Medicine Man (John McTiernan, 1992)

de le 02/11/2011
 
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Quand il met en scène Medicine Man en 1992, John McTiernan sort de sa trilogie de l’excellence, achevée avec l’incroyable À la poursuite d’octobre Rouge. Et avant d’entamer la seconde, qui aura pour thématique assez claire le héros face aux conventions du genre l’amenant sur sa dernière trilogie, celle assez cynique de la manipulation et de la déformation du regard par le cinéma, il se permet une sorte de récréation qu’il peut être difficile d’inclure dans l’oeuvre globale. Produit par Sean Connery lui-même, sans doute satisfait par le travail effectué par John McTiernan sur A la poursuite d’ocobre Rouge, Medecine Man permet au réalisateur de revenir dans la jungle de Predator quelques années plus tard, chose qu’il refera bien plus tard avec le mal-aimé Basic. L’arrivée de Lorraine Bracco dans la jungle et le mouvement qui l’accompagne, tantôt caméra à l’épaule, tantôt avec des mouvements de grue verticaux, renvoie d’ailleurs à la première partie de predator. En quelque minutes apparaît une sorte de colonel Kurtz hippie, Sean Connery affublé d’une queue de cheval empruntée à Jerry Goldsmith. Le scénario signé Tom Schulman, auteur quelques années plus tôt du cultissime Cercle des poètes disparus, permet une nouvelle fois à McTiernan de mélanger les genres. Ainsi cette expédition dans la jungle, avec une vraie présence féminine cette fois, forte qui plus est, prend des airs de screwball comedy avec ce couple improbable (et qui n’en est pas un) qui se renvoie en permanence des vannes à la figures. On retrouve d’ailleurs McT très à l’aise pour filmer des séquences dialoguées, auxquelles il imprime ici un rythme en accord avec les répliques assassines envoyées de toutes parts. Mais Medicine Man c’est également un film d’aventure. Sur ce point il peut manquer un peu d’ampleur mais il contient quantité d’éléments classiques des grands récits d’aventure. Ainsi on y retrouve le chaman, l’indigène, l’héroïne et les sidekicks comiques, le tout dans une forêt brésilienne (ou plutôt mexicaine en réalité) superbement mise en valeur. Les bois, McT connait et il pousse encore plus loin sa virtuosité absolue quand il s’agit de développer du mouvement entre les arbres, dans un environnement difficile.

On a ainsi droit à quelques tours de force comme un travelling dingue qui nous met KO immédiatement mais surtout des morceaux de bravoure absolument incroyables lors de la séquence de tyrolienne. Lors de cette séquence se déroulant au sommet des arbres, il use de sa grue d’une façon qui force l’admiration, accompagnant ses personnages dans des mouvements complexes dont on peine à imaginer le casse-tête logistique. Parmi les sommets de cette longue séquence, signalons un sublime panoramique à la cime d’un arbre immense qui s’apparente à celui utilisé par Steven Spielberg dans Jurassic Park afin de dévoiler l’immensité du paysage aux alentours. Le soucis est que tout cela paraît un peu gratuit parfois et Medicine Man s’avère être un vrai film mineur, une transition gentillette qui n’a pas grand chose d’immense à raconter. Bien sur on sent les figures classiques derrière et on retrouve d’innombrables éléments épars absolument passionnants, mais il manque quelque chose. Un véritable propos général. On sent bien le message écologique, qui semble d’ailleurs annoncer quelques séquences d’Avatar (la destruction de la forêt et la possibilité d’extinction d’une tribu, preuve que ces films là sont bien issus des mythes anciens au moins en partie) et l’idée que le remède pour soigner le cancer, le mal absolu de notre temps, soit contenu dans une fourmi, soit l’animal le plus répandu sur Terre, est une idée de génie. Mais John McTiernan semble presque plus intéressé par la romance possible qui se dessine entre ses personnages ou le drame passé qui plonge le docteur dans un état de dépression constant. C’est dommage car il avait pourtant de la matière pour faire un très grand film. Toutefois, cela ne l’empêche pas de parcourir à nouveau ses thèmes chéris, de l’adaptation en terrain hostile au langage, mais là encore il reste plutôt en surface, renforçant l’impression d’un film pas très important.

C’est assez clairement une oeuvre très mineure, qui se tient essentiellement par la présence d’un génie derrière la caméra – et sur ce point il assure comme dans ses plus beaux moments – et d’un acteur doté d’un charisme ne faiblissant jamais en face de la caméra. Sean Connery est superbe dans ce rôle complexe et finalement assez noir. Par contre, à ses côtés c’est un peu la catastrophe, Lorraine Bracco n’ayant pas volé son Razzie Award. Dans l’émotion ou dans l’hystérie elle en fait toujours trop, construisant un personnage auquel il est difficile de s’attacher et pour lequel on ne ressent rien. Le summum du n’importe quoi étant atteint lors de la séquence sous psychotrope, un grand moment de jeu d’acteur catastrophique qui n’apporte rien à l’histoire. Du bon donc, mais aussi du beaucoup moins bon dans ce méconnu Medicine Man. Alors certes ce n’est pas une priorité pour appréhender l’oeuvre de John McTiernan mais il s’agit d’un film assez singulier qui mérite le coups d’oeil, notamment par quelques pistes de réflexions qu’il ouvre délicatement, et pour tous les amateurs de ce cinéaste hors du commun. Et aussi pour les amoureux du travail de Jerry Goldsmith qui livre une partition extraordinaire.

FICHE FILM
 
Synopsis

Le docteur Rae Crane est envoyée par une société pharmaceutique au coeur de la forêt amazonienne à la recherche du scientifique Robert Campbell qui prétend avoir trouvé dans les arbres de la forêt vierge une substance capable de guérir le cancer. Mais la construction d'une route au coeur de la forêt menace l'équilibre écologique et par la même occasion le produit miracle que n'arrive plus à reconstituer le docteur Campbell.