien dirigés, le film est drôle. Parfois même très drôle. Mais très léger, trop léger, et trop lourd à la fois, dans la démonstration.

La métaphore est lourdingue, la morale l’est tout autant, mais Woody sait ravir son public et après tout on ne lui demandait rien de plus qu’un petit film sympathique pour ouvrir les hostilités. C’est le cas, Minuit à Paris est un tout petit film avec beaucoup de beau monde, mais vraiment pas un grand film. Et s’il est aussi sympathique, et qu’il ne tombera peut-être pas dans l’oubli tout de suite, c’est qu’il est merveilleusement exécuté. Woody Allen est un maître de la mise en scène et il nous ressort encore quelques morceaux de bravoure dont il a le secret, dont une poignée de plans séquences du plus bel effet. Mais il doit cette fois énormément à la photographie de Darius Khondji. Trop longtemps absent de son univers, le génie de l’ombre et de la lumière trouve dans les nuits parisiennes une belle occasion de laisser s’exprimer son talent. Il signe une photographie incroyablement belle et qui propulse indéniablement le film. Pour le reste, c’est tout de même sans surprise que Woody s’amuse cruellement avec ses personnages, mais toujours avec beaucoup d’affection.

[box_light]Tout petit film sympathique mais mineur, Minuit à Paris parvient à nous conquérir par son humour ravageur, ses personnages savamment écrits et sa lumière sublime obtenue par un magicien. Mais il n’y a pas de quoi s’emballer car cette relecture de l’histoire de l’art européen par le prisme parisien et par les déambulations d’un pauvre américain perdu en plein fantasme est tout de même un peu vaine. Toutefois, on ne peut qu’éprouver beaucoup de sympathie pour cet essai, à défaut de passion.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Un jeune couple d’américains dont le mariage est prévu à l’automne se rend pour quelques jours à Paris. La magie de la capitale ne tarde pas à opérer, tout particulièrement sur le jeune homme amoureux de la Ville-lumière et qui aspire à une autre vie que la sienne.