Mesrine : l’ennemi public n°1 (Jean-François Richet, 2008)

de le 27/07/2009
 
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Projet définitivement fascinant, le diptyque Mesrine commençait de la plus belle manière avec L’Instinct de Mort, mise en place passionnante du criminel français le plus emblématique et mégalomane que notre pays ait connu au XXème siècle. On pouvait se demander pourquoi en faire deux films… la réponse saute immédiatement aux yeux à la vision du second film, les deux parties sont aussi différentes qu’intimement liées, l’une ne peut finalement pas fonctionner complètement sans l’autre, le tout formant un des plus beaux portraits de gangster qu’on ait pu voir au cinéma. Si ce n’est pas le plus beau en terme de mise en scène, au niveau caractérisation du personnage et de sa personnalité hyper complexe, on a rarement vu mieux! Avec le passage dans les années 70, l’homme a changé, la France aussi… et la police également.

Dès la scène d’ouverture on voit bien qu’il n’est plus le même, que son image lui importe plus que ses convictions… son code d’honneur qu’il défendait tant semble s’être évanoui. Du coup on ressent beaucoup moins de sympathie pour lui, le seul moment où il semble humain et sincère c’est quand il va voir son père mourant… Le reste du temps c’est un loup traqué, résigné et qui décide d’aller vers une mort certaine avec le plus de panache possible, en se souciant seulement de ce que les médias diront de lui. Il faut cette scène hallucinante, une crise de jalousie quand le général Pinochet se retrouve en première page du journal, lui volant sa place… dévoilant que sous ses airs de beau parleur l’homme n’avait aucune culture et ne se souciait que de sa petite personne.

L’Ennemi Public n°1 laisse de côté le spectaculaire du premier épisode qu’on retrouve surtout ici lors de deux évasions (dont celle de la Santé en 1978), la violence et l’action sont concentrées non pas dans ses actes mais dans le personnage lui-même. De plus en plus torturé, perdant de plus en plus le contrôle… c’est bien le portrait d’un homme perdu mais qui tente par tous les moyens de conserver son image publique. Vincent Cassel assure une nouvelle fois avec une prestation dans laquelle il surjoue au maximum, chose nécessaire au rôle qui lui-même surjoue en permanence. Lui qui était en Algérie sous De Gaulle se rapproche même des groupes d’extrême gauche, radicalisant ses idées quand il se rend compte que braquer des banques ne nuit finalement pas tant que ça au système… sa croisade contres les QHS prend aussi des proportions démesurées, tout comme cet enlèvement qu’il perpétue, sa victime lui ouvrant les yeux en lui lançant sèchement qu’il n’a rien d’un révolutionnaire mais qu’il est un banal gangster…

La scission qui s’opère chez lui est assez impressionnante, sa transformation physique faisant écho à une forme d’innocence qu’il perd définitivement en faisant le deuil de cette vie « normale » qu’il ne pourra jamais avoir.

Il tombe donc dans tous les excès possibles pour ce qui ressemble à une sorte de requiem, un chemin de croix qui donne tout son sens à cette affiche christique décriée lors de la sortie du film. Mesrine était une icône, il a brûlé la vie par les deux bouts et s’est fait descendre froidement par des flics qui se sont crus revenus à l’époque du far west… sous les ordres d’un autre personnage haut en couleurs, le seul qui comprenne le criminel car s’il est de l’autre côté de la barrière il lui ressemble en tout, le commissaire Broussard, chef de l’antigang français et adepte de l’arrogance médiatique.

On croise une fois de plus de beaux acteurs dans des rôles excellents mais écrasés par la prestance de Cassel. Ainsi on retrouve Samuel Le Bihan plein de bonhomie, Ludivine Sagnier en potiche de service (et qui pour ne pas perdre les bonnes habitudes se retrouve une fois de plus à poil), Gérard Lanvin qui force beaucoup trop son accent du sud pour être crédible et un Mathieu Amalric comme toujours impeccable. Tous finiront par le laisser tomber d’une certaine façon, car incapables de suivre ses délires mégalomanes.

Magnifique chant du cygne d’une ordure aimée du public, véritable manipulateur qui aura été très loin dans la provocation, l’ennemi public n°1 gagne en profondeur ce qu’il perd en extravagance par rapport au premier épisode. C’est toujours très beau même si moins tape à l’oeil, avec une tension dramatique efficace jusqu’à un final magnifique, porté par la belle musique nostalgique des 70’s de Marco Beltrami… C’est tout de même un des essentiels du cinéma français, aucun doute là-dessus, et c’est la plus belle performance de Vincent Cassel, qui est vraiment hallucinant.

FICHE FILM
 
Synopsis

Les spectaculaires actions criminelles de Jacques Mesrine que les médias introniseront "Ennemi public n°1" et que toutes les polices de France traqueront sans répit jusqu'à sa mort.