Melancholia (Lars Von Trier, 2011)

de le 19/05/2011
 
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Lars Von Trier va mieux! La thérapie Antichrist, un de ses plus grands chefs d’oeuvres, a semble-t-il plutôt bien fonctionné, le danois est apaisé. Et cela se ressent clairement dans son cinéma beaucoup moins noir. Melancholia, encore un titre magnifique, est autant une suite directe du précédent que sa variation lumineuse. « Chaos reign » disait le renard, annonçant l’apocalypse à venir, la fin du monde selon Lars Von Trier. Première chose essentielle, LVT a définitivement renoncé aux préceptes du dogme et refait enfin du cinéma. Deuxième constat évident, il est entré dans une nouvelle ère artistique et affirme une style de mise en scène des plus sophistiqués, surtout si on le compare à l’épure extrême ayant abouti au Direktor par exemple. Avec Melancholia c’est l’affirmation qu’il règne sans partage sur le cinéma européen, qu’il est capable de marquer à vie le spectateur sans effet choc, simplement par la puissance visuelle et symbolique de son cinéma. Melancholia est un film d’une richesse incroyable qui se prêtera, tel Antichrist, bien volontiers à l’analyse, et dévoilera des trésors. Mais c’est aussi, et peut-être surtout, la plus belle illustration de la fin du monde au cinéma, entre naturalisme et mystique, et une évocation féministe fascinante.

LVT reprend une construction connue et approuvée. Melancholia commence sur une véritable ouverture plus qu’une introduction. Dix minutes de tableaux d’une beauté picturale stupéfiante pour autant de symboles de fin du monde. Il utilise pour l’occasion cet exceptionnel hyper-ralenti vu dans certaines séquences d’Antichrist, donnant cette impression incroyable de toiles mouvantes plus que de plans de cinéma. Cette ouverture, portée par la musique magique de Wagner, est un des plus beaux moments de cinéma depuis bien longtemps, et nous happe instantanément, comme une séance d’hypnose, pour ne plus nous lâcher. Car une fois passée cette séquence magistrale, Melancholia change de gueule. Monté en deux longs chapitres, deux parties bien distinctes, Justine et Claire, la mélancolique et la terre à terre, celle vidée de tout et celle remplie d’attaches. Dans chaque partie elle vont s’effondrer chacune leur tour, inexorablement. Melancholia c’est la victoire du chaos, c’est la fin du monde, c’est un discours cosmique, mais c’est un vrai film romantique et féministe.

Cet étrange mariage dans un monde aristocratique, dans un château presque irréel, en appelle à Festen pour mieux s’en démarquer. La fête, l’amour, la joie, tout se brise car Justine manque de vie. La célébration sombre dans la noirceur, au fur et à mesure que les secrets éclatent, que les langues se délient, que l’alcool désinhibe le désir, Melancholia sombre tout en restant un film lumineux. Une lumière qui ne cédera jamais face aux ténèbres, mais prendra des tons mystiques au fur et à mesure que s’approche la planète menaçante. Melancholia c’est un opéra apocalyptique, la plus belle des fins du monde par un des plus grands formalistes et chercheur de cinéma de notre époque. La mélancolie elle inonde littéralement tout le film, noie les personnages toujours un peu plus dans une perspective des plus noires, le vrai « no future ». Quelque part, Melancholia est une sorte de film punk échappant à toutes les règles, un film de libertin qui se permet absolument tout et le fait avec le génie qui est le sien. Propulsé par un pur romantisme qui s’exprime autant par la mise en scène que par les personnages, ce nouveau chef d’oeuvre absolu de Lars Von Trier n’a pas fini de révéler ses secrets. Que ce soit dans sa vision d’un couple face au modèle qu’il risque de devenir, par les diverses projections qu’il dévoile, par cette relation incroyablement naturelle, d’amour et de haine, entre deux soeurs, il invite à un grand voyage tout simplement inoubliable.

Après un duo sur le film précédent, il convoque cette fois toute une bande d’acteurs et confirme qu’il est un des rares à pouvoir autant les maîtriser. Mais bien entendu, c’est Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg qui sont à la fête. La première retrouve LE type de rôle qui lui convient le mieux, les mélancoliques, la seconde ne fait que confirmer son immense talent d’actrice. Leur opposition d’amour/haine s’avère rapidement passionnante mais c’est dans cette étrange manipulation pour sortir Justine de sa dépression (ou presque, on sent que LVT s’est identifié à elle) qu’on se passionne. Car la démonstration de l’impossibilité d’un bonheur obligatoire et forcé est édifiante. Du point de vue thématique, Melancholia n’a pas encore livré tous ses secrets et méritera de nombreuses visions. Il en est de même sur la plan visuel, car comme souvent LVT s’inspire plus de la peinture que du cinéma, et Melancholia regorge de citations plus ou moins obscures mais aboutissant sur des images stupéfiantes. À ce titre, si l’introduction est une des plus belles choses de cinéma de l’année, le plan final est juste un choc esthétique d’une puissance incomparable. Un très très grand film.

2 ans après Antichrist, Lars Von Trier livre un nouveau chef d’oeuvre. Autant une suite qu’une variation du film précédent. Une autre vision, féministe et lumineuse. La fin du monde chez le danois est l’occasion d’exprimer toutes ses peurs et obsessions. Le résultat est un film colossal, d’une richesse incroyable. Un choc formel et narratif qui prend aux tripes et aux images entêtantes au possible.

FICHE FILM
 
Synopsis

À l'occasion de leur mariage, Justine et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de la soeur de Justine et de son beau-frère. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre...