Martyrs (Pascal Laugier, 2008)

de le 09/03/2009
 
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Martyrs c’est un peu le film qu’on attendait tous depuis longtemps. Le film qui ne cite personne, qui possède sa propre identité, avec un scénario en béton mais surtout le film qui ose aller au bout de ce que certains n’ont fait qu’effleurer. Loin devant tout ce qui a été fait en France auparavant, Pascal Laugier peut même être fier de nous avoir pondu une oeuvre totalement originale à la limite de l’inconscience et qui n’a pas finit de faire couler beaucoup d’encre. Car si Martyrs transpire le cinéma de genre comme aucun avant lui, c’est un film que seuls certains spectateurs seront prêts à accepter, un film qui repousse les limites très très loin, du jamais vu.

On l’avait découvert avec Saint Ange, premier film imparfait mais très attachant, au croisement d’Argento, Polanski et du film de fantômes espagnol. Pascal Laugier revient avec ce qui a été LE scandale de 2008, pour les mauvaises raisons une fois de plus. Et comme pour faire taire les mauvaises langues qui l’avaient vu comme un nouveau Christophe Gans, à savoir un formaliste étalant sa cinéphilie abusivement, il livre un film dans lequel on ne relève aucune influence. Certains l’ont comparé à Hostel ou Saw… A part qu’il y est question de torture, aucun rapport entre ces films!

Martyrs se pose comme une autre vision de Saint Ange, plus réaliste, plus glauque, plus violente. Car oui le film est violent, très violent même. Cette violence est physique dans la première partie, psychologique dans la deuxième. A la manière d’un Pasolini sur Salo ou Noé sur Irréversible dans des styles différents, il ausculte la représentation de la violence au cinéma. Jamais hors champ, il montre tout. Aucun tabou ne vient faire du mal à son film, on y tue des enfants au fusil de chasse dans le premier quart d’heure!

C’est d’ailleurs l’une des nombreuses qualités de Martyrs, Laugier ne s’encombre d’aucune exposition inutile de ses personnages. Il rentre dans le vif direct au risque de perdre une partie des spectateurs, ça s’appelle de l’écrémage: ceux qui restent au bout des 10 premières minutes, éprouvantes, resteront jusqu’à la fin. Et finalement ce qui est le plus effrayant c’est sa façon de nous montrer que l’horreur est partout.

Assumant complètement nombre de scènes gores, choquantes, ne cachant rien des dégâts infligés aux corps meurtris, on ne peut que remercier pour son travail sur le maquillage le regretté Benoit Lestang dont c’est la dernière œuvre et qui doit être fier de lui là-haut. Surfant entre réalisme brut et visions infernales qu’on croirait sorties des écrits de Barker, visuellement on se prend une belle claque. On peut aussi saluer la performance des deux actrices, carrément à fleur de peau elles jouent dur des registres d’émotions difficiles et on y croit. Les seconds rôles sont aussi très réussis.

Là où Martyrs fait très mal, c’est qu’il refuse tout compromis dans son traitement de la violence et qu’il ne prend jamais parti. Aucun humour, aucun grand-guignol qui viendrait perturber le malaise du spectateur. En nous livrant un film aussi brutal Laugier prend un risque énorme et il l’avoue lui-même que s’il avait réfléchi il n’aurait jamais fait un tel film. Dans un pays où Bienvenue chez les ch’tis fait 20 millions d’entrées, le public et la critique ne sont pas prêts à recevoir un tel électrochoc!! Bien plus encore qu’A l’intérieur ou Frontière(s), Martyrs secoue durablement le spectateur jusqu’à la dernière image et nous laisse avec un goût bizarre, avec la sensation de s’être pris un bel uppercut en pleine gueule c’est sur mais avec surtout ce sentiment d’avoir assisté à un moment de cinéma rare. Martyrs est un film d’une autre époque, celle où on pouvait encore aller au cinéma en sachant qu’on allait être surpris et retourné. On a une chance énorme d’avoir un réalisateur aussi doué chez nous, et c’est une honte que la critique ait autant descendu le film.

Martyrs c’est juste du jamais vu, c’est du cinéma qui fait mal, qui met mal à l’aise et qui ne peut pas laisser indifférent. Mais en plus de ça c’est complètement maitrisé et c’est difficile de lui trouver le moindre défaut. Et non content d’avoir un talent immense, Laugier en a une sacrée paire pour oser sortir ça!!!

FICHE FILM
 
Synopsis

France, début des années 70. Lucie, une petite fille de dix ans, disparue quelques mois plus tôt, est retrouvée errant sur la route. Son corps maltraité ne porte aucune trace d'agression sexuelle. Les raisons de son enlèvement restent mystérieuses. Traumatisée, mutique, elle est placée dans un hôpital où elle se lie d'amitié avec Anna, une fille de son âge. 15 ans plus tard. On sonne à la porte d'une famille ordinaire. Le père ouvre et se retrouve face à Lucie, armée d'un fusil de chasse. Persuadée d'avoir retrouvé ses bourreaux, elle tire.