Margin Call (J.C. Chandor, 2011)

de le 23/04/2012
 
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En rompant l’obscurité à l’écran avec un plan sur les buildings new-yorkais avec l’objectif fisheye, le réalisateur J.C. Chandor, qui réalise avec Margin Call son premier film, offre une vision étriquée d’un monde glacial et dépourvu d’humanité. Pour réchauffer l’ambiance, une pléiade d’acteurs ayant tous plus ou moins fait leurs preuves viennent étoffer l’ambiance minimaliste de cette production à petit budget. Zachary Quinto (également producteur du film), Stanley Tucci, Demi Moore, Jeremy Irons, Kevin Spacey, Simon Baker et Paul Bettany pour ne citer qu’eux, voilà une liste prometteuse qui laisse espérer un long-métrage avec de fortes prestations.

Avec un seul court-métrage dans son curriculum vitae, J.C Chandor soumet inévitablement un film avec des erreurs techniques visibles d’entrée de jeu. A commencer par le directeur de la photographie, Franck de Marco qui a pour habitude d’œuvrer dans le milieu des séries TV qui laisse inéluctablement sa marque au sein de Margin Call. Bien que l’ensemble ne ressemble pas à un simple sitcom, l’emprunte rôde fatalement et enlève un certain crédit. Excellant à instaurer une réalisation sublime dès les premières secondes, l’effet est immédiatement renversé lors des brefs plans filmés en caméra au poing. L’objectif bouge maladroitement. L’opération mal menée nous tire de l’ambiance zen et mystique instaurée jusqu’ici. Comme conscient de l’erreur, cette défaillance n’apparaît pas plus de deux ou trois fois et sur de courts instants. Un petit défaut fâcheux qui entrave l’audace du cinéaste J.C. Chandor qui n’hésite pas à faire flotter la caméra tout en offrant des plans parfaitement composés et travaillés. Ses cadres racontent une histoire et sont souvent utilisés à bon escient.

D’emblée, Margin Call se veut pessimiste et traduit l’idée par son thème et par les couleurs sombres qu’il affiche. En plus de réaliser son premier film, J.C Chandor a le mérite d’en être également l’auteur. L’intrigue dévoile une sorte de survival du monde de l’entreprise. La crise économique et le licenciement en masse sont au cœur de l’histoire. L’auteur décrit le monde professionnel comme une chaine alimentaire, le gros mange le petit et au final il ne reste plus grand monde. Que le meilleur gagne. Ou un peu comme des gladiateurs sapés en costard. La violence que peuvent générer certaines décisions est mise sur le devant de la scène. Et pour ne pas conjurer le sort, Margin Call ne donne à aucun moment dans les sentiments. La vie privée est priée de rester au vestiaire et les prestations sont de ce fait très retenues, mais pour exprimer les ressentis de chacun J.C Chandor se sert de sa caméra et n’hésite pas à filmer ses artistes de très près, alors qu’ils sont en plein désarroi. L’émotion est transmise et se passe de paroles.

Le système hiérarchique présent au sein de la firme de Margin Call rappelle bien évidemment celui de l’armée. Il y a les hauts gradés, Simon Baker, Kevin Spacey et Stanley Tucci, puis le lieutenant Paul Bettany, qui fait le lien entre les dirigeants et les militaires Zachary Quinto et Penn Badley. Avec d’énormes enjeux au cœur de l’entreprise qui auraient des répercussions sur la population. La crise est décrite comme un cycle interminable, usant et sans concession, tout comme les guerres. En plus de pointer du doigt les difficultés que rencontre le « petit personnel » qui est souvent le premier à payer en cas de casse, les projecteurs ciblent particulièrement les big boss qui en savent trois fois moins que leurs employés mais qui sont souvent épargnés en cas de choc. La guerre propre, sans treillis ni hémoglobine.

Ce quasi huit-clos (95% du film se déroule dans la firme) hérite de plusieurs vedettes et n’hésite pas à les utiliser comme il se doit. Les talents se suivent mais ne se ressemblent pas, les différentes prestations ne sont pas toutes à unir dans un même éloge. Le rendu est telle une pyramide. Stanley Tucci, que l’on voit trop peu, se place au sommet de celle-ci. L’acteur réjouit dès qu’il perce l’écran, il est suivi de près par Jeremy Irons en patron ultra charismatique. Simon Baker quant à lui surprend dans son rôle rempli d’amertume, on aimerait le voir plus souvent dans ce costume. Et Zachary Quinto est juste en place. Crédible dans son rôle de génie, incroyablement froid comme le monde qui l’entoure. L’équipe possède cette homogénéité souvent retrouvée dans les compagnies où l’argent est roi.

Comme toute personne, Margin Call possède ses failles et ses qualités. Sa trame complexe en apparence nous invite directement à nous intéresser au second niveau de lecture. En ajoutant les prestations proches de la perfection, les désagréments que peuvent engendrer un petit budget sont totalement gommés. La bataille menée à l’écran aurait pu se dérouler sur des champs, avec des armes ou des tanks mais J.C. Chandor a choisi la sobriété et a préféré toucher le public en offrant un regard cruel mais intimiste du monde professionnel. Un premier opus qui donne déjà envie de découvrir ce qui va suivre.

FICHE FILM
 
Synopsis

Pour survivre à Wall Street, sois le premier, le meilleur ou triche. La dernière nuit d’une équipe de traders, avant le crash. Pour sauver leur peau, un seul moyen : ruiner les autres…