Mary et Max (Adam Elliot, 2009)

de le 06/11/2009
 
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De temps en temps on tombe sur un film comme ça où tout semble réuni pour ne pas nous plaire, et qui se révèle être un véritable coup de cœur comme on n’en a pas si souvent… C’est le cas de Mary et Max. Un film d’animation en pâte à modeler, en stop-motion, un procédé auquel il n’est pas simple d’adhérer (même  pour Wallace et Gromit). Un scénario basé simplement sur des correspondances entre un quadragénaire juif américain légèrement névrosé, atteint du syndrome d’Asperger (une forme d’autisme) et une jeune australienne de 8 ans, pas très jolie, un peu rondelette, et qui est incapable de s’intégrer socialement… Et en plus en noir et blanc! Typiquement le genre de film qui présente au mieux de quoi  laisser de marbre, au pire de quoi endormir. Mais non, comme par magie le film d’Adam Elliot se révèle être la plus grande surprise de l’année, un film drôle et dépressif à la fois, moche mais tellement beau… et surtout très intelligent et émouvant.
En quelques secondes Elliot donne le ton, noir et décapant. Et ses deux personnages ne sont pas non seulement des anti-héros, ce sont des loosers en puissance. Pour les présenter le réalisateur applique la recette approuvée par un certain Jean-Pierre Jeunet, à savoir se focaliser sur de tous petits détails sans importance à première vue, des petites manies, ces petites choses qui valent mieux que de grands discours pour décrire quelqu’un, car la singularité de l’être naît du détail insignifiant et non de l’ensemble. Sauf qu’il nous présente des personnages qui n’ont rien pour eux, qui n’ont aucune vie sociale, qui sont seuls et sont bien partis pour le rester jusqu’au bout… autant dire qu’ils n’ont rien d’attachant sauf que le malheur est très drôle à en pleurer. Du coup, non seulement on s’attache à eux mais on les aime ces deux-là!

Par un heureux hasard ces deux vont entrer en contact et échanger des courriers de façon plus ou moins régulière, pendant une vingtaine d’années… un récit épistolaire largement dominé par le troisième personnage principal, un narrateur omniprésent mais nécessaire. Et comme Mary et Max n’ont aucune véritable existence sociale, ces correspondances prennent des allures de salut. Ils parlent d’eux-mêmes car c’est ce qu’ils maîtrisent le mieux, mais échangent aussi leurs regards sur le monde qui les entoure. Un univers tellement complexe et inaccessible pour eux, où les préoccupations principales semblent si futiles qu’ils le voient avec un cynisme de tous les instants. Et de leurs échanges va naître une vraie amitié, la seule dans leur pitoyable existence…

En fait c’est tellement bien écrit qu’on oublie rapidement qu’on est devant un film d’animation… et si c’était un film live cela n’aurait pas eu le même impact. Car la fantaisie vient souvent prendre une place importante et les images surréalistes animées ne font donc pas tâche. Ainsi on y croise des hot dogs au chocolat, des bébés qui naissent dans des canettes de coca, des mots inventés de toute pièce, un ami invisible du nom d’Alfonso Ravioli… Ces personnages si singuliers loin de toute forme de normalité nous offrent leur vision à travers un filtre déformant de notre réalité et à travers leurs lettres à priori plus drôles qu’autre chose se cachent de véritables réflexions universelles sur la vie en général. Mais le fait de les aborder sous l’angle de l’humour souvent noir permet d’éviter le propos moralisateur.

Dans Mary et Max on parle d’alcoolisme, de dépression, de vie ratée, de suicide, de boulimie, d’une société désincarnée, de la peur de l’autre, de la solitude, de la pollution, de sexualité, de maladie, de médecine… les sujets abordés sont tellement vastes qu’ils sont impossibles à énumérer. Et leur vision des choses qui peut paraître au premier abord naïve et pessimiste (elle l’est quand même) se révèle terriblement lucide… L’utilisation de la voix off dans quasiment tout le film permet une narration sous forme de vignettes plutôt bien sentie, du coup c’est très rythmé sauf dans le dernier acte dans lequel le concept des lettres est abandonné pour tomber dans un mode de narration plus classique et moins efficace.

Visuellement c’est assez paradoxal car ces personnages en pâte à modeler sont objectivement très moches mais l’ensemble est d’une beauté incroyable… Techniquement c’est irréprochable, l’animation est superbe tout comme la photographie qui alterne le noir et blanc américain avec des tons apocalyptiques pour l’Australie. Ce qui frappe également c’est la véritable recherche de mise en scène avec de très belles idées de vrai cinéma comme on en voit peu dans ce genre d’animation (au cinéma).

A noter également que les acteurs qui prêtent leur voix pour le film, à savoir Toni Collette, Philip Seymour Hoffman, Eric Bana et Barry Humphries, y sont pour beaucoup dans la réussite, en réussissant à véhiculer pas mal d’émotion. Mary et Max est un film étrange, une sorte de parcours initiatique, un modèle de poésie dépressive rempli de moments de pure comédie à mourir de rire. Mais si on rigole beaucoup on en ressort quelque peu chamboulé et ému, car cette histoire si tragique fait sans doute partie des plus belles histoires d’amitié posées sur pellicule doublée d’une belle leçon de vie…

FICHE FILM
 
Synopsis

Sur plus de vingt ans et d'un continent à l'autre, Mary et Max raconte l'histoire d'une relation épistolaire entre deux personnes très différentes : Mary Dinkle, une fillette de 8 ans joufflue et solitaire, vivant dans la banlieue de Melbourne, en Australie, et Max Horowitz, un juif obèse de 44 ans, atteint du syndrome d'Asperger et habitant dans la jungle urbaine de New York.