Mensonges d’état (Ridley Scott, 2008)

de le 24/04/2009
 
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Parfois devant un film on se sent en décalage complet avec la critique… Le dernier de l’aîné des Scott a été à peu près unanimement conspué par la critique, certains ont même osé dire que c’était sa première faute de parcours (mais ont-ils vu G.I. Jane ou une Bonne Année??), dans tous les cas ils y ont vu un film râté, inintéressant, facile et feignant… A la vision de l’oeuvre je me demande si j’ai bien vu le même film!

C’est vrai que depuis presque toujours Ridley Scott alterne les très grands films et les films mineurs, parfois même mauvais. Son précédent American Gangster était superbe, une saga mafieuse comme on n’en fait plus, réalisée avec classe et portée par un casting exceptionnel. Mensonges d’état s’intéresse à un sujet tout autre, un sujet plutôt casse-gueule d’ailleurs (la guerre contre le terrorisme islamiste), le genre de thème plus proche du cinéma de son frère, c’est sans doute ce qui a desservi le film car Tony Scott en aurait fait un thriller d’espionnage et d’action… et ce n’est pas le cas ici.

Il n’y a pourtant aucun doute, on est bien devant un film de Ridley Scott! On retrouve la même classe dans la mise en scène que dans son film précédent, lors des rares passages d’action on retrouve la nervosité de la Chute du Faucon Noir… c’est superbement réalisé, le décalage entre les images au moyen-orient et sur le sol américain montre un fort contraste, et les décors montés au Maroc sont hyper crédibles. La déception des spectateurs vient sans doute du fait qu’ils attendaient un autre film! La lutte contre le terrorisme mise en avant ne constitue finalement qu’une toile de fond pour une intrigue un peu politique mais surtout humaine.

La faute aussi à un titre français qui veut se la jouer provoc mais qui du coup fait disparaitre le jeu de mots du titre original… Le personnage de Russel Crowe appelle pendant tout le film, jusqu’à la dernière scène, celui de Di Caprio « Buddy » (pote). C’est bien une histoire de relations entre les protagonistes, une histoire d’amitié, de confiance, de mensonges et de trahisons. Certes on n’évite pas les clichés, de l’Amérique toute puissante et dépendante de sa technologie au monde arabe fanatique mais quelque part plus humain. Et quand on entend que Scott n’a pris aucun risque… La plus grosse ordure du film c’est quand même Crowe, chef d’opérations de la CIA!! Son travail est basé sur le mensonge, il n’a aucune considération pour la vie humaine si elle ne sert pas les intérêts américains… bref un beau salaud planqué derrière son téléphone!!

Russel Crowe incarne ce personnage bedonnant à la  perfection, par moments on retrouve un peu de ce qui reste toujours son meilleur rôle, dans Révélations de Michael Mann. En face de lui Di Caprio confirme une fois de plus (après Blood Diamond, les Infiltrés…) qu’il est devenu un très grand acteur, matûre. Son personnage d’agent sur le terrain contraste à merveille avec celui de son supérieur. Il est beaucoup plus humain car il voit réellement ce qu’il se passe, il est en contact avec la population et on sent bien que son métier (utiliser les gens pour servir son gouvernement) lui pèse sérieusement car il a toujours son honneur. De plus on voit bien à quel poitn son travail l’a éloigné des considérations de son pays et de sa famille.

Sa relation avec le chef des services secrets jordaniens, interprété par un Mark Strong impérial (franchement cet acteur anglais il a vraiment une présence qui en impose!), qui sera fondée sur une confiance fraternelle, est d’ailleurs très importante.

Alors oui on peut dire que le scénario est facile et qu’il aurait pu laisser plus de place à l’action, se la jouer plus provoquant et critique, mais ça aurait finalement été tout ce qu’on attendait et ça n’aurait pas été si intéressant. Car là, en plus de belles images et de très grands acteurs, on ne s’ennuie pas (ce n’est pas long et complexe comme Syriana). On n’est pas forcément passionné non plus mais ça fonctionne, on reste dans du divertissement de qualité, et qui s’intéresse donc plus aux personnages qu’à ce qui les entoure. Film majeur de Scott? Certainement pas, mais bon film quand même!

FICHE FILM
 
Synopsis

Ancien journaliste blessé pendant la guerre en Irak, Roger Ferris est recruté par la CIA pour traquer un terroriste basé en Jordanie. Afin d'infiltrer son réseau, Ferris devra s'assurer le soutien du très roué vétéran de la CIA Ed Hoffman et du chef des renseignements jordaniens, peut-être trop serviable pour être honnête. Bien que ces deux là soient censés être ses alliés, Ferris s'interroge : jusqu'où peut-il leur faire confiance sans mettre toute son opération - et sa vie - en danger ?