Mary (Abel Ferrara, 2005)

de le 27/05/2009
 
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Voilà un film qu’on peut clairement voir comme une réponse à la Passion de Christ de Mel Gibson. Le blockbuster qui a fait couler tant d’encre à sa sortie, et qui continue d’être conspué pour de mauvaises raisons (après tout Gibson a juste mis en image les évangiles sans apporter la moindre vision personnelle mais ça n’en fait pas un mauvais film, loin de là) aura au moins redonné de l’inspiration à un de ces grands artistes américains qui avait déjà abordé le thème de la religion dans ce chef d’œuvre qu’est Bad Lieutenant et qui démontre ici une évolution considérable dans son cinéma. En effet il semblerait que Ferrara se soit enfin assagi, dans le sens où il aborde frontalement une obsession en y apportant une réflexion concrète et construite. Et si on trouve toujours des éléments très subversifs parsemés ici et là, il signe une œuvre absolument magnifique de maîtrise.

Ce qui frappe c’est cette volonté, au contraire de Gibson, d’apporter une nouvelle vision de cette histoire qu’on connaît tous, qu’on y croit ou pas. Et pour cela il s’intéresse aux fameux évangiles de Marie-Madeleine, longtemps cachés (ils ont été publiquement exhumés en 1945) car contrairement à ce qu’à toujours voulu faire croire la doctrine chrétienne, elle n’était pas seulement une prostituée mais une disciple de Jésus, au même titre que tous ces hommes qui l’entouraient. Il y a bien sur un doux parfum de scandale là-dedans car comment une femme pourrait-elle rapporter la parole de Dieu, elle qui n’est que pêché??? L’idée est très intéressante et démontrée d’une façon beaucoup plus sérieuse que dans le Da Vinci Code, et bizarrement Mary n’a pas autant crée le scandale que ces autres films… étonnant!

Mais la force du film de Ferrara ne réside pas seulement là-dedans, l’intérêt est de mettre en parallèle cette idée avec une situation contemporaine… On retrouve donc plusieurs personnages évoluant dans le milieu du cinéma ou de la TV: Juliette Binoche actrice tellement bouleversée par son rôle de Marie-Madeleine qu’elle quitte le cinéma, part à Jérusalem à la recherche de sa nouvelle illumination, Forrest Whitaker en présentateur d’un show TV sur la religion, personnage sans vie qui va tout d’un coup prendre conscience de tout ce que cela représente, et Matthew Modine en réalisateur de ce film dans le film (This is my blood) dans lequel il interprète jésus, un personnage à la fois détestable et attachant qu’on peut voir comme un mélange de caricature de Mel Gibson et d’Abel Ferrara lui-même.

La critique du milieu du cinéma est acerbe et rejoint là une thématique déjà abordée par le réalisateur par le passé. Un milieu où les gens ont perdu leur âme (il n’y a qu’à voir les scènes de Whitaker dans sa voiture au milieu d’une ville de New York qui semble si lointaine, comme s’il n’était pas vraiment là), où la course au bénéfice vient pervertir toute ambition artistique et où les plus intègres finissent par s’en aller… Le film est servi par des acteurs en tous points exceptionnels, Binoche EST Marie-Madeleine, elle est le bien incarné, elle représente l’idéal absolu de quiconque est à la recherche de sa foi. Whitaker est bouleversant de sincérité quand il trouve son chemin. Modine en playboy mégalo joue sur la limite, et les seconds rôles savoureux de Marion Cotillard et Heather Graham finissent de nous conquérir.

Il n’y a pas dans Mary de volonté de convaincre quiconque, à part peut-être le réalisateur lui-même qui semble avoir pris conscience de quelque chose dans son cheminement spirituel. L’intervention de véritables théologiens apporte des informations passionnantes et tous ces récits mis en parallèle (émission, film et réalité) se confondent finalement dans un vrai questionnement profond sur la notion de spiritualité, sur les fondements même de l’église. Il n’y a qu’à voir ce présentateur TV qui tout à coup vit un drame qui le ramène sur terre et qui comme une grande majorité d’êtres humains dans ces cas-là se tourne vers ce qu’il n’avait jamais véritablement compris.

Sage en apparence, Mary est bien plus qu’une simple réponse à la passion du christ, c’est un film au message universel qui parlera aussi bien aux croyants qu’aux non-croyants, et qui pose des questions importantes sur la notion même d’humanité et sur l’importance de la femme, en apportant une vision subversive mais non dénuée de sens d’une croyance considérée depuis trop longtemps comme non discutable.

FICHE FILM
 
Synopsis

Mary s'inspire de la mythique Marie Madeleine, disciple de Jésus. Ce récit évoque trois personnages liés par son esprit et son mystère... Marie Palesi, actrice, l'incarne pour le cinéma et reste illuminée par ce personnage. Tony Childress, réalisateur, joue Jésus Christ dans son propre film. Ted Younger, célèbre journaliste, anime une émission sur la foi. Entre fascination et quête spirituelle, le destin les réunira...