Micmacs à Tire-Larigot (Jean-Pierre Jeunet, 2009)

de le 02/11/2009
 
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Gentiment assassiné par une large majorité de la critique, le dernier Jeunet laisse songeur… ne serait-ce que pour sa tête d’affiche insupportable à l’ego devenu sur-dimensionné. Mais est-ce pour autant cette sorte d’étron nombriliste et insignifiant que certains ont vu? Non pas vraiment. Et bizarrement le seul véritable reproche qu’on puisse lui faire c’est d’avoir sorti un film qui correspond sur tous les points à ce que le public attendait de la part du réalisateur… c’est assez paradoxal comme réflexion mais symptomatique d’un réalisateur qui a épuisé un concept en faisant peut-être le film de trop. Car dans Micmacs à Tire-Larigot il n’y a aucun doute, on se trouve en terrain connu du cinéma made in Jean-Pierre Jeunet, le moindre plan transpire son univers et ses obsessions, mais à part d’être véritablement amateur de son travail (ce qui est mon cas, c’est pourquoi je ne lui tirerai pas dessus à boulets rouges), les spectateurs risquent d’y voir quelqu’un qui refuse de se renouveler et qui tourne un peu en rond.

En même temps ce reproche revient souvent à l’encontre de réalisateurs possédant une véritable identité visuelle, je pense en particulier à Tim Burton, Michael Mann ou Wong Kar Wai qui ont essuyé le même genre de critique (encore une fois à tord à mes yeux) sur leurs derniers travaux. C’est clair qu’un artiste qui n’a aucun style propre n’aura lui aucun problème à se renouveler… Tout ça pour en venir au fait, le dernier Jeunet est un 100% Jeunet. On y retrouve sa signature, une galerie de personnages nombreux et hauts en couleurs, une folie légère planant du début à la fin, des couleurs chatoyantes, une utilisation massive des filtres et du grand angle, une narration chaotique… tous les éléments qui font le charme de son cinéma et qui irritent ses détracteurs, du cinéma hyper populaire français mais mis en oeuvre avec une ambition visuelle toute américaine.

Alors même si sur ce film ces partis pris esthétiques sont un peu moins justifiés, c’est toujours aussi efficace. En gros c’est du cinéma avec de très belles images comme peu savent en composer en France. Donc après le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain et un Long Dimanche de Fiançailles (excellent film que je ne me lasserai jamais de défendre) on se retrouve encore devant un film d’une beauté époustouflante, sauf que la mayonnaise ne prend pas autant… la cause est simple, un scénario bien pauvre et loin d’être aussi universel que les précédents qui se résume à une vague histoire de vengeance mélangée à une version sans abri de l’Agence tout risque… Pourtant Jeunet met tout en oeuvre pour rendre son histoire intéressante mais force est de constater qu’on la suit sans déplaisir mais sans passion non plus…

Donc sans le scénario complexe et passionnant d’un Long Dimanche de Fiançailles et sans la fraîcheur communicative d’Amélie… il faut avouer que le cinéma du Jeunet « new age » (c’est à dire sans Marc Caro) perd pas mal de son charme… Mais cette absurde histoire entraînée par un Dany Boon étonnamment sobre réussit à maintenir un intérêt certain car comme d’habitude chez Jeunet on va y croiser des personnages absolument géniaux. Le réalisateur a ce don pour dresser des portraits originaux en se basant uniquement sur des petites manies qui paraissent insignifiantes mais qui finalement sont les seuls éléments à créer une véritable personnalité. Donc c’est le défilé des acteurs, des gueules de cinéma pour la plupart avec l’inévitable et toujours excellent Dominique Pinon, mais aussi le trop rare Jean-Pierre Marielle

Au rayon de ceux qui ont carrément leur place on trouve Yolande Moreau (qui fait du Yolande Moreau, c’est à dire bourrée), Michel Crémadès qui joue une sorte de savant fou à la force surhumaine, André Dussollier fidèle à lui-même (impeccable donc) et Nicolas Marié échappé de chez Dupontel… ce qui n’est pas vraiment anodin. Par contre si Dany Boon s’en sort très bien, on peut facilement imaginer ce qu’aurait donné Jamel Debbouze dans ce rôle. Il était initialement prévu et même si je le hais en temps que comique (il me fait rarement sourire) je lui trouve un réel talent d’acteur. On peut se demander aussi le pourquoi de la présence de Julie Ferrier dont le minois fait un peu tâche au milieu des autres. Omar Sy est très drôle mais le running gag des expressions française irrite assez vite.

Si je soulignais le nom de Dupontel c’est qu’il y a ici une filiation évidente entre Micmacs à Tire-Larigot et Enfermés Dehors, et pas seulement pour la présence d’un casting interprétant des clochards… En effet Jeunet livre quelques scènes à tendance cartoon qui renvoient forcément à ce film! On passera sur l’auto-citation d’une scène de Delicatessen pas vraiment justifiée.

En fait si on passe un très bon moment devant ce film qui contient quand même beaucoup de scènes très sympas, on sent bien que quelque chose ne tourne pas comme il faut. Pour faire simple, la magie n’opère plus vraiment, on assiste à une suite de scènettes dont les enjeux nous échappent, et même la bande originale est terriblement fade (un comble pour un Jeunet!!). Alors oui si on aime ce cinéma on prend un certain plaisir mais on ressent avec le recul une sorte de frustration car les précédents films de Jeunet nous touchaient et que celui-ci reste désespérément artificiel… en espérant qu’il redresse la barre au prochain car ça reste un très grand metteur en scène.

FICHE FILM
 
Synopsis

Une mine qui explose au coeur du désert marocain et, des années plus tard, une balle perdue qui vient se loger dans son cerveau... Bazil n'a pas beaucoup de chance avec les armes. La première l'a rendu orphelin, la deuxième peut le faire mourir subitement à tout instant. A sa sortie de l'hôpital, Bazil se retrouve à la rue. Par chance, ce doux rêveur, à l'inspiration débordante, est recueilli par une bande de truculents chiffonniers aux aspirations et aux talents aussi divers qu'inattendus, vivant dans une véritable caverne d'Ali-Baba : Remington, Calculette, Fracasse, Placard, la Môme Caoutchouc, Petit Pierre et Tambouille. Un jour, en passant devant deux bâtiments imposants, Bazil reconnaît le sigle des deux fabricants d'armes qui ont causé ses malheurs. Aidé par sa bande d'hurluberlus, il décide de se venger. Seuls contre tous, petits malins contre grands industriels cyniques, nos chiffonniers rejouent, avec une imagination et une fantaisie dignes de Bibi Fricotin et de Buster Keaton, le combat de David et Goliath...