Millénium, le film (Niels Arden Oplev, 2009)

de le 26/06/2010
 
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Dernier immense succès littéraire européen, avec des romans vendus à plusieurs millions d’exemplaires, saga policière passionnante à en croire les lecteurs et déjà devenue mythique à cause du décès prématuré de son auteur Stieg Larsson qui n’aura pu profiter de ce succès, la trilogie Millénium ne pouvait pas ne pas passer par la case adaptation cinématographique, à l’image du très surestimé Da Vinci Code (dans sa version papier, la version ciné s’étant attirée les foudres du public et de la critique). Une fois de plus se pose l’éternelle question stérile à propos de la qualité d’adaptation et une fois de plus la réponse est la même: ceux qui ont lu les romans sont forcément déçus, changement de médium oblige (le cinéma impose une esthétique quand la littérature laisse la voie ouverte à l’imaginaire). Il convient donc soit de faire abstraction des romans si possible soit de ne pas les avoir lus, ce qui est souvent un plus dans ces cas-là, l’esprit critique se focalisant uniquement sur le film en lui-même et rien d’autre. De plus ce premier volume prenant la forme d’une véritable enquête policière longue et dense qui n’est autre qu’un ambitieux whodunit venu du froid, connaitre la conclusion à l’avance amoindrit tout le charme de l’ensemble. Et c’est dommage car Millénium, le film possède un énorme pouvoir de séduction voir même de fascination qui permet de faire filer les 2h30 à toute vitesse. Et rien que pour cela, c’est un joli tour de force! Passionnant sans être inoubliable, Millénium remplit parfaitement son contrat et s’avère être un récit construit avec ambition et application pour un résultat de haute volée malgré quelques réserves.

Objectivement il n’y a rien d’extrêmement original ou de jamais vu là-dedans. Pas de quoi crier au génie donc. Mais Millénium bénéficie d’un atout de choix qui le rend supérieur, et de loin, à la plupart des derniers thrillers du genre, un grand scénario superbement écrit. Et mine de rien, ça se fait rare dernièrement des enquêtes policières finement écrites, raison de plus de se laisser happer par celle-ci. Toutefois, tout reste très convenu et cette attirance en devient presque étrange car peut de choses distinguent Millénium d’autres whodunit dans les évènements et retournements de situation à l’écran. Mais en tant que spectateur, on est tellement tenu par la main, tellement accompagné dans le récit, tellement aidé en termes d’explications, qu’on se retrouve avec la sensation paradoxale de lire un roman, ce qui n’est pas vraiment désagréable alors que d’habitude les récits aussi explicatifs deviennent ennuyeux. Ici on se plait à se faire balader dans ces paysages mystérieux et dans cette enquête qui mêle habilement politique, histoire et meurtres bien sur.

On se prend assez rapidement au jeu dans l’enquête de ce journaliste, une enquête où se mêlent manipulation de la presse, dérapages illégaux des dirigeants de multinationales et relents du passé nazi de certains puissants suédois. Au milieu de cet univers dont la principale qualité est sa densité, ce qui le rend passionnant, apparait petit à petit l’œuvre d’un serial killer aux méthodes assez originales. Alors certes on pense aux modèles du genre, Se7en et Zodiac en tête et qui restent largement hors de portée du thriller suédois, mais très honnêtement Millénium se suit avec un certain plaisir car au delà de l’investigation très classique se développent des personnages superbes avec des relations complexes. L’association entre Mikael et Lisbeth qui se met en place pourtant tardivement, et qui met face à face un duo à priori improbable, fonctionne immédiatement sans artifices émotionnels, simplement avec naturel et finesse d’écriture. On s’attache tout de suite à eux, en grande partie grâce au charisme naturel de Lisbeth, aussi repoussante qu’attachante quand elle se découvre.

En créant des personnages torturés qui n’ont aucun mal à engendrer une empathie immédiate qui grandit encore au fur et à mesure qu’on en apprend sur eux, Millénium apporte un sous-texte salvateur à un récit trop académique pour convaincre totalement. Mais pourtant on se laisse emporter dans le jeu à tel point que le dénouement de l’enquête et le côté ludique de l’analyse photo deviennent notre raison de vivre pendant 2h30 (et pourtant 2h30 c’est très long, le format est vraiment casse gueule). Malheureusement un autre point vient troubler les festivités, et il s’agit de la mise en scène. S’il est clair qu’on est devant un vrai film de cinéma tourné avec sérieux et non devant un téléfilm de luxe comme cela a pu être raconté, ça reste là encore très académique, et c’est plutôt surprenant de la part d’un réalisateur nordique. Le cinéma suédois ou danois a pour habitude de proposer des longs métrages extrêmement travaillés au niveau image mais là ça reste très basique, sans véritable personnalité.

Alors on ne peut pas dire que c’est moche mais quand on pense à ce qu’auraient pu nous sortir certains réalisateurs (au hasard Tomas Alfredson) étant donné le matériau de base qui possède tous les éléments pour une grande fresque policière à l’ambiance travaillée, on peut être déçu par le résultat. Tout est très propre et manque de folie, y compris lors de certaines scènes chocs qui auraient vraiment pu gagner en puissance. Heureusement on se console largement avec des acteurs formidables. Michael Nyqvist nous sort une belle partition en journaliste vaincu qui profite de cette nouvelle enquête pour en faire un baroud d’honneur et se racheter une image publique, entre mystère autour de son personnage et fragilité apparente, sa composition ne souffre d’aucun défaut. Mais en face de lui Noomi Rapace livre une prestation juste démentielle. La jeune actrice trouve le ton parfait pour illustrer un personnage rempli de doutes et de troubles qui s’expriment par son look ultra gothique et qui dénote avec ses capacités professionnelles hors du commun. Leur association est la plus belle idée de Millénium, on y croit dès le début. À l’arrivée, après une séquence finale surprenante, on retiendra du film qu’il introduit plutôt bien la saga par un récit ultra efficace à défaut d’être vraiment original. Toutefois, la durée à priori excessive du film passe comme une lettre à la poste, preuve de la réussite narrative qu’il constitue. Mais on se plait à imaginer ce qu’aurait donné cet univers passionnant dans les mains d’un vrai réalisateur avec d’autres ambitions visuelles, ça aurait pu être très grand!

FICHE FILM
 
Synopsis

Mikael Blomkvist est journaliste économique dans le magazine Millenium. Condamné pour diffamation, il décide de prendre de la distance avec sa vie et son métier. Mais Henrik Vanger, grande figure de l'industrie suédoise, fait appel à lui afin d'enquêter sur une disparition non élucidée, celui d'Harriet Vanger, nièce du grand homme et disparue à l'âge de seize ans. Au cours de ses recherches, Blomkvist se rend compte que La famille Vanger semble cacher bien des haines et des secrets. Dans le cadre de son enquête, le journaliste est amené à rencontrer Lisbeth Salander. La jeune femme de vingt-quatre ans possède un don exceptionnel, celui de découvrir des informations introuvables. Tous deux vont être amenés à se croiser dans une enquête qui va révéler beaucoup plus que ce que chacun aurait pu imaginer...