Men in Black 3 (Barry Sonnenfeld, 2012)

de le 17/06/2012
 
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Au rayon des projets au développement chaotique, Men in Black 3 peut se targuer du statut de miraculé tant le film a failli ne jamais voir le jour. Envisagé dès 2005 soit quelques années seulement après le catastrophique deuxième épisode, confié le temps d’une rumeur à Michael Bay, le projet se lance concrètement en 2009 avec l’écriture du script confiée au surdoué Etan Cohen (Tonnerre sous les tropiques mais surtout Idiocracy). Pourtant, après le début du tournage, ce fameux script passe entre de nombreuses mains pour réécriture, dont celles de David Koepp et Jeff Nathanson, scénaristes « maison » de chez Sony et Amblin, de quoi aboutir sur une bouillie narrative indigeste quand les auteurs se multiplient ainsi pour remanier un récit. Et d’autant plus quand le scénario en question est enclin à traiter de voyage dans le temps, de paradoxe temporel, le sujet le plus casse-gueule qui soit au cinéma, nécessitant une rigueur de chaque instant pour ne pas mettre en lumière des incohérences toujours gênantes.la saga Men in Black emboîte donc le pas à celles de Retour vers le futur et Terminator pour créer une boucle temporelle propre et logique. Et ô surprise ! Ça fonctionne, Men in Black 3 est un des blockbusters les plus réjouissants de l’année en cours.

Concrètement, Men in Black 3 est de loin ce que Barry Sonnenfeld a fait de mieux depuis le premier Men in Black sorti en 1997. L’ancien directeur de la photographie des frères Coen, sur leurs trois premiers films (Sang pour sang, Arizona Junior et Miller’s Crossing) efface ainsi d’un revers de la main une quinzaine d’années de traversée du désert un peu triste à la vue des films réalisés pendant cette période. Dès l’ouverture complètement folle le film se laisse aller à une totale liberté de ton doublée d’une application impressionnante en terme de narration, qui placent le film dans la droite lignée du premier épisode. Men in Black 3 n’a plus rien d’une parodie au second degré mais joue au contraire d’un premier degré assumé qui va de pair avec cette exploration d’un univers parallèle complexe obéissant à ses propres règles. Un véritable film fantastique en quelque sorte, qui plutôt que de jouer sur la multiplication d’un bestiaire déjà foisonnant se concentre sur son aventure temporelle aux enjeux assez inattendus. En effet, au delà du postulat de sauver la planète, presque « commun » pour un tel film, on voit émerger à travers l’esprit Amblin une construction typiquement 90’s autour de l’enfance et de la relation père/fils. Chez Spielberg et Amblin, ce sont toujours des enfants qui s’imposent sur les adultes, leur apportant des solutions intimement liées à leur imaginaire pour régler un problème extraordinaire. Dans Men in Black 3, l’enfant se trouve dans le corps d’adulte de Will Smith, personnage élastique et malléable à souhait qu’il propulse à travers l’espace et le temps au secours de l’humanité. La relation père/fils (de substitution) déjà très présente au centre de Men in Black premier du nom prend ici une toute autre dimension, le fils allant à la rencontre du père jeune, renouant avec la thématique principale de Retour vers le futur concernant l’application de l’effet papillon au voyage dans le temps. Et il faut bien avouer qu’en plus d’être d’une efficacité redoutable, avec nombre de séquences franchement réjouissantes, voire carrément impressionnantes, l’ensemble s’avère également d’une émotion à fleur de peau qui explose dans un final vraiment bien senti. Malin dans l’entertainment pur autant que dans l’émotion universelle, elle est là la force de Men in Black 3, surprenante réussite qui renoue avec un état d’esprit des années 90 que Barry Sonnenfeld avait quelque peu laissé au placard.

Film pop à plus d’un titre, qui propose intelligemment une plongée dans une réalité historique pour mieux l’atomiser, mis en scène avec panache et style, avec une amplitude de mouvement et une vitesse dignes d’un cartoon, Men in Black 3 est un spectacle souvent ébouriffant, un pur film pop-corn qui n’oublie jamais l’essentiel : divertir le spectateur sans le prendre pour un abruti. Les idées complètement dingues se multiplient à l’écran pour habilement masquer un scénario massacré par les retouches apportées successivement, avec en tête ce personnage incroyable capable de voir plusieurs dimensions et probabilités de réalités en même temps, facilité de script qui devient un élément essentiel de cette renaissance pour le réalisateur. Toujours aussi adepte des travellings hystériques, il trouve en pleine génération 3D une nouvelle façon de s’exprimer par la mise en scène, semblant à chaque seconde pensée pour le relief. Men in Black est un film qui enfile les morceaux de bravoure de façon franchement communicative, et de ce qui aurait dû ressembler à un récit plein de trous s’élève une trame finalement solide, sauvée in extremis par des trouvailles géniales. De plus, plutôt que de faire dans la redite, Men in Black 3 préfère approcher une véritable évolution de ses personnages qu’il traite avec respect et sincérité plutôt que de les exploiter bêtement. Porté par une bande son presque expérimentale d’un Danny Elfman débridé et ponctué de scènes incroyables (la longue séquence de Cap Canaveral, la course poursuite en moto du futur (mais du passé), un gunfight dans un restaurant et surtout LA scène de voyage dans le temps tout simplement délirante), avec un casting au top, de Will Smith visiblement inspiré à Josh Brolin qui campe un Tommy Lee Jones jeune plus vrai que nature, Men in Black 3 est tout simplement un divertissement haut de gamme aux qualités carrément inattendues. Ou quand un projet strictement lucratif s’élève par de vrais apports créatifs. Amblin is not dead.

FICHE FILM
 
Synopsis

En quinze ans de carrière chez les Men in Black, l’agent J a vu beaucoup de phénomènes inexplicables… Mais rien, pas même le plus étrange des aliens, ne le laisse aussi perplexe que son partenaire, le sarcastique K. Lorsque la vie de K et le destin de la Terre sont menacés, l’agent J décide de remonter le temps pour remettre les choses en ordre. Il va alors découvrir qu’il existe certains secrets de l’univers que K ne lui a jamais révélés. Il est cette fois obligé de faire équipe avec l’agent K, plus jeune, pour sauver la vie de son partenaire, l’agence, et l’avenir même de l’humanité…