Max et les Maximonstres (Spike Jonze, 2009)

de le 14/02/2010
 
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Encore un qui revient de loin! Le dernier bijou de ce surdoué de Spike Jonze n’a failli jamais voir le jour. Projections tests désastreuses avec la Warner qui voulait carrément retourner le film dans sa totalité, pétition sur internet, remontage pour atténuer la noirceur général, ce film est un miraculé qui s’en sort bien mieux que tous les grands films malades (au hasard le 13ème Guerrier ou Pathfinder qui n’ont rien à voir mais qui eux ont plus que souffert des remontages). On pouvait donc craindre un truc édulcoré, calibré pour plaire à nos chères têtes blondes, un de ces innombrables films tous publics qui n’ont pas grand intérêt. Et bien non absolument pas, Max et les Maximonstres, malgré son titre français moche et ringard, est une petite merveille. Libéré de la géniale mais étouffante présence du scénariste Charlie Kaufman avec qui il avait travaillé sur ses deux précédents films, Dans la Peau de John Malkovitch et Adaptation, Spike Jonze livre une adaptation brillante du livre pour enfants éponyme de Maurice Sendak. Brillante car inattendue, il en fallait du talent pour étendre un récit qui tient sur une quarantaine de pages en un film d’1h40! Et à vrai dire malgré tout le talent qu’avait montré Jonze sur ses films, on pouvait se demander s’il était le réalisateur rêvé pour cette histoire, enfantine certes mais proche de la psychanalyse car abolissant le tabou de la cruauté chez l’enfant. Cela dit ces doutes n’avaient pas lieu d’être pour quiconque avait suivi la carrière du réalisateur de clips parfois très cruels.

Le projet s’est étendu sur près de cinq ans (premier tour de manivelle en 2005), la sortie a été programmé le même jour qu’Avatar, ou comment ne laisser aucune chance à ce film… mais voilà, il existe, il est sorti, et c’est juste un des meilleurs films de l’an dernier, rien que ça! Max et les Maximonstres est un film d’enfants pour adultes, car sous ses airs de gentille petite histoire se cache quelque chose de très profond qu’un gamin ne pourra jamais saisir c’est une évidence. Dans les grandes lignes Spike Jonze nous raconte la même chose que Maurice Sendak, à savoir la fuite d’un enfant indiscipliné dans son imaginaire après avoir provoqué la grosse colère de sa mère. Le traitement diffère grandement, changement de support oblige. Cette fuite est en fait un voyage initiatique du jeune Max, légèrement perturbé, et qui ne comprend pas le monde des adultes. Un enfant égoïste, sujet à de sérieux troubles du comportement, et cruel. Pour une fois qu’on ne nous montre pas un enfant comme un ange ou comme un démon surréaliste, on applaudit des deux mains! Et si le film ne parlera pas aux enfants c’est justement qu’il s’agit d’un film sur l’enfance et ses drames, qu’on ne comprend qu’une fois passée cette étape.

Il nous montre les méfaits de l’absence du père, cette sensation terrible de toujours sembler manquer d’attention, cette incompréhension totale vis-à-vis du monde qui nous entoure et des préoccupations lointaine des adultes (c’est vrai après tout en quoi un rendez-vous galant pour espérer refaire sa vie serait plus important que de s’échapper d’une coulée de lave dans la chambre de son fils?). Max et les Maximonstres parle à nos souvenirs, c’est en cela qu’il est si puissant sur le plan émotionnel. On ne s’y attendait pas forcément en découvrant les premières images de ces peluches géantes mais elles viennent nous toucher en plein cœur, et les plus sensibles risquent de passer ces presque deux heures avec les larmes au bord des yeux.

La plus belle chose qu’on nous montre, c’est l’incroyable pouvoir de l’imaginaire de l’enfant chez qui il constitue un véritable rempart contre les assauts d’une réalité ingérable. Ainsi ce voyage au pays des choses sauvages n’est rien d’autre qu’une quête de soi-même mais illustrée par l’esprit d’un enfant de 9 ans. Ainsi ce trip catalyseur prend la forme de décors infinis qu’on a tous traversé dans nos rêves de gosses, où se mêlent forêts et déserts, et au milieu il y a ces monstres. À la fois mignons et hideux, sympathiques et effrayants, ils cristallisent les multiples facettes de l’enfant. Carol l’instable colérique, Alexander le laissé pour compte, Ira le sage, Judith la sarcastique, et KW la très maternelle. Tous sont attachants, car tous sont de grands mélancoliques, et tous semblent manquer de la présence d’un père ou d’une mère. Toute en symbolique, cette escapade ne fera que rapprocher Max de sa mère, comme une véritable prise de conscience le temps d’une seconde naissance. Si cela fonctionne c’est en grande partie grâce à tous ces comédiens géniaux dans la peau des monstres mais surtout grâce à la performance assez bluffante du jeune Max Records (si c’est pas un nom prédestiné ça!).

Avec sa mise en scène virtuose qui colle aux errances de Max, à savoir caméra à l’épaule et des cadres majoritairement en contre-plongée, Spike Jonze donne corps à cette histoire et réussit assez facilement à nous émouvoir. Ces bestioles nous paraissent étrangement réelles et familières, et leur douleur latente qui apparait au grand jour le temps d’une pourtant gentille bataille de boue également. Des rayons de soleil qui percent les arbres, la fabuleuse composition de Carter Burwell et Karen O. finissent d’achever cette ambiance incroyable. Il se dégage de Max et les Maximonstres une mélancolie permanente, une souffrance intérieure personnalisée dans ces monstres. Et si on pourra regretter quelques fautes de rythme et une tendance à la redite sur quelques scènes, on tient là un film majeur sur l’enfance et son côté sombre. Le final déchirant nous rappelle ce terrible jour où nous avons dit adieu à nos amis imaginaires, quand on a rangé pour de bon nos peluches et jouets et qu’on a enfin pris conscience de nos responsabilité de fils/fille, c’est bouleversant.

FICHE FILM
 
Synopsis

Max, un garçon sensible et exubérant qui se sent incompris chez lui, s'évade là où se trouvent les maximonstres. Il atterrit sur une île où il rencontre de mystérieuses et étranges créatures, aux émotions sauvages et aux actions imprévisibles. Les maximonstres attendent désespérément un leader pour les guider, et Max rêve d'un royaume sur lequel régner. Lorsque Max est couronné roi, il promet de créer un monde où chacun trouvera le bonheur. Max découvre vite toutefois que régner sur un royaume n'est pas chose aisée et que ses relations avec les autres sont plus compliquées qu'il ne l'imaginait au départ...