Mesrine : l’instinct de Mort (Jean-François Richet, 2008)

de le 04/07/2009
 
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Le biopic est à la mode depuis quelques temps, le succès incroyable de la Môme d’Olivier Dahan y est sans doute pour beaucoup… sauf que le biopic est un genre qui peut être soit passionnant soit très chiant! L’idée de faire un film sur le plus grand gangster français du XXème siècle traîne depuis de nombreuses années, il y a d’ailleurs eu une première tentative en 1983 avec Nicolas Silberg sauf que quand un des producteurs les plus mégalos de l’hexagone, Thomas langmann le fils de Claude Berri, se met dans la tête de mener à bien une vraie grosse adaptation de la vie de Mesrine, avec comme base le livre au titre éponyme qui l’a retourné. En résulte un biopic en deux parties d’une ambition démesurée dans le cinéma français, un film qui regroupe devant et derrière la caméra presque tout ce qui se fait de mieux aujourd’hui dans l’industrie pour un résultat passionnant et légèrement bancal.

Tout d’abord c’est une excellente idée d’avoir scindé le film en deux parties, cela permet d’avoir plus de détails et d’éviter le recours à des flashbacks qui auraient ruiné le rythme d’un film trop long. D’autant plus que cette première partie s’intéresse à une partie de la vie de Jacques Mesrine plutôt inconnue du grand public. Autre bon point, ouvrir le film sur ce qui vraisemblablement devrait clôturer le second, à savoir cette exécution froide par la police qui a transformé Paris en une zone du far west tant elle ressemble à une mise à mort programmée plus qu’à une arrestation qui a mal tourné. Avec Richet aux commandes on pouvait craindre un plaidoyer anti flics car le bonhomme est un réalisateur engagé qui ne mâche pas ses mots (Ma 6-T va Crack-er y allait fort et frontalement), mais à priori son expérience aux USA sur le remake d’Assaut l’a un peu calmé, finie la provoc pour le moment et place au vrai cinéma car c’est bien de ça qu’il s’agit.

Richet se pose sur ce film en digne héritier d’une tradition de cinéma français de la grande époque, les années 60 et 70. On pense beaucoup à Verneuil pour l’ambiance. En fait il rejoint grâce à ce film le seul autre réalisateur vraiment désireux de perpétrer cette tradition oubliée, Olivier Marchal. Sur le plan formel c’est une grande réussite, alternant mouvements posés pour les scènes intimistes et beaucoup plus énervés sur les séquences d’action sans tomber dans le démonstratif comme il avait pu le faire sur Assaut sur le central 13. C’est juste super classe, épousant à la perfection le destin de son personnage principal. Même s’il rate quelques scènes importantes comme l’évasion du QHS qui manque sérieusement de tension…

Pour le reste il assure, en particulier lors des braquages, des exécutions et d’une fusillade finale qui tient toutes ses promesses. Mais plus surprenant il ne démérite pas non plus par exemple lors d’une escapade en Espagne, seul vrai moment de détente du film… ou lors de sa sortie de prison et qu’il décide de se ranger pour de bon… La bonne idée de Richet et de ne jamais prendre vraiment parti, le spectateur est seul juge des actions de Mesrine, avec tous les éléments en main (son ambition, sa façon de traiter les femmes, son code d’honneur bien personnel…). Il nous parait parfois sympathique, parfois horrible… c’est l’apanage d’un personnage passionnant. Et pour rendre ça possible il fallait un acteur formidable, on a ici un grand Vincent Cassel, un très grand!

Il donne tout ce qu’il peut pour donner vie au gangster et signe peut-être sa plus grande prestation à ce jour. Il impose sa présence magnétique à chaque scène et domine tout le reste du casting (pourtant c’est du quatre étoiles!) de la tête et des épaules. Le seul à être vraiment à la hauteur est Gérard Depardieu qu’on avait plus vu aussi bon depuis des années (depuis 36 quai des orfèvres pour être précis) et qui incarne son père spirituel et de remplacement puisqu’il méprise ses parents qui représentent tout le contraire de ses valeurs à lui. Le reste du casting va du simple clin d’oeil à de belles performances. Dommage pour Cécile de France qui passe un peu à côté de son rôle, par contre Elena Anaya est superbe et Roy Dupuis est carrément impressionnant en frère de sang canadien!!

Brillamment construit par des ellipses toujours bien senties (on traverse deux décennies tout de même), avec un réel sens de la mise en scène et du montage, L’instinct de Mort est une réussite qui ne cherche ni à glorifier ni à descendre cette légende du banditisme. Tout y est juste (cette intro en Algérie est une merveille et nous dévoile à peu près toute l’ambiguïté de ce personnage insaisissable en quelques minutes), sauf la toute fin qui tombe un peu à plat. A voir si la suite tient autant la route…

FICHE FILM
 
Synopsis

Des années 60 à Paris au début des années 70 au Canada, le parcours criminel hors norme d'un petit voyou de Clichy nommé Jacques Mesrine.